Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
« Cependant, l’ampleur de l’attaque, ainsi que les ressources qu’elle nécessite, indique clairement qu’un État est derrière tout ça, observa le général.
— Et qui se trouve en mesure de commettre un tel acte ? demanda le président américain.
— D’après nos évaluations, trois dizaines d’États ont développé au cours des années passées des capacités de cyber-attaques. On compte parmi eux nombre des pays touchés actuellement par le black-out : la France, la Grande-Bretagne, d’autres pays européens et les États-Unis. On ajoute à ces États Israël et le Japon.
— Qui soupçonne-t-on ?
— D’après nos informations, la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, le Pakistan, l’Inde et l’Afrique du Sud pourraient avoir de telles capacités.
— Je dirais que l’Inde et l’Afrique du Sud sont nos alliées, souligna le Premier ministre britannique.
— Diplomatiquement, de nombreux pays ont proposé leur aide aux pays touchés, y compris les États-Unis. Soit la quasi-totalité des États cités, exception faite de la Corée du Nord et de l’Iran.
— Tant que nous n’avons pas d’éléments plus précis concernant les commanditaires, nous devons nous concentrer sur la situation des populations, dit le chancelier allemand. L’attaque contre les États-Unis exige que nous coordonnions de nouveau l’aide internationale. Toute l’aide mobilisée par les États-Unis pour l’Europe sera dorénavant utilisée là-bas.
— Il convient alors de savoir ce que nous faisons des autres propositions d’aide, s’immisça le président du Conseil italien. Allons-nous accepter l’aide russe ou chinoise tant que nous ne sommes pas certains que ces États n’ont rien à voir avec ces attaques ? Ils pourraient envoyer d’autres saboteurs parmi leur personnel. »
Est-il paranoïaque, se demanda Michelsen, ou alors est-ce moi qui ne comprends rien aux guerres modernes ? Nous devons accepter toute aide, d’où qu’elle vienne.
Le ministre de la Défense, également vice-chancelier, appuya sur le bouton désactivant le micro, afin que les autres participants à la visioconférence ne puissent l’entendre.
« Je dois donner raison au président du Conseil italien, dit-il au chancelier. Il y a bien un certain risque. » Il relâcha le bouton. Le chancelier cilla, Michelsen voyait bien qu’il pesait l’argument.
« Autant que je sache, dit la chef du gouvernement suédois, les premiers vols d’aide en provenance de la Russie sont prévus pour après-demain, samedi. Les premiers convois routiers et ferroviaires doivent partir au même moment. Quant à l’aide chinoise, elle est attendue dimanche. Je propose de mettre en œuvre les préparatifs pour la recevoir. Il sera toujours temps de tout arrêter si nous avons de nouveaux éléments d’ici là. »
Merci, pensa Michelsen, en jetant un regard de biais au ministre de la Défense.
Devant la clinique, trois véhicules de secours. Deux épaisses silhouettes emmitouflées poussaient une civière devant l’hôpital. Au second regard, Manzano s’aperçut qu’il y avait un patient sous la couverture. Une poche de transfusion à moitié pleine se balançait à la potence métallique au-dessus de sa tête. Un tuyau souple en partait pour aller sous la couverture. Un jeune homme marchait à côté de la civière, vêtu tout de blanc en faisant de grands gestes excités. Ceux qui poussaient la civière ne faisaient que secouer la tête et continuaient de pousser leur brancard en direction de la rue. Soudain, l’homme en blanc fit volte-face et regagna le bâtiment.
Hartlandt dépassa l’étrange procession et se gara derrière une des ambulances.
« Vous pouvez marcher quelques pas ? »
Manzano le regarda. Il le pouvait probablement, mais pourquoi devrait-il faire plaisir à quelqu’un qui le prenait pour un terroriste ?
« Non ! »
Sans un mot, le policier disparut dans l’entrée de l’hôpital. Son collègue observait le moindre mouvement de Manzano ; il n’avait pas la capacité de gesticuler beaucoup, puisque ses mains étaient toujours entravées et que sa jambe le faisait terriblement souffrir.
Hartlandt revint avec un fauteuil roulant.
« Asseyez-vous. »
Manzano obéit de mauvaise grâce. Hartlandt le poussa à l’intérieur du bâtiment. Son collègue ne les quittait pas.
À peine étaient-ils arrivés dans le hall d’accueil qu’il fut saisi par l’odeur. Bien qu’il ne fasse pas beaucoup plus chaud qu’à l’extérieur, ça sentait la pourriture, la putréfaction et les excréments, le tout mélangé à des effluves de produits désinfectants. Des lits avec des patients étaient poussés par des gens qui n’avaient pas l’air d’être du personnel soignant. Un grand désordre régnait ; il semblait à Manzano que tout le monde cherchait à atteindre la sortie. Il se retourna pour constater qu’un lit supplémentaire était amené à l’extérieur.
Hartlandt le poussait dans un couloir contre les murs duquel s’alignaient des lits où malades et blessés étaient couchés. Certains silencieux, d’autres soupirant ou gémissant, certains accompagnés d’un proche ou d’un membre de leur famille. Nul médecin ne se trouvait là. Il y faisait un peu plus chaud, mais certainement au-dessous des températures normales des chambres. Hormis la silhouette vêtue de blanc devant l’hôpital, Manzano n’avait vu personne qui ressemble à un médecin ou à du personnel hospitalier. Ils atteignirent enfin une porte avec l’écriteau « salle d’attente ». Toutes les chaises de la pièce étaient occupées. Le fonctionnaire sortit sa carte et la présenta à la préposée.
« Blessure par balles », annonça-t-il. L’allemand de Manzano n’était pas particulièrement bon, mais suffisant pour suivre toute la conversation. Deux semestres d’études à Berlin, un an avec une copine allemande et, pendant des années, des intrusions — peu légales — dans les systèmes informatiques d’entreprises allemandes avaient porté leurs fruits. « Il nous faut un médecin sur-le-champ. »
L’infirmière resta de marbre.
« Vous voyez bien ce qui se passe ici. Je ne cesse de dire aux gens que nous ne pouvons pas nous occuper d’eux. Voilà belle lurette que l’hôpital aurait dû être évacué. Et vous croyez que quelqu’un m’écoute ? Vous m’écoutez ?
— C’est vous qui allez m’écouter, insista Hartlandt. Je veux voir un médecin sur-le-champ. Faut-il que je vous parle d’intérêt national ou d’autre chose dans le genre pour que vous alliez chercher quelqu’un ? »
Elle soupira et disparut.
Dans la salle d’attente, il y avait au moins cinquante personnes. Une femme essayait de calmer son enfant en larmes. Sur une chaise, un vieil homme était avachi contre son épouse, le visage blanc comme un linge, les lèvres tremblotantes. Elle ne cessait de lui chuchoter quelque chose, tout en lui caressant les joues. Une autre était davantage allongée qu’assise dans sa chaise, la tête basculée en arrière, la peau cireuse, un bras replié sur la poitrine, terminé par un amas de gaze sanguinolent cachant une main. Manzano regarda ailleurs. Il fixa le mur. Les yeux clos, il entreprit de penser à quelque chose de beau.
« Qu’est-ce que ça signifie ? Qui sont ces gens, à votre avis ? »
Derrière Manzano, l’infirmière était réapparue en compagnie d’un homme au milieu de la quarantaine, équipé des instruments caractéristiques des médecins et d’une blouse qui n’était plus parfaitement blanche. Sous ses yeux, des cernes sombres et un visage témoignaient que depuis plusieurs jours il ne s’était pas rasé. Il discuta avec Hartlandt.