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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Est-il marié ?

— Il vit avec Lisa, une jeune femme charmante. Elle avait une petite fille quand ils se sont rencontrés, Yann se considère comme son père.

— Décidément, il est irréprochable ! Que fait Lisa dans la vie ?

— Elle a étudié à l’École du Louvre, c’est d’ailleurs dans un musée qu’ils se sont connus. Lisa travaille pour une association culturelle qui organise des visites de Paris insolite, mais elle n’a pas une grosse santé, la plupart du temps, elle s’occupe de sa fille et de son foyer. Yann et elle sont des mordus d’histoire, comme moi d’ailleurs, c’est sans doute pour ça que nous nous entendons si bien. J’aurais aimé avoir un fils comme lui.

— J’ai une question indiscrète à vous poser.

— Je vous écoute, Bérangère.

— Ne détestez-vous pas vos amis, après tout ce qui s’est passé ?

Le libraire réfléchit quelques secondes avant de répondre.

— À mon âge, voyez-vous, on préfère aller à l’essentiel, prendre les choses de la vie avec philosophie. Vous comprendrez, avec le temps…

Le repas terminé, ils s’installèrent au salon, feuilletèrent des livres en silence. Mais Bérangère n’en avait pas terminé avec ses questions.

— Me permettez-vous une dernière question, monsieur Lavigne ?

— Au point où nous en sommes, lieutenant Fernandez, allez-y.

— Pourquoi ne pas avoir porté plainte contre votre agresseur, l’autre jour ?

— Que voulez-vous me faire dire ?

— Je me demandais si inconsciemment vous ne cherchiez pas à protéger votre fils, au cas où il serait coupable. Vous aviez songé à cette éventualité, n’est-ce pas ?

— Franchement, je n’ai pas réfléchi, j’ai agi selon ma conscience.

Le libraire sourit tristement et la jeune femme fut prise d’un élan de pitié à l’égard de cet homme ébranlé, dont la vie, jour après jour, devenait un champ de ruines. Le talkie-walkie émit un son aigu : le planton qui prenait la relève, en bas de l’immeuble, s’assurait que tout allait bien et leur souhaitait une bonne nuit.

35

— Au moins, si ça t’empêche de dormir, ça ne te coupe pas l’appétit ! constata Arrosteguy à bord de la Scenic.

Escoffier engloutissait un dernier croissant en guise de petit-déjeuner, pendant que Pichot, sur la banquette arrière, relisait ses notes. Le jeune capitaine venait de confier à ses collègues qu’il ne dormait plus beaucoup depuis le début de cette affaire que chacun s’accordait à trouver de plus en plus complexe. Ils stationnèrent le véhicule de service devant la grille de la propriété des Pascoli.

Comme la première fois, Albert Pascoli vint leur ouvrir, emmitouflé dans une épaisse veste de laine. Escoffier nota que son pas était devenu plus lourd, plus hésitant.

— Ma femme est souffrante, dit-il d’emblée. Je ne voudrais pas aggraver son état par notre conversation. Elle est très affaiblie par la disparition de Nadine et des troubles nerveux sont survenus récemment. Nous pourrions discuter dans le parc en marchant, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

Derrière les paroles courtoises, les policiers percevaient l’irritation et la méfiance du vieil homme. Un pâle soleil d’hiver avait trouvé un passage entre les branches nues des hêtres et des chênes. Le sol du parc était jonché de feuilles mortes que personne n’avait pris soin de ramasser. Au fond de la propriété, une vieille bicoque pliait sous le lierre. Cet air de désolation donnait un charme bucolique à la propriété.

— Je ne vous ai pas tout dit la première fois, parce que je ne voyais pas ce que cela venait faire avec la mort de Nadine. Il se trouve toujours quelqu’un pour vous trahir… Votre désir malsain de fouiller dans le passé de notre honorable famille a beaucoup choqué mon épouse. Puisque vous me dites que c’est pour le bien de l’enquête, j’accepte de parler mais en dehors de la présence de ma femme.

Le groupe suspendit sa marche au beau milieu du parc. Autour d’eux la nature et les arbres semblaient rétrécis, hébétés. Une escadre de canards apparut dans le ciel et vola à basse altitude dans un bruit de frôlement.

— Tout ce que nous avons fait par le passé, ma femme et moi, c’était pour le bien de notre fille et celui de notre famille. Nadine était une jeune fille fantasque. Les idées qui ont imprégné les cerveaux de la jeunesse dans les années 60 y étaient pour beaucoup.

Les hommes de la brigade étaient interloqués par l’audace du vieillard. Albert Pascoli menait l’entretien, faisait les questions et les réponses. Il réprouvait, il supputait, oubliant qu’il avait en face de lui des officiers de la brigade criminelle venus pour l’entendre. Le renversement de la situation amusait modérément le procédurier qui montra des signes d’impatience.

— Venez-en aux faits, monsieur Pascoli, dit-il, nous n’avons pas de temps à perdre.

Les lèvres du vieux tremblèrent. Une lassitude apparut dans ses yeux bleus au regard intense. Il commença :

— Nadine était enceinte de quatre mois quand elle nous informa de son état. L’humiliation fut à son comble quand elle nous annonça qu’elle ne connaissait pas l’identité du père… mais qu’elle aimait un garçon, un certain Thibault Lavigne. Comprenez notre effondrement. Tout cela paraît banal aujourd’hui, plus rien n’a d’importance à l’heure actuelle, mais c’était différent à l’époque. Nous ne pouvions plus envisager une solution expéditive étant donné l’avancement de la grossesse. Il n’était pas question non plus que Nadine fasse sa vie avec ce Lavigne qui n’avait aucun avenir, aucune envergure. Nous venions d’acquérir cette propriété, à trente kilomètres de Paris. C’était un endroit idéal pour préserver Nadine et préparer la naissance de l’enfant. Ma femme et moi commencions à nous faire à l’idée que notre fille serait fille-mère… Mon épouse employait une femme de ménage à l’époque, qui s’appelait Catherine. Elle nous parlait sans arrêt d’une de ses connaissances qui ne pouvait pas avoir d’enfant, malgré toutes sortes de tentatives, et qui en devenait neurasthénique. Au début, nous n’y avons pas prêté attention, c’est au fil des semaines que l’idée a germé dans nos têtes. Nadine s’y opposa formellement, puis ma femme parvint à la persuader que nous pourrions la libérer de ce fardeau en rendant une pauvre femme heureuse, que cet arrangement serait un bienfait pour nos deux familles, si elle acceptait de ne plus se comporter comme une petite fille. Elle n’arrêtait pas de pleurer, il fallait prendre une décision. En questionnant Catherine, il n’a pas été très difficile d’obtenir l’adresse de cette femme en mal d’enfant. Nous avons rendu une première visite au couple en lui demandant de réfléchir à notre proposition. Il s’agissait de gens simples et bons, exactement ce que nous cherchions. Je me suis rendu seul à leur domicile la deuxième fois et je suis passé à la vitesse supérieure, en proposant une aide financière. Le couple était modeste, l’arrivée d’un enfant, même tombé du ciel, n’entrait pas dans leur budget. Nous sommes convenus des modalités, de la fréquence des versements jusqu’à sa majorité. Nous ne voulions pas voir l’enfant, cela faisait partie de notre accord, et Nadine ne devait pas chercher à le voir non plus. Le plus simple était qu’elle ignorât l’identité de la famille adoptive. Nous avons licencié Catherine pour qu’elle ne se doute de rien. La mère adoptive a fait croire autour d’elle qu’elle était tombée miraculeusement enceinte, elle a commencé à mettre un coussin autour de sa taille pour simuler une grossesse de quatre mois environ, elle le remplumait au fil des mois. Tout se déroulait parfaitement. L’enfant est né sans difficulté dans la chambre que vous apercevez en haut de la tourelle, sous le pigeonnier. Ma femme endossa le rôle de sage-femme et je l’assistai. Nous avons choisi d’appeler l’enfant « Nicolas ». À peine né, nous l’avons, excusez l’expression… livré à ses parents adoptifs et nous ne l’avons jamais revu… Jusqu’à ses dix-huit ans, nous n’avons pas failli à notre engagement. Chaque mois, nous effectuions un versement confortable pour assurer son éducation et les parents adoptifs nous faisaient un petit compte rendu de l’évolution de notre petit-fils, tout cela en cachette de Nadine. Je dois vous avouer que la dernière échéance m’a été très pénible : j’ai eu l’impression pour la première fois que j’abandonnais réellement cet enfant.

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