Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Tout cela n’empêche pas Louis de Funès de se préparer au tournage de Pouic-Pouic qui l’attend le 22 avril 1963 dans les studios de Saint-Maurice. Comme il en a été décidé, le canevas de Sans cérémonie a été revu mais pas dans le sens de la simplicité, l’histoire se déclinant ainsi : pour se débarrasser d’Antoine, un amoureux quadragénaire qui l’inonde de cadeaux, Patricia présente à sa famille Simon, un jeune homme inconnu, comme étant son fiancé. Ce garçon n’est autre que celui qui vient de livrer une superbe voiture offerte par Antoine. Cynthia, la mère de Patricia, a acquis pour son mari, Léonard, des terrains sur les bords de l’Orénoque, afin de les lui offrir pour son anniversaire. Furieux, Léonard Monestier compte sur le charme de Patricia pour convaincre Antoine de racheter cette concession sans intérêt. Du coup, Patricia est obligée d’affirmer à Antoine que Simon est son frère et non son fiancé, et c’est alors qu’apparaît son véritable frère ! Pour abuser le bien naïf Antoine, Léonard fait preuve d’ingéniosité en lui faisant acheter les fameux terrains. C’est à ce moment qu’il apprend en écoutant la radio que du pétrole jaillit dans l’Orénoque. Antoine va donc faire fortune, au grand désespoir des Monestier. Mais peu importe : Patricia va finir par épouser Simon dont elle est tombée amoureuse durant le week-end. Il faut donc un vrai trésor de subtilité scénique et beaucoup d’imagination de la part des comédiens pour arriver à donner un semblant de sens à ce scénario pour le moins alambiqué. Tout repose sur le jeu des comédiens, à commencer par celui de Louis de Funès qui en cette occasion décide de gommer certaines de ses habitudes gestuelles. En corrigeant son jeu, il sait qu’il échappera à la répétitivité et parviendra ainsi à surprendre. Il cesse de cligner mécaniquement des yeux et il abandonne aussi cette façon si particulière d’avancer la mâchoire inférieure. Il se veut différent tout en demeurant une boule de nerfs prête à exploser à la moindre occasion.
Louis de Funès et Jean Girault, œuvrant en parfaite harmonie, veillent dans un décor quasi unique à éviter de tomber dans le piège du théâtre filmé. Girault — l’ancien batteur dans les orchestres de Claude Luter et d’Eddie Barclay — et de Funès — l’ancien pianiste de bar — n’ont besoin de personne pour trouver le bon rythme qu’il convient d’imposer lors de chaque séquence afin de court-circuiter le moindre temps mort. En Girault, qui rit de bon cœur devant ses facéties, Louis de Funès a trouvé le regard et l’oreille attentifs. Le regard en laissant le plus souvent sa caméra fixée sur lui afin de capter ses moindres mouvements de visage ou de corps en fonction des mots qu’il prononce. L’oreille en écoutant ses indications, voire ses recommandations. Girault est un réalisateur peu directif et encore moins dirigiste. Il laisse volontiers ses acteurs faire ce qu’ils veulent, ou plus justement ce que veut Louis de Funès. Chaque jour, sur le plateau, il s’attache à ne pas perdre de temps en inutiles bavardages. Louis s’applique sans peine à rendre l’ambiance à la fois détendue et studieuse. Il y va de ses conseils à Christian Marin qu’il interpelle d’un « Alors Marin, on est prêt ! » et à Mireille Darc qu’il taquine à l’occasion en faisant mine de lui reprocher sa « grande taille ». Avec Jacqueline Maillan, il s’entend comme larrons en foire et, ensemble, ils jouent volontairement à contretemps. D’un côté, une énergie folledingue au féminin, de l’autre une énergie maîtrisée au masculin. Ils s’amusent de ce décalage volontaire pour ajouter au comique des situations et des dialogues. Leur symbiose est à ce point parfaite que Louis imagine qu’à l’avenir, ils pourraient bien former un formidable couple comique à l’écran[234], même s’il arrive à Louis de Funès d’être agacé par les jérémiades de sa partenaire pleurant pour un oui ou pour un non. Ce tournage est un vrai plaisir pour Louis de Funès qui chaque fin d’après-midi s’isole avec Jean Girault pour regarder les rushes. Il veut absolument voir ce que cela donne, même si ce n’est pas facile parce que ce n’est pas monté et qu’il n’y a pas de musique. Mais cela lui permet de détecter immédiatement les lenteurs qui peuvent ficher le film en l’air. D’ailleurs, il ne manque pas de le sentir lors des prises en plateau, ne rechignant pas à en faire plusieurs de suite parce qu’il a une nouvelle idée qui vient de jaillir, créant souvent la stupeur chez une Mireille Darc peu habituée à cette boulimie d’inventions ! La jeune comédienne intéresse de plus en plus les journalistes, au point qu’une équipe du magazine télévisé Au-delà de l’écran animé par Jean Nohain, André Leclerc, Pierre Sainderichin, Pierre Louis et Odette Laure lui consacre un reportage d’une dizaine de minutes. Sous le prétexte de lui remettre le « diplôme de la comédienne la plus élégante », elle est filmée dans sa « garçonnière » proche du Trocadéro où se côtoient dans sa bibliothèque livres et bibelots. Celle qui « est en train de faire la conquête de Paris » caresse Vazzy, un chien mécanique, et fait semblant de lire un ouvrage de James Joyce. Elle accueille la comédienne Yori Bertin et Jean Lefebvre, son pseudo-voisin du dessus dont le premier geste est de siroter un verre de vin rouge avant de feuilleter un album de souvenirs où il pointe du doigt une photographie prise dans la classe du Conservatoire d’art dramatique de Toulon où celle qui s’appelait encore Mireille Aignoz prenait des cours en compagnie, entre autres, d’Henri Tisot devenu célèbre depuis ses imitations du général de Gaulle. Le reportage s’achève sur une rapide incursion sur le plateau de Pouic-Pouic où Louis de Funès danse avec Jacqueline Maillan avant de déjeuner sur le pouce avec Roger Dumas, Christian Marin et Philippe Nicaud. Le reporter conclut son sujet en soulignant la joyeuse ambiance qui règne à Saint-Maurice et préfigure « un film où la bonne humeur sera au rendez-vous ». Bonne humeur est incontestablement la juste expression pour qualifier l’atmosphère de ce tournage où les fous rires ne manquent pas, comme en témoigne cette anecdote rapportée par Guy Tréjan[235]. « Dans une scène, Louis de Funès devait me vendre un terrain imaginaire. Il était sûr de réaliser une bonne affaire. À la fin, cependant, cela se retournait contre lui. Ainsi, son personnage me faisait tout d’abord venir dans son bureau. Il fermait toutes les portes à clé. Bref, il composait de toutes pièces un climat qui avait pour but de rendre celui que j’interprétais mal à l’aise. À ce moment, il devait me dire : “Bosso-tajo est le nom indien.” Ceci évoquant une mine de cuivre… Nous avons eu un mal de chien à tourner cette scène. Nous riions et riions encore. Cinq prises, dix prises, vingt prises ont ainsi échoué : sans cesse Louis butait sur la phrase, riait et entraînait tout le plateau dans son fou rire. Plus tard, ceci est devenu comme une connivence entre nous. Chaque fois que nous nous rencontrions, nous nous regardions et prononcions, complices : “Bosso-tajo est le nom indien.” C’était devenu une sorte de mot de passe ! »
234
Cette idée de former un duo comique Louis de Funès-Jacqueline Maillan sera souvent évoquée par Louis de Funès, mais aucun réalisateur n’y songera.
235
Guy Tréjan à Brigitte Kernel, op. cit., p. 110.