Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Je veux bien te servir, Surâme, de toute mon âme j’accepte de te servir, si je comprends ce que tu cherches à faire, ce que ça signifie. Et si le but que tu poursuis est juste.
Mais qui suis-je pour juger ce qui est juste et ce qui ne l’est pas ?
À cette idée, Nafai éclata d’un rire silencieux devant son propre orgueil. Oui, qui suis-je pour m’ériger en juge de Surâme ?
Un frisson désagréable le traversa soudain. Qu’est-ce qui m’a mis pareille idée en tête ? Et si c’était Surâme lui-même, pour essayer de me mater ? Ah non ! Je veux bien qu’on me persuade, mais pas qu’on me soumette ! Je refuse qu’on me force, qu’on me bande les yeux, qu’on me trompe ou qu’on me bouscule ; je n’accepte que d’être convaincu. Si tu n’as pas assez confiance dans ta propre valeur Surâme, c’est que tu avoues ta faiblesse morale et je refuse de te servir.
Les reflets de lune qui scintillaient sur le cours d’eau se muèrent soudain en éclats de soleil reflétés par des satellites qui tournaient autour de la planète Harmonie. Par l’esprit, Nafai vit les satellites s’échapper l’un après l’autre de leur orbite et tomber, puis se consumer en entrant dans l’atmosphère. Les premiers colons humains de ce monde s’étaient donné des outils qui devaient tenir dix ou vingt millions d’années, une durée proche à leurs yeux de l’éternité, de loin supérieure à celle de l’existence de l’espèce humaine. Mais quarante millions d’années s’étaient écoulées depuis, et Surâme devait fonctionner avec quatre fois moins de satellites qu’au début, moitié moins que ce dont il disposait les trente premiers millions d’années. Pas étonnant qu’il se soit affaibli.
Mais ses plans n’en étaient pas moins importants et ses buts moins nécessaires. Issib et Nafai avaient raison ; Surâme avait été mis en place par les premiers colons dans un unique dessein : faire d’Harmonie un monde où l’humanité ne posséderait jamais la capacité de se détruire elle-même.
N’aurait-il pas mieux valu, se demanda Nafai, changer l’humanité de façon qu’elle n’ait plus envie de se détruire ?
La réponse lui vint avec une telle clarté qu’il sut qu’elle provenait de Surâme. Non, cela n’aurait pas été mieux.
Mais pourquoi ? demanda instamment Nafai.
Une réponse, non, beaucoup de réponses se déversèrent d’un coup dans son esprit, en un tel déferlement qu’il ne put les comprendre. Mais durant les secondes suivantes, des secondes d’une limpidité croissante, certaines idées trouvèrent des mots pour s’exprimer, des phrases aussi claires que si elles avaient été prononcées par une voix. Mais ce n’était pas la voix de quelqu’un d’autre ; il s’agissait de la propre voix de Nafai, qui essayait faiblement de matérialiser dans des mots des fragments épars de ce qu’avait dit Surâme.
Et voici ce que disait la voix de Surâme dans l’esprit de Nafai : Si j’avais extirpé le désir de violence de l’homme, l’humanité n’aurait plus été l’humanité. Les humains n’ont pas besoin d’être violents pour être humains, mais si jamais vous devez perdre la volonté de dominer, la volonté de détruire, il faudra que vous l’ayez choisi, décidé. Mon rôle ne consistait pas à vous rendre doux et bons ; il était de vous maintenir en vie pendant que vous décidiez par vous-mêmes quel genre de peuple vous désiriez être.
Nafai hésitait à poser une autre question, de peur d’être noyé sous le flot mental qui risquait de s’ensuivre. Mais il ne pouvait la laisser passer. Dis-moi lentement, dis-moi doucement, mais dis-moi : qu’avons-nous décidé ?
À son grand soulagement, la réponse ne prit pas la forme d’une idée pure et inexprimable. Cette fois, il eut l’impression qu’une fenêtre s’ouvrait dans son esprit ; toutes les scènes, tous les visages qu’il voyait à travers étaient des souvenirs, des choses qu’il avait vues ou entendues à Basilica, préexistantes dans son esprit, dans lesquelles Surâme n’avait qu’à puiser pour les ramener à la surface. Mais en cet instant, il les vit avec une limpidité telle qu’elles prirent une puissance et une signification incomparables. Il lui revint des souvenirs de négociations auxquelles il avait assisté, il revit des pièces de théâtre et des satires, des conversations dans la rue, une sainte femme violée par une bande de fidèles ivres, les manœuvres d’hommes qui tentaient d’obtenir un contrat d’appariement avec une femme de marque, la cruauté désinvolte de femmes qui s’amusaient à dresser leurs prétendants les uns contre les autres, et même la façon dont Elemak et Mebbekew l’avaient traité, et celle dont lui-même les avait traités. On lui présentait ainsi un tableau de la volonté de faire le mal, de la passion qui dévorait l’homme de contrôler les pensées et les actes de ses voisins. Tant de gens, par des moyens secrets, subtils, travaillaient à détruire leur prochain, ami comme ennemi, à le détruire pour le plaisir de savoir qu’ils avaient le pouvoir de faire mal ! Et si rares étaient ceux qui consacraient leur vie à affermir la force et la confiance des autres ! Si rares, les vrais pédagogues, les véritables compagnons !
C’est pourtant ce que sont Père et Mère, songea Nafai. Ils restent ensemble non pas à cause de ce qu’ils peuvent y gagner, mais de ce qu’ils peuvent donner. Père ne vit pas avec Mère parce qu’elle est bonne pour lui, mais parce qu’ensemble ils peuvent agir pour notre bien à nous et pour celui de beaucoup d’autres. Ces dernières semaines, Père s’est mêlé de la politique de Basilica sans espérer en tirer profit comme Gaballufix, mais parce que le bien de Basilica lui tenait plus à cœur que sa propre fortune ou sa propre vie. Il a su quitter ses richesses sans même un regard en arrière. Et quant à Mère, sa vie réside dans ce qu’elle sème dans l’esprit de ses élèves. À travers chaque fille, chaque garçon, elle s’efforce de créer la Basilica de demain. Chaque mot qu’elle prononce dans son école est fait pour empêcher la cité de se désagréger.
Et pourtant, ils sont en train de perdre. Tout s’effiloche. Surâme les aiderait sûrement s’il le pouvait, mais il n’a plus son pouvoir ni son influence d’autrefois ; et de toute façon, il n’est pas libre de rendre les gens bienveillants ; il ne peut que maintenir leur malice dans des limites restreintes. Malveillance et méchanceté, voilà les deux pivots de Basilica aujourd’hui ; quant à Gaballufix, il se trouve simplement qu’il est celui qui exprime le mieux le poison au cœur de la cité. Même la plupart de ceux qui le détestent ne le combattent pas parce qu’ils sont bons et lui mauvais, mais parce qu’ils lui en veulent d’accéder à un pouvoir qu’ils désirent pour eux-mêmes.
Je voudrais vous aider, dit la voix silencieuse de Surâme dans l’esprit de Nafai. Je voudrais aider les Basilicains de bonne volonté ; mais ils ne sont pas assez nombreux. La cité penche résolument vers la destruction. Comment puis-je alors empêcher qu’elle soit détruite ? Si les plans de Gaballufix échouent, la cité suscitera un autre homme pour l’aider à se suicider. Le feu viendra parce que la cité l’appelle, ils sont trop rares, ceux qui aiment la cité vivante, ceux qui ne désirent pas se repaître de son cadavre !
Les larmes coulèrent sur les joues de Nafai. Je n’avais pas compris ! Je n’avais jamais vu la cité sous ce jour !
C’est parce que tu es le fils de ta mère et l’héritier de ton père. Comme tous les humains, tu crois que sous le masque des apparences les autres sont fondamentalement pareils à toi. Mais ce n’est pas toujours vrai. Certains ne peuvent voir le bonheur de leurs voisins sans avoir envie de l’anéantir, les liens de l’amour entre amis ou compagnons sans chercher à les briser. Et bien d’autres, qui ne sont pas méchants en eux-mêmes, deviennent leurs instruments dans l’espoir d’un profit à court terme. Les gens ont perdu toute clairvoyance. Et je n’ai pas le pouvoir de la leur rendre, hélas. Tout ce qui me reste, Nafai, c’est mon souvenir de la Terre.