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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Trois autres clercs dont l’histoire ingrate n’a point gardé les noms, tous ornés de fausses manches et dont les appointements réunis n’auraient pas nourri un cheval sobre, complétaient les cadres de cette pacifique armée, où un seul grade restait inoccupé, celui de petit clerc ou saute-ruisseau, dont la place restait vide auprès de la porte.

Il était onze heures du matin.

L’étude déjeunait, moitié aux frais du patron qui fournissait du bon pain et du mauvais vin, moitié aux frais des divers employés qui contentaient leur appétit selon leurs ressources.

Souëf (Constance) avait une fine côtelette, Mahoudeau dévorait du veau froid, apporté dans son foulard, Dieulafoy broutait déjà de la charcuterie, les autres se réduisaient au gruyère.

– Quel âge a-t-elle bien, cette blonde-là? demanda le maître-clerc du fond de son réduit.

– Heu! heu! répondit Mahoudeau, l’âge des grâces, plus une fraction.

– Et jolie? interrogea Dieulafoy.

– Pas tant que les lithographies de Grevedon; mais assez pour que la patronne mette le feu à la maison, si elle la rencontre dans le petit escalier du patron.

– Quand je serai en titre, dit Souëf, le petit escalier sera essentiellement privatif. Est-ce que ce M. Labre a dit qu’il reviendrait?

– Entre onze heures et midi, oui, répliqua Mahoudeau.

– C’est drôle, fit observer le premier clerc, qu’il ait attendu quatre mois pour donner signe de vie. Cinquième, voulez-vous me faire l’amitié de porter cela au n° 14?

– Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, magasin de modes, ajouta Mahoudeau. A-t-on dépassé les préliminaires?

Souëf (Constance) ne daigna pas répondre. Il dit seulement au «cinquième» en lui donnant une assez jolie lettre qui sentait bon:

– J’espère que nous aurons bientôt un petit clerc qui vous évitera ces courses.

Le cinquième répliqua d’un ton aigre-doux:

– Je l’espère aussi, monsieur Souëf.

Quand il fut parti, Souëf murmura:

– En voilà un qui ne pourrira pas à l’étude. Il raisonne.

– Il est venu un petit clerc ce matin, dit Mahoudeau.

– Comment fait?

– Affreux et coiffé de chiendent… comme Dieulafoy sans pommade.

– C’est tout au plus si vous êtes agréable, monsieur Mahoudeau, dit Dieulafoy, le troisième.

– Quel nom? demanda encore Souëf (Constance).

– Clampin.

– Beau nom de saute-ruisseau!

– Il reviendra. À notre besogne, messieurs, s’il vous plaît, j’entends le patron dans son cabinet.

Presque au même instant, la porte du cabinet s’ouvrit, donnant passage à un homme rubicond, rond, propre jusqu’à être luisant, et portant la cravate blanche d’uniforme avec conviction.

– Et dire que ce gros poupard-là a trouvé deux cent cinquante mille francs de femme pour payer son étude! grommela Souëf (Constance) Serviteur, patron. Rien de nouveau?

– À l’horizon politique, des points noirs, répondit le notaire en titre d’une voix d’orateur; au sein de la nature, le printemps et les fleurs.

– Sans compter les navets, pensa Mahoudeau. T’es trop bête; ça dépasse la moyenne, ô mon âme!

Le patron traversa l’étude d’un pas grave et presque majestueux; il entra chez le maître-clerc et ferma la porte.

– Affaire privée! dit Dieulafoy. On va parler de la blonde, à fond.

– Mon cher monsieur Souëf, dit M. Hébert de l’Étang des Bois très amicalement, il me faudrait, aujourd’hui ou demain, une centaine de louis pour «le dehors». Des choses tout à fait imprévues mais avouables au premier chef. Vous connaissez mes mœurs…

Et sans attendre la réponse, il ajouta:

– J’ai peur que nous ayons ici une méchante histoire. Cette affaire Labre me trotte dans la tête.

– Il est venu, dit Souëf (Constance).

– Comment? Qui? Je croyais être seul à l’avoir vu! s’écria M. Hébert, étonné.

– Le nommé Paul Labre.

– Ah! Paul! C’est Jean que j’ai reçu, moi. À quelle heure est-il venu?

– Dix heures; dix heures et demie. Il doit revenir entre onze heures et midi.

Le patron était tout pensif.

– Il faudra prévenir le commissaire de police, murmura-t-il enfin. L’homme que j’ai vu m’a fait l’effet… mais là, j’en ai encore la migraine! Et c’est si étonnant, mon cher monsieur Souëf, qu’après quatre mois de silence, on entende parler d’eux le même jour… et séparément.

Il posa sur la table, sans affectation, une très belle tabatière d’or, auprès de la boîte de buis dont Constance Souëf se servait, malgré son jeune âge.

Constance recula sa boîte et repartit sèchement:

– On a vu des choses comme ça. Tous les héritiers des successions ouvertes à l’étude ne sont pas forcés d’avoir le don de vous plaire, monsieur Hébert.

Le patron ne se fâcha pas et chantonna rondement:

Moi, j’aime les bons enfants,
Les bons vivants,
Bien mangeants,
Bien buvants:
La faridondaine!
Et j’entends:
La faridondon!
Quand viendra mon temps:
Qu’on mette sur ma bière
Ma bouteille et mon verre
Avec un gras chapon
La faridondon

Mahoudeau frappa à la porte et dit sans ouvrir:

– C’est le gamin qui vient pour être saute-ruisseau.

– Trop tard, répondit le patron; la place est donnée depuis ce matin à un protégé de Mme la duchesse.

– As-tu entendu? demanda Mahoudeau à notre ami Pistolet qui restait debout près de la porte d’entrée.

Pistolet avait fait un bout de toilette, et son bain nocturne n’était pas sans avoir un peu nettoyé ses habits.

– J’entends que je n’ai pas de chance, répondit-il avec un gros soupir. J’avais idée de me ranger, mais il paraît que c’est difficile à Paris.

– On fait la connaissance d’une duchesse, insinua Dieulafoy, et on attrape ainsi une place de trente francs: quinze francs de chaussures à défalquer.

Pistolet le salua sans rancune.

– Enfin, dit-il en prenant la porte, bien des remerciements. J’essaierai de me ranger tout de même. Serviteur, la compagnie.

Dans le bureau du maître-clerc, M. Hébert reprit les derniers vers de son refrain et laissa ensuite échapper cet aveu:

– Le couplet ci-dessus est un peu de moi, mais j’en fais mystère: ne me vendez pas!

– M. Paul Labre! cria Mahoudeau à travers la porte.

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