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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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«- Maman! maman! maman!

«Elle tremblait convulsivement, ses yeux tournaient. Elle ajouta entre ses pauvres petites dents qui grinçaient:

«- C’est lui!

«Et elle tomba inanimée.»

XVII Suite des mémoires d’Échalot

«Faut vous faire savoir que nous eûmes une idée, moi et madame Canada. Le dernier soir de la foire au pain d’épice, place du Trône, à Paris, il était venu une petite dame avec une minette jolie, mais là comme toute une pannerée d’amours. Eh bien! comme le Saladin avait commencé d’avaler ses sabres, ce soir-là, la minette de Paris avait crié et pleuré, disant: «qu’il est laid! qu’il est laid!» Et notre Saladin s’était mis en colère, étant pétri d’orgueil.

«Le malheur, c’est qu’il y a trop longtemps maintenant que toutes ces choses sont passées. Si on avait cherché tout de suite, on en saurait plus long, mais on avait l’excuse d’être loin de Paris.

«Toujours il y a que, quand mademoiselle Saphir montra une si grande peur de l’avalage, moi et Amandine nous pensâmes subito à la minette de la place du Trône, et ça nous donna de la peine parce que la petite dame vous avait l’air de raffoler de son enfant.

«On voulut s’informer à Saladin; mais Saladin disait ce qu’il voulait, et tous les jours il devenait plus insolent, courant les tripots et se faufilant avec des mauvais sujets dans les diverses localités. Il nous méprisait à haute voix. Ses camarades l’appelaient le marquis, et ça enflait son amour-propre.

«Je n’avais pas beaucoup de relations avec Similor, qui ne cherchait qu’à tirer de l’argent de nous; mais pour le peu que nous causions ensemble, je vis dès ce temps-là que ce coupable père essayait de garder son influence sur le blanc-bec, plus rusé que lui, en se vantant de nos anciennes fredaines, et en lui racontant nos aventures avec les Habits Noirs.

«C’est vrai que pour ma part j’ai connu les Habits Noirs, ayant tenu une agence dans le propre escalier du grand monsieur Lecoq de la Perrière. Si je voulais révéler dans mes présents mémoires tout ce que j’ai vu et entendu, mêlé, comme je l’étais, à des notaires et à des nobles, que je faisais la poule avec leurs domestiques au fameux estaminet de l’Épi-Scié, j’étonnerais bien du monde, j’ai rencontré plus d’une fois, nez à nez, le fils de Louis XVII, qui était blond comme une quenouille, la comtesse Corona, plus belle que les déesses de la fable, et je voyais tous les jours Trois-Pattes, l’ancien mari de la baronne Schwartz qui finit par couper le cou de monsieur Lecoq avec la porte d’un coffre-fort. Ça semble drôle, mais quand c’est poussé raide, ça vaut la guillotine. Assez causé là-dessus.

«D’ailleurs, à travers toutes ces aventures, j’ai su garder ma considération, qui m’est plus chère que l’honneur. Dès que j’ai pu travailler, j’ai laissé le restant des Habits Noirs pour ce qu’ils sont. Mais Similor, avec ses habitudes d’élégance et ses vices de mangetout, avait toujours conservé l’idée de retrouver les débris de l’association et de s’en servir pour faire sa fortune.

«Saladin mordait à cela et c’était la seule supériorité que son père eût gardée sur lui.

«Mais cet écrit n’est pas plus destiné à détailler les maladresses de Saladin et de Similor que les crimes des Habits Noirs, avec lesquels, au prix de mon aisance, je ne voudrais pas renouer mon ancienne connaissance; je manie la plume pour être utile à notre fille d’adoption, et je veux m’étendre seulement sur ce qui la regarde.

«C’était, dès ce temps-là, un drôle de petit caractère, et des plus philosophes que moi n’auraient pas su le définir. On ne peut pas dire qu’elle était gaie, quoiqu’elle eût toujours son joli sourire sur les lèvres; il y avait derrière ce sourire je ne sais quoi qui restait triste ou plutôt froid; elle nous aimait bien à sa manière; elle semblait contente de nos caresses, elle nous les rendait, mais froidement. Je cherche à dire ça comme c’était au juste: le froid ne se montrait pas, il se devinait.

«Moi et Amandine, il n’y a pas de choses qu’on n’ait faites pour deviner ce qu’il y avait dans ce petit cœur. Nous l’aimions si tendrement que l’idée qu’elle souffrait en dedans et qu’elle nous cachait sa peine serrait semblablement nos deux cœurs. Avait-elle des souvenirs? les cachait-elle? Ne pouvait-elle prendre en nous la confiance qu’il fallait pour nous dire son pauvre petit secret?

«Ou bien, comme nous l’avions pensé si souvent, le coup qui l’avait séparée de sa famille laissait-il des traces dans son cerveau? Il y avait des moments où son regard fixe semblait dire: «Je cherche au fond de ma mémoire vide et je n’y trouve rien.» C’était le plus souvent ainsi, quand elle se croyait seule et non observée; d’autres fois, son grand œil bleu s’allumait tout à coup; il semblait qu’elle allait renouer le fil rompu de ses souvenirs, et sa charmante figure prenait alors une expression de joie.

«Mais tout cela s’évanouissait, ses yeux s’éteignaient; elle redevenait pâle et les grandes boucles de ses cheveux blonds retombaient comme un voile sur sa figure qui ne disait plus rien.

«- Moi, répétait souvent Amandine, j’ai idée que la pauvre ange finira folle. Quelle malheur!

«En attendant, elle grandissait en bonne santé et en talents. Ils commençaient à nous l’envier en foire et, si nous eussions voulu nous en défaire, on en aurait eu déjà une jolie somme, car les calés de la partie nous croyaient encore pauvres, rapport au mauvais état de la baraque, et ne se gênaient pas pour nous faire des propositions.

«Mais sans parler des espérances qu’on avait fondées sur ses débuts comme danseuse de corde, moi et Amandine nous n’aurions pas voulu nous séparer d’elle pour des mille et des cents, et comme Saladin, qui nous l’avait apportée, était bien capable de nous la subtiliser, je lui dis, une fois pour toutes, en présence de son père et avec l’approbation de madame Canada:

«- Toi, quoique j’aie gardé à ton vis-à-vis la faiblesse d’un père nourricier, si tu t’avises d’y toucher, je t’écrase!

«À la baraque, ils connaissaient tous la douceur de mon caractère et ils savaient que, quand une fois je faisais une menace, c’était comme du papier timbré.

«Saladin, du reste, ne détestait pas l’enfant, bien au contraire. Il y avait des moments où nous craignions qu’il ne l’aimât trop, un jour venant. Il s’occupait d’elle et de son instruction beaucoup plus que ses habitudes dissolues n’auraient pu le faire espérer; il se levait matin pour lui donner sa première leçon et, bien souvent le soir, au lieu d’aller à ses plaisirs, il dépensait encore une heure à la faire écrire et lire.

«De son côté, la petite lui témoignait une reconnaissance douce et froide; elle était avec lui comme avec nous tous, impénétrable. Je parle ici tout à la fois de plusieurs années car, dès l’âge de trois ans, comme plus tard, à douze et quatorze ans, mademoiselle Saphir fut toujours pour nous une énigme.

«Non pas du tout qu’elle se montrât cachottière ou qu’elle s’éloignât de notre société; toujours et partout elle fut la joie de notre intérieur à moi et à Amandine, mais enfin si c’était mon métier d’écrire, je me ferais peut-être mieux comprendre: l’enfant avait quelque chose qu’elle ignorait ou qu’elle dissimulait, et qui nous faisait donner au diable.

«Dans les premières années, cette chose, que ce fût ou non un souvenir, se traduisait par ce tremblement dont j’ai parlé, et ce cri toujours le même: Maman, maman, maman! Mais plus tard, comme cet appel à sa mère lui attirait nos questions et qu’elle n’en voulait pas (peut-être parce qu’elle ne pouvait vraiment pas y répondre), elle choisit elle-même une autre formule, et dans ses crises, qui se résolvaient la plupart du temps par des larmes, elle n’appela plus que Dieu.

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