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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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La face antérieure du thorax révèle une plaie profonde, parfaitement médiane, qui part de la clavicule gauche jusqu'à l'ombilic. Le sternum est sectionné lon-gitudinalement, sur toute sa longueur, ouvrant ainsi le thorax. Nous relevons également de nombreuses traces de griffes, qui courent tout au long du torse, notamment autour de la plaie principale. Les deux membres supérieurs ont été amputés. Les doigts de la main gauche sont brisés, l'index et l'annulaire de la main droite arrachés.

La cavité thoracique révèle l'absence du cœur. Au niveau de la cavité abdominale, on constate la disparition ou la mutilation de plusieurs organes: intestins, estomac, pancréas. Près du corps ont été retrouvés des fragments organiques, portant la trace d'une denture animale. Aucun signe d'hémorragie dans la cavité thoracique.

Entaille très large (sept centimètres) au bas de l'aine droite, atteignant l'os du col du fémur. La verge, les organes génitaux et le haut des cuisses ont été arrachés. Nombreuses traces de griffes sur les cuisses. Face externe de la cuisse droite et de la cuisse gauche déchirée. Fractures complexes des deux chevilles.

Conclusion: Le jeune Philippe Böhm, ressortissant suisse, a été attaqué par un gorille, lors de l'expédition PR 154, qu'il effectuait au côté de son père, Max Böhm, près de la frontière du Congo. Les empreintes de griffes ne laissent aucun doute. Certaines mutilations subies par la jeune victime sont également spécifiques à l'animal. Le gorille a coutume d'arracher la face externe des cuisses et de briser les chevilles de ses victimes afin d'éviter toute possibilité de fuite. Il semble que le singe responsable du crime, un vieux mâle qui rôdait depuis plusieurs semaines dans cette région, ait été abattu plus tard par une famille de Pygmées Akas.

Note: Le corps est transporté à la Clinique de France, Bangui, dès cet après-midi. Je joins ici une copie de mon rapport et du certificat de décès, à l'attention du Dr Yves Cari. 28 août 1977. 10 h 15.

A cet instant, le temps s'arrêta. Je levai les yeux et scrutai la salle immense et vide. Malgré la sueur qui striait mon visage, j'étais de glace. Le rapport d'autopsie de Philippe Böhm ressemblait à s'y méprendre à celui de Rajko Nicolitch. Par deux fois, à treize années d'intervalle, on avait tué et volé le cœur de la victime, en laissant croire à un crime animal. Mais, en deçà de cette découverte terrifiante, je comprenais le noyau secret du destin de Max Böhm – ce qui s'était passé, dans les ténèbres de la jungle, au cours de l'expédition PR 154: on avait greffé le cœur de son fils dans son propre corps.

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La nuit ne porte pas toujours conseil. En ce lundi 16 septembre, je me levai dans un état second. Mon sommeil n'avait été qu'une longue tourmente habitée par les souffrances du jeune Philippe Böhm. Je demeurais pétrifié par l'horreur du destin de Max Böhm, qui avait sacrifié son propre fils pour survivre. Plus que jamais, j'étais convaincu que ma quête des diamants se doublait d'une course plus profonde, sur les traces de tueurs d'exception – auxquels le vieux Max était lié, par un étau de sang.

Je bus mon thé sur le balcon de ma chambre. A huit heures trente, la sonnerie du téléphone retentit. J'entendis la voix de Bonafé:

– Antioche? Vous pouvez me remercier, mon vieux. J'ai pu contacter le ministre ce week-end. Votre autorisation vous attend sur le bureau du secrétaire général du ministère, ce matin même. Allez-y tout de suite. Je mets à votre disposition une de nos voitures, cet après-midi, à quatorze heures. Gabriel vous conduira. Il vous expliquera ce que vous devez emporter comme nourriture, cadeaux, matériel, etc. Dernière chose: il vous donnera un sac de cent cartouches, mais restez discret sur ce point. Bonne chance.

Il raccrocha. Ainsi, il était temps. La forêt m'attendait.

Quelques heures plus tard, j'étais en route à bord d'une Peugeot 404 break – qui avait remplacé le 4 x 4 prévu – conduite par Gabriel qui arborait un tee-shirt sur lequel on pouvait lire: «Le sida. Je me protège. Je mets des préservatifs.» Dans son dos, était dessinée une carte du Centrafrique glissée dans un préservatif.

Dès la sortie de Bangui, un camp militaire nous barra la route. Des soldats débraillés, aux visages mauvais et aux mitraillettes poussiéreuses, nous ordonnèrent de nous arrêter. Ils nous expliquèrent qu'ils allaient «procéder à une vérification de nos pièces d'identité puis se livrer à une fouille réglementaire de notre véhicule». Aussitôt, Gabriel partit dans la cahute de contrôle, passeport et autorisation en main. Deux minutes plus tard, il était dehors. La barrière se levait. Les voies de l'administration africaine étaient insondables.

A partir de cet instant, le paysage prit une couleur fluorescente. Les arbres et les lianes jaillirent à perte de vue, enveloppant l'artère de bitume. «C'est la seule route goudronnée de Centrafrique, expliqua Gabriel. Elle mène à Berengo, l'ancien palais de Bokassa.» Le soleil s'était adouci, le vent de la vitesse était chargé de parfums tendres et suaves. Nous croisions des êtres orgueilleux, marchant au bord de l'asphalte, avec cette grâce qui n'appartient qu'aux Noirs. Une nouvelle fois, les femmes me coupaient le souffle. Tant de fleurs solitaires, grandes et souples, déambulant si naturellement dans les herbes hautes…

Cinquante kilomètres plus tard, un second barrage apparut. Nous pénétrions dans la province de la Lobaye. De nouveau, Gabriel négocia notre passage. Je descendis de la voiture. Le ciel s'était rembruni. D'immenses nuages voyageaient, de couleur violacée. Dans les arbres, des grappes d'oiseaux piaillaient, semblant redouter l'approche de l'orage. Il régnait ici une agitation fourmillante. Des camions stationnaient, des hommes buvaient, au coude à coude, le long de comptoirs improvisés, des femmes vendaient toutes sortes de denrées, à même le sol.

La plupart proposaient des chenilles vivantes, velues et colorées, qui se tordaient et s'enlaçaient au fond de larges bassines. Les femmes, accroupies devant leur cueillette, incitaient à la vente en criant, d'une voix haut perchée: «Patron, c'est la saison des chenilles. La saison de la vie, des vitamines…»

Soudain, l'orage éclata. Gabriel me proposa de prendre un thé chez ses frères musulmans. Nous nous installâmes sous une véranda de fortune et je bus mon premier vrai thé, en compagnie d'hommes en djellabas blanches, portant le petit calot caractéristique. Durant plusieurs minutes, je regardai, j'écoutai, j'admirai la pluie. C'était une rencontre, un tête-à-tête intime qui laissait au cœur un goût d'amitié, de charme, de bienfaisance.

– Gabriel, connais-tu un certain Dr M'Diaye, à M'Baïki?

– Bien sûr, c'est le président de la préfecture. (Gabriel précisa:) Il faut lui rendre une visite de politesse. M'Diaye doit signer ton permis.

Une demi-heure plus tard, la pluie avait cessé. Nous reprîmes la route. Il était seize heures. Gabriel sortit de la boîte à gants un sac de matière plastique empli de balles sombres et trapues. Je plaçai aussitôt seize cartouches dans mon chargeur, puis le glissai dans la crosse du Glock 21. Gabriel ne fit aucun commentaire. Il m'observait du coin de l'œil. Porter un pistolet automatique en forêt n'avait rien d'étonnant. En revanche, c'était la première fois qu'il voyait une telle arme, si légère, aux déclics discrets et fluides.

M'Baiki apparut. C'était un ensemble de baraques en terre et en tôle, plantées en petits quartiers disparates, sur le flanc d'une colline. Au sommet, trônait une grande demeure, aux couleurs bleu délavé. «La maison du Dr M'Diaye», souffla Gabriel. Notre voiture s'achemina jusqu'au portail.

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