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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— Hélas, non. La Patrouille n’a pas le droit d’intervenir. » Elle se sentait de nouveau pleine d’énergie. « Écoutez, les chrononautes ne peuvent faire autrement que d’intervenir, d’interférer même. J’ai affecté ces gens de toutes sortes de façons, pas vrai ? J’ai sauvé plusieurs vies grâce à mes antibiotiques, j’ai abattu un fauve dangereux… et le simple fait de ma présence, les questions que j’ai posées et celles auxquelles j’ai répondu… bref, le moindre de mes actes a eu une conséquence. Personne n’a élevé d’objection. Je n’ai rien dissimulé, j’ai rapporté tout ce que j’ai fait, et personne n’a rien dit.

— Vous savez très bien pourquoi. » Peut-être avait-il compris qu’il avait eu tort de jouer les professeurs, car il parlait à présent d’un ton posé, sans colère ni condescendance, comme s’il avait affaire à une jeune femme bouleversée. « Le continuum tend à préserver sa structure. C’est seulement à certains points critiques de l’histoire qu’un changement radical devient possible. Ailleurs, il y a toujours compensation. De ce point de vue-là, votre intervention n’a eu aucune conséquence. Dans un certain sens, elle a « toujours » fait partie du passé.

— Oui, oui, oui. » Elle maîtrisa le ressentiment qui l’habitait et que le ton conciliant de son interlocuteur n’avait en rien entamé. « Pardon. Je dois vous paraître bien stupide et bien ignare, n’est-ce pas ?

— Non. Vous êtes soumise à une forte tension. Vous vous efforcez de clarifier vos intentions. » Sourire de Corwin. « C’est inutile. Détendez-vous.

— Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi on ne peut rien faire, insista-t-elle. Oh ! je ne demande pas un truc monstrueux, du genre à s’enkyster dans la mémoire collective. Mais… oh ! ces chasseurs étaient si arrogants ! S’ils commencent à tyranniser les Nous, on pourrait leur dire de garder leurs distances, quitte à y aller d’une petite démonstration de force – des feux d’artifice, par exemple.

— Vous perdez de vue la situation globale, répliqua-t-il. La population de la Béringie ne se limite plus… a cessé de se limiter, devrais-je dire… à une société statique ayant à peine dépassé le stade éolithique – si l’on peut parler de société dans le cas d’une peuplade aussi dispersée. Elle a été envahie par une culture ou un ensemble de cultures avancées, dynamiques et progressistes. En l’espace de quelques générations, ces nouveaux venus ont descendu le corridor séparant l’Inlandsis laurentidien de l’Inlandsis de la cordillère pour déboucher sur les grandes plaines, où la taïga se transformait en prairie fertile à mesure du recul des glaciers. Ils se sont alors multipliés dans des proportions incroyables. Moins de deux mille ans après le moment où vous les avez rencontrés, ils fabriquaient les superbes pointes de silex du site Clovis. Peu après, ils achevaient d’exterminer le mammouth, le cheval, le chameau, bref la plupart des grands mammifères du continent. Par la suite, ils ont donné naissance aux diverses ethnies amérindiennes… mais vous savez déjà tout cela, je présume.

» Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que nous avons affaire à une situation instable. Certes, elle date d’un passé fort lointain. Il n’en subsistera aucune trace écrite permettant aux morts d’édifier les vifs. Néanmoins, il est impossible d’écarter la possibilité d’un vortex causal. En conséquences, nous devons veiller à exercer une influence minimale dans le cadre de nos recherches sur le terrain. Seul un agent non-attaché est compétent pour engager une action décisive, et un tel homme ne prendrait ce genre d’initiative qu’en cas d’extrême urgence. »

Ou une telle femme, ajouta mentalement Tamberly. Mais n’oublions pas à quelle époque il est né et a été élevé. Ses intentions sont louables. Mais il aime s’écouter parler, ça c’est sûr.

Son agacement lui fit oublier son inquiétude. Lorsqu’il ajouta : « Ne l’oubliez pas, il est fort probable que vous vous alarmiez en vain et qu’il ne soit rien arrivé de grave à vos amis », elle en convint dans son for intérieur. Pourquoi diable était-elle sujette à ces sautes d’humeur, au fait ? Eh bien, elle était passée tout droit de la préhistoire à une époque si semblable et en même temps si différente de la sienne que cela ne pouvait que la déstabiliser. Son travail allait rester inachevé, elle se faisait du souci pour les Nous, elle était triste à l’idée de ne plus jamais les revoir, angoissée par cette confrontation avec un Patrouilleur jouissant de plusieurs décennies d’expérience… Pas étonnant qu’elle soit dans un tel état. Tu as intérêt à te calmer, ma fille.

« Votre café a refroidi, fit remarquer Corwin. Je vais vous en servir un autre. » Il alla vider sa tasse, la remplit de café chaud et produisit une flasque de brandy. « Permettez-moi de nous prescrire un petit remontant.

— Euh… un dé à coudre, pas plus », concéda-t-elle.

Ce fut le geste plus que l’alcool qui lui fit du bien. Plutôt que de persister à vouloir la convaincre, Corwin passa ensuite à des considérations plus pratiques. Ses questions et ses remarques intelligentes constituaient le meilleur antidote à la tension nerveuse.

Il alla chercher plusieurs livres, les ouvrit pour lui montrer les cartes idoines et lui décrivit les ères géologiques qu’avait traversées son terrain d’expérience. Elle avait déjà étudié la question, naturellement, mais il lui restitua le contexte d’une façon aussi vivante que précise.

Durant l’ère qui lui était familière, la Béringie n’occupait pas, et de loin, le maximum de sa superficie. Cela demeurait toutefois un vaste territoire, un pont entre la Sibérie et l’Alaska, et sa disparition s’étalerait sur une durée fort longue, si l’on raisonnait en termes de générations humaines. Gonflées par la fonte des glaces, les eaux finiraient par monter au point de l’engloutir ; à ce moment-là, l’Amérique serait peuplée de l’océan Arctique à la Terre de Feu.

Elle avait beaucoup de choses à lui dire sur la faune et la flore, moins sur les hommes et les femmes, quoiqu’elle ait appris à bien connaître ces derniers. Grâce aux données collectées par la première expédition, il connaissait le langage des Tulat et une partie de leurs us et coutumes. Elle se rendit compte qu’il avait beaucoup réfléchi sur ceux-ci, les comparant avec ce qu’il savait des peuples primitifs, de son époque et des autres, et usant de son expérience pour extrapoler pas mal de choses.

Il avait approché les Paléo-Indiens alors qu’ils descendaient vers le Sud en traversant le futur Canada. Son but était de localiser la source de leurs mouvements migratoires. La Patrouille avait besoin d’en savoir davantage sur eux afin de déterminer quels étaient les nexus à surveiller avec une attention particulière. Quoique parcellaires, ces informations constituaient déjà un début. En outre, d’autres personnes étaient vivement intéressées par ces données : anthropologues, folkloristes et artistes de toute sorte en quête d’inspiration.

Guidée avec expertise par Corwin, Tamberly sentit ses souvenirs s’ordonner et prendre de l’épaisseur : des groupes de familles demeurant à l’écart les unes des autres et se retrouvant de façon périodique, le plus souvent liées par des individus errants, pour la plupart des jeunes célibataires en quête d’une compagne… des rites tout simples, des légendes souvent macabres, une crainte tenace des spectres et des démons, des tempêtes et des prédateurs, de la maladie et de la famine… mais une certaine joie de vivre, une grande tendresse, un émerveillement enfantin devant les plaisirs de l’existence… une révérence toute particulière pour l’ours, sans doute antérieure à la naissance de cette ethnie…

« Grand Dieu ! s’exclama-t-elle en découvrant l’obscurité qui tombait au-dehors. Je n’ai pas vu les heures filer.

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