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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Non, pas à Falkynkip, maître. Plus à l’ouest. C’est à Pidruid qu’ils sont allés, pour attendre la venue des dragons.

— Comment ?

— Comme dans la révélation.

— Simoost !

— Mais alors vous ne connaissez pas la révélation ?

Etowan Elacca sentit monter en lui une colère telle qu’il en avait rarement eue durant sa vie paisible et bien remplie.

— J’ignore tout de la révélation, dit-il, réussissant à grand-peine à se maîtriser.

— Je vais vous expliquer. Je vais tout vous dire.

Le Ghayrog garda le silence un instant, comme pour mettre de l’ordre dans ses pensées. Puis il respira profondément et dit :

— Selon une vieille croyance, un grand malheur frappera un jour le monde et tout Majipoor sera plongée dans le chaos. Il est dit qu’à ce moment-là, les dragons sortiront de la mer, avanceront sur la terre et proclameront un nouveau royaume. Et notre planète connaîtra de profonds bouleversements. Ce sera le temps de la révélation.

— De qui est cette invention ?

— Oui, maître, invention est le mot exact. Ou fable, si vous préférez, conte de fées. Cela n’a rien de scientifique. Nous savons que les dragons de mer ne peuvent pas sortir de l’eau. Mais c’est une croyance très répandue dans certaines couches de la population qui y trouvent un grand réconfort.

— Quelles couches ?

— Les pauvres surtout. Principalement les Lii, bien que quelques autres races y adhérent aussi. J’ai entendu dire qu’elle est courante chez quelques Hjorts et certains Skandars. Les humains l’ignorent pour la plupart et en particulier les gens de votre monde, maître. Mais je peux vous dire que nombreux sont ceux qui pensent que le temps de la révélation est arrivé, que le mildiou et la pénurie alimentaire sont les premiers signes et que le Coronal et le Pontife seront bientôt renversés afin que puisse commencer le règne des rois des eaux. Et ceux qui y croient se dirigent maintenant vers les cités côtières, Pidruid, Narabal et Til-omon, pour assister à l’arrivée des rois des eaux sur la terre et être parmi les premiers à les vénérer. Je sais que c’est la vérité, maître. C’est le cas dans toute la province, et pour autant que je sache, dans le monde entier. Ils sont des millions à se mettre en route vers la mer.

— C’est ahurissant, dit Etowan Elacca. Comme je suis ignorant, dans mon petit univers clos !

Il fit courir son doigt le long de la dent de dragon, jusqu’à l’extrémité pointue et appuya très fort, jusqu’à ce qu’il ait mal.

— Et ces dents ? Que signifient-elles ?

— Si j’ai bien compris, ce sont des signes de la révélation qu’ils placent çà et là pour indiquer la route de la côte. Quelques éclaireurs précèdent la multitude de pèlerins se dirigeant vers l’ouest et disposent les dents. Les autres les suivent de prés.

— Comment savent-ils où ont été placées les dents ?

— Ils le savent, mais j’ignore comment. Ils l’apprennent peut-être par les rêves. Il se peut que les rois des eaux leur envoient des messages semblables à ceux de la Dame et du Roi des Rêves.

— Nous serons donc bientôt envahis par une horde de vagabonds ?

— Certainement, maître.

Etowan Elacca tapota la dent contre sa paume.

— Simoost, pourquoi as-tu passé la nuit dans le champ de nyik ?

— J’essayais de trouver le courage de vous annoncer tout cela.

— Pourquoi te fallait-il du courage ?

— Parce que je pense que nous devons fuir et que vous ne serez pas d’accord, mais je ne veux ni vous abandonner ni mourir. Et je suis sûr que nous mourrons si nous restons ici.

— Tu savais qu’il y avait des dents de dragon dans le jardin ?

— J’ai vu les éclaireurs les placer. J’ai parlé avec eux.

— Ah bon. Quand cela ?

— À minuit. Ils étaient trois, deux Lii et un Hjort. Ils m’ont dit que quatre cent mille personnes venant de l’est se dirigent par ici.

— Quatre cent mille personnes vont traverser mes terres ?

— Je crois.

— Mais il ne restera plus rien après leur passage, n’est-ce pas ? Ils s’abattront comme une nuée de sauterelles. Ils nous arracheront le peu de vivres que nous avons et je suppose qu’ils pilleront la maison et tueront ceux qui se mettront en travers de leur chemin. Pas par méchanceté, mais simplement dans l’hystérie générale. C’est bien ton avis, Simoost ?

— Oui, maître.

— Quand seront-ils là ?

— Dans deux jours, peut-être trois, d’après ce qu’ils m’ont dit.

— Xhama et toi devriez donc partir dès ce matin, n’est-ce pas ? Tout le personnel devrait partir sur le champ. Vous devriez pouvoir arriver à Falkynkip avant la cohue et être ainsi hors de danger.

— Vous ne partirez pas, maître ?

— Non.

— Je vous en prie…

— Non, Simoost.

— Mais vous allez mourir !

— Je suis déjà mort, Simoost. Pourquoi irais-je à Falkynkip ? Que ferais-je là-bas ? Ne vois-tu pas que je suis déjà mort. Je suis mon propre fantôme.

— Maître… Maître…

— Il n’y a plus de temps à perdre, dit Etowan Elacca. Tu aurais dû partir avec ta femme cette nuit quand tu as vu les éclaireurs placer les dents. Va-t’en. Va-t’en. Tout de suite !

Il pivota sur ses talons et descendit la pente. En retraversant le jardin, il replaça la dent de dragon où il l’avait trouvée, dans le parterre de pinnina.

Au milieu de la matinée, le Ghayrog et sa femme vinrent le trouver et le supplièrent de partir avec eux – Etowan Elacca n’avait jamais vu de Ghayrog, dont les yeux n’ont pas de canal lacrymal, aussi près de pleurer – mais il demeura inflexible et finalement ils se résolurent à s’en aller sans lui. Il fit venir les autres serviteurs qui lui étaient restés fidèles et les congédia, leur remettant tout l’argent qu’il avait sur lui et la majeure partie des provisions du cellier.

Ce soir-là, pour la première fois de sa vie il prépara lui-même son dîner. Il estima que pour un novice il ne se débrouillait pas trop mal. Il ouvrit la dernière bouteille de vin de feu et but un peu plus qu’il ne se le serait permis en temps normal. Ce qui arrivait lui semblait très étrange et difficile à accepter, mais le vin facilitait les choses. La paix avait régné pendant tant de milliers d’années. Quelle planète agréable où tout fonctionnait à merveille ! De Pontife en Coronal, un processus menant sereinement du Mont du Château au Labyrinthe, un règne toujours approuvé par la majorité pour le bénéfice de tous ; même si, bien entendu, certains en profitaient davantage que d’autres. Pourtant nul ne souffrait de la faim, nul n’était dans le besoin. C’en était fini maintenant. Une pluie toxique tombait du ciel, les jardins dépérissaient, les récoltes étaient détruites, la famine faisait son apparition, de nouvelles religions s’imposaient, une multitude d’affamés se ruaient vers la mer. Le Coronal était-il au courant ? Et la Dame de l’Ile ? Et le Roi des Rêves ? Que faisait-on pour remédier à tout cela ? Que pouvait-on faire ? Les doux rêves dispensés par la Dame aideraient-ils à remplir les ventres creux ? Les rêves menaçants du Roi renverraient-ils les pèlerins d’où ils venaient ? Le Pontife, si toutefois il en existait un, sortirait-il du Labyrinthe pour faire d’importantes déclarations ? Le Coronal irait-il de province en province pour exhorter le peuple à la patience ? Non. Certes non. Tout est fini, songea Etowan Elacca. Quel dommage que cela n’ait pu attendre vingt ans, ou peut-être trente, pour me laisser le temps de mourir tranquillement dans mon jardin encore fleuri.

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