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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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À une différence près. Alvin pouvait compter les jours qui le séparaient de la liberté. On était en août. Plus qu’à peine un an. Le printemps prochain, il serait libre. Aucun esclave du Sud n’avait jamais connu ça ; c’est tout juste si pareil espoir leur venait à l’esprit. Alvin y avait assez souvent pensé durant ces années, quand il se sentait trop mal traité ; il se disait : si eux peuvent continuer à vivre et travailler sans espoir de liberté, alors moi, je peux encore tenir cinq ans, trois ans, un an en sachant que ça finira un jour.

Bref, Conciliant ne se montra pas cet après-midi-là, et lorsque Alvin eut achevé le travail qui lui était assigné, au lieu de faire du ménage et du nettoyage, au lieu de prendre de l’avance, il monta à la resserre et prit les mesures de la porte et des fenêtres. C’était un abri bâti pour garder la fraîcheur du ruisseau, alors les fenêtres ne s’ouvraient pas, mais la maîtresse d’école n’apprécierait guère ça, de ne jamais profiter d’un souffle d’air, si bien qu’Alvin prit leurs mesures, à elles aussi. Il ne décida pas véritablement de faire les nouveaux châssis des fenêtres lui-même, vu qu’il n’était pas franchement menuisier, même s’il avait appris à travailler un peu le bois comme tout un chacun. Il prit simplement les mesures de l’abri, et lorsqu’il arriva aux fenêtres, il continua.

Il calcula toutes sortes de choses : l’emplacement où il faudrait installer un petit fourneau ventru ; si le local serait chaud en hiver ; et tant qu’il y était, il réfléchit aussi au coulage du bon soubassement qui allait supporter le poids du fourneau, à la pose du solin autour de la cheminée du toit, à tout ce qui était nécessaire pour faire de la resserre une maisonnette bien close, habitable par une lady.

Alvin n’écrivit pas ses mesures. Il ne le faisait jamais. Il les connaissait dès lors qu’il avait promené les doigts, les mains et les bras partout ; et s’il oubliait ou si par hasard il en prenait une mauvaise, il savait qu’en dernier recours il pourrait toujours rectifier. Ça ressemblait à de la paresse, il en était conscient, mais il tirait si peu avantage de son talent ces temps-ci qu’il n’y avait pas de mal à s’en servir pour des bricoles pareilles.

Arthur Stuart s’amena alors qu’Alvin en avait presque terminé avec la resserre. Alvin ne dit rien, Arthur non plus ; on n’accueille pas les gens qui font partie du décor, on les remarque à peine. Mais lorsqu’il eut besoin de prendre les mesures du toit, il en fit part à Arthur et le hissa dessus aussi aisément que Peg Guester retournait les matelas de plumes de l’auberge.

Arthur se déplaçait comme un chat au sommet de la resserre, sans s’inquiéter de la hauteur. Il arpenta le toit en faisant ses propres comptes et, lorsqu’il eut fini, il ne prit même pas le temps de s’assurer qu’Alvin était prêt à le recevoir, il sauta tout bonnement en l’air. Comme s’il croyait savoir voler. Et, ma foi, c’était presque vrai car Alvin, qui l’attendait en dessous, avait les bras pour le recevoir avec aisance et le descendre à terre aussi délicatement qu’un malard se posant sur un étang.

Lorsqu’Al et Arthur eurent fini de mesurer, ils regagnèrent la forge. Alvin choisit quelques barres de fer dans le tas, ralluma le feu et se mit à l’ouvrage. Arthur se chargea d’actionner le soufflet et d’apporter les outils ; ils faisaient ça depuis si longtemps qu’Arthur aurait pu passer pour l’apprenti d’Alvin, et ils n’avaient jamais vu, l’un comme l’autre, quoi que ce soit de mal là-dedans. Ils bougeaient en accord, en une telle harmonie que les gens croyaient assister à une sorte de ballet.

Un couple d’heures plus tard, Alvin avait toutes les ferrures. Il aurait dû y passer moitié moins de temps, seulement, allez savoir pourquoi, il s’était mis en tête qu’il fallait une serrure à la porte, puis que ce devait être une vraie serrure, du genre de celles que certains habitants fortunés du village faisaient venir de Philadelphie, dans l’Est, avec sa clé et tout, avec aussi un loquet qui s’enclenchait tout seul dès qu’on rabattait la porte, comme ça on n’oubliait jamais de la fermer derrière soi.

Mieux encore : il ajouta des charmes secrets à toutes les ferrures, des figures géométriques parfaites à six pointes qui évoquaient l’inviolabilité, qui empêchaient quiconque animé de mauvaises intentions de faire jouer la serrure. Une fois cette serrure refermée et fixée sur la porte, personne ne les verrait, mais ils agiraient avec efficacité car lorsque Alvin réalisait un charme, sa mesure était si parfaite qu’il formait un réseau de sortilèges, comme un mur, sur plusieurs yards à la ronde.

Alvin en vint à se demander pourquoi un charme fonctionnait. Bien sûr, il savait ce que sa forme avait de magique : c’était une combinaison de deux fois trois ; il savait aussi qu’en posant des charmes sur une table ils s’adaptaient étroitement les uns aux autres, aussi parfaitement que des carrés, mais plus puissants, tissés non pas d’une chaîne et d’une trame, mais d’une chaîne, d’une trame et de sortilège. Rien à voir avec les carrés, qu’on trouvait rarement dans la nature, car trop simples et trop faibles ; il existait des charmes dans les flocons de neige, les cristaux, les rayons de miel. Réaliser un seul charme, c’était comme en réaliser tout un tissu, si bien que ceux, parfaits, qu’Alvin avait dissimulés à l’intérieur de la serrure couvriraient les abords de la maisonnette, l’isoleraient des dangers extérieurs aussi sûrement que s’il avait forgé un filet de fer et l’avait directement tendu autour.

Mais ça ne répondait pas à la question du fonctionnement. Pourquoi ses charmes cachés allaient-ils arrêter la main d’un importun et lui ôter l’idée d’entrer ? Pourquoi le charme se répétait-il, invisible, très loin, et que plus il était parfait, plus il étendait son réseau ? Tant d’années à débrouiller des mystères, et il connaissait encore si peu de choses. Il ne connaissait quasiment rien et il se désespérait ; même qu’en ce moment, les ferrures de la resserre dans les mains, il se demandait s’il ne devrait pas en fait se contenter d’être un bon forgeron et oublier toutes ces histoires de Faiseur.

Parmi toutes ses interrogations, Alvin ne se posa jamais la question la plus évidente de toutes. Pourquoi une maîtresse d’école aurait-elle besoin d’une serrure aussi efficace, bardée de charmes ? Il n’essaya même pas de chercher. Il ne pensait pas de cette façon-là. Il se disait simplement qu’une telle serrure, c’était bien, et qu’il devait arranger cette maisonnette du mieux possible. Plus tard, il s’en étonnerait, il se demanderait s’il se doutait à ce moment-là, avant de la rencontrer, de ce que cette maîtresse d’école représenterait pour lui. Peut-être avait-il déjà une idée derrière la tête, tout comme la Peg Guester. Mais il n’en savait encore rien du tout, c’était la vérité. Lorsqu’il eut réalisé toutes ces splendides ferrures, gravées de motifs pour enjoliver la porte, il songea plus vraisemblablement à Arthur Stuart ; il dut plus ou moins se dire que si la maîtresse d’école habitait dans une belle maison, elle aurait davantage envie de donner des leçons particulières au gamin.

Il était l’heure d’arrêter de travailler pour la journée, mais Alvin n’en tint pas compte. Il transporta toutes les ferrures jusqu’à la resserre dans une brouette, ainsi que deux ou trois outils dont il pensait avoir besoin et quelques chutes d’étain pour le solin de la cheminée. Il travailla vite et, sans vraiment le vouloir, il utilisa son talent pour se faciliter la tâche. Tout se mit en place du premier coup ; les battants de porte furent impeccablement suspendus sur leurs gonds, et la serrure se positionna parfaitement à l’intérieur, boulonnée si serré que rien ne l’en arracherait jamais. C’était une porte qu’aucun homme ne pourrait jamais forcer – ce serait plus simple de défoncer à la hache les murs en demi-rondins que de s’attaquer à elle. Et avec les charmes qu’elle renfermait, personne n’oserait lever sa hache sur la maison ; et si quelqu’un s’y hasardait, il serait trop faible pour porter un coup efficace – c’étaient des charmes dont même un Rouge aurait hésité à se moquer.

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