La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
Je réfléchis à tous les événements qui s’étaient produits depuis l’instant où j’avais donné le couteau à Thècle ; et bien que n’ayant pas prêté attention à tout ce qu’il avait dit, je lui répondis : « Si c’est la seule occasion, alors vas-y, et bonne chance. Si jamais je revois Jolenta, je lui confierai qu’elle fut aimée de toi, mais rien de plus. »
Jonas secoua la tête. « Ne comprends-tu pas ? Je reviendrai la chercher lorsque j’aurai été réparé, lorsque j’aurai retrouvé la raison et mon intégrité. »
Il s’avança alors au milieu du cercle formé par tous les panneaux déployés, et une lumière éclatante se mit aussitôt à briller au-dessus de sa tête, dans l’air.
Quelle bêtise d’appeler ces choses des miroirs ! Elles sont à des miroirs ce qu’est le ballon d’un enfant au globe du firmament. Certes, elles reflètent la lumière, mais je suis persuadé que là n’est pas leur fonction réelle. Elles reflètent la réalité, la substance métaphysique qui sous-tend le monde matériel.
Jonas referma le cercle, puis se plaça en son centre. Pendant un instant très bref, le temps d’une courte prière, quelque chose fait de fils et d’une poussière métallique aveuglante se mit à danser au sommet des panneaux ; puis il n’y eut plus rien. J’étais seul.
19. Vestiaires
J’étais seul, comme je ne l’avais jamais réellement été depuis la nuit où j’avais pénétré dans la chambre de l’auberge décrépite de Nessus, et vu les vastes épaules de Baldanders déborder des couvertures. Il y avait eu ensuite le Dr Talos, puis Aghia, Dorcas, et enfin Jonas. Je fus saisi d’un accès de cette fièvre de la mémoire qui m’est propre, et revis la fine silhouette de Dorcas, le géant et tous les autres, comme je les avais aperçus en compagnie de Jonas depuis le verger aux pruniers ; je me souvins également des hommes conduisant toutes sortes d’animaux, des comédiens et des saltimbanques, et conclus que tous devaient être en train de se diriger vers cet endroit réservé aux distractions en plein air, que Thècle m’avait plusieurs fois décrit.
Je me mis à fouiller la pièce dans le vague espoir de retrouver mon épée. Elle n’y était évidemment pas, et l’idée me vint soudain qu’il devait exister une salle de dépôt non loin de l’Antichambre, réservée aux effets confisqués aux détenus. Vraisemblablement, elle devait se trouver au même niveau. L’escalier que j’avais emprunté ne pouvait que me conduire à nouveau dans l’Antichambre ; la seconde issue de la salle des miroirs donnait simplement dans une autre pièce, où d’étranges objets étaient entreposés. Je finis par y découvrir une porte qui s’ouvrait sur un corridor sombre et tranquille, au sol recouvert d’une moquette ; des tableaux étaient accrochés aux murs. Je mis mon masque et m’enveloppai dans ma cape, me disant que si les gardes qui m’avaient arrêté dans le bois avaient paru tout ignorer de l’existence de la guilde, il n’en serait peut-être pas de même des personnes que je risquais de rencontrer dans les ailes du Manoir Absolu.
En fin de compte, pas une fois je ne fus inquiété. Un homme, habillé richement et avec recherche, me laissa le passage, et plusieurs jeunes femmes tout à fait ravissantes me regardèrent avec curiosité. Je sentis même les souvenirs de Thècle s’agiter à la vue de leurs traits. Je finis par déboucher sur un autre escalier, non pas étroit et dérobé comme celui qui nous avait conduits, Jonas et moi, jusqu’à la salle des miroirs, mais une large volée de marches imposantes.
Je l’empruntai pendant quelque temps, fis une reconnaissance pour m’assurer être bien encore en dessous de l’étage de l’Antichambre, et continuai de grimper les étages ainsi ; à un moment donné, je croisai une jeune femme qui descendait hâtivement l’escalier.
Nos regards se croisèrent.
J’ai la conviction que pendant un bref instant, elle eut l’impression comme moi que nos yeux s’étaient déjà ainsi rencontrés à plusieurs reprises. Je l’entendis dire, dans mon souvenir, « Ma très chère sœur », de cette voix au timbre si doux évoquant irrésistiblement un visage en forme de cœur. Mais il ne s’agissait pas de Théa, la compagne de Vodalus ; seulement de la femme qui lui ressemblait (et qui se faisait très certainement appeler comme elle) et que j’avais croisée dans un autre escalier, celui de la Maison turquoise – elle descendant et moi montant, exactement comme maintenant. On faisait donc venir, outre des acteurs et des acrobates, des prostituées, dans le cadre de la fête qui allait se donner.
C’est presque par hasard que je découvris l’étage de l’Antichambre. À peine avais-je quitté l’escalier que je me rendis compte de l’endroit où je me trouvais : exactement là où s’étaient tenus les hastarii tandis que je parlais avec Nicarète devant la table roulante en argent. « C’était le passage le plus risqué, et je pris soin de marcher lentement. Le mur à ma droite comportait une douzaine de portes, au moins, toutes entourées d’un chambranle en bois sculpté, et, comme je le constatai en m’arrêtant pour en examiner une de plus près, toutes clouées à ce chambranle, et scellées par la patine du temps. La seule porte qui se trouvait sur ma gauche était celle, à double battant et en chêne rongé de vers, par laquelle nous étions passés, à notre arrivée, Jonas et moi, encadrés par les soldats de la garde ; la porte de l’Antichambre elle-même se trouvait exactement en face, après quoi reprenait la rangée des entrées condamnées. Le corridor se terminait par un autre escalier. Les portes scellées montraient que l’Antichambre avait fini par occuper progressivement tout l’étage, dans cette aile du Manoir Absolu.
Je ne me serais pas permis de m’arrêter s’il y avait eu la moindre personne en vue ; mais comme le corridor était parfaitement vide, je me risquai à examiner de plus près le début de ce second escalier, sollicitant ma mémoire. Deux des soldats m’encadraient, tandis qu’un troisième portait Terminus Est. Il paraissait raisonnable de penser que, le temps de nous jeter dans l’Antichambre, Jonas et moi, le troisième homme avait pu franchir une partie de la distance qui le séparait de l’endroit où l’on remisait les armes saisies sur les gens en état d’arrestation. Mais je n’arrivais pas à me rappeler quoi que ce fût ; ce troisième garde était resté en arrière tandis que nous descendions dans la grotte, et je ne l’avais pas revu. Il était même possible, en fin de compte, qu’il ne nous ait pas accompagnés.
En désespoir de cause, je revins à la porte mangée de vers, et l’ouvris. Le relent de moisi du puits envahit aussitôt le corridor, et les gongs se mirent à résonner. À l’extérieur, le monde était plongé dans la nuit, et, en dehors de la lueur de feu follet des champignons phosphorescents, on ne voyait presque rien des murs raboteux ; seul un cercle, où se trouvaient emprisonnées des étoiles, indiquait l’emplacement de l’ouverture du puits.
Je refermai la porte ; mais l’écho de son grincement à peine éteint, j’entendis un bruit de pas en provenance de l’escalier que je venais d’emprunter. Il n’existait pas le moindre endroit où se cacher, et je n’avais pas le temps de gagner le deuxième escalier avant que n’arrivât celui qui tombait si mal. Plutôt que d’essayer de me faufiler par l’entrebâillement de la lourde porte de chêne et de la refermer sur moi, je résolus de rester en place.
Le nouvel arrivant était un quinquagénaire grassouillet portant livrée. En dépit de la distance, je le vis pâlir dès qu’il m’aperçut, à sa sortie de l’escalier. Il se hâta néanmoins vers moi et, alors qu’il était encore à vingt ou trente pas, commença à faire toute une série de courbettes avant de dire : « Puis-je vous être utile, Votre Honneur ? Mon nom est Odilon, et je suis l’administrateur de service. Or à ce que je peux voir, vous êtes en mission confidentielle pour… le père Inire ? »