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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Il faisait froid. Elle croisa les bras sous les manches amples du tchador. « Ouais ?

— Ils ont appris plein de trucs sur la construction des tunnels. Tout était sur des bases de données publiques, en plus. Pratique. » Sa voix résonnait lugubrement. Les plafonniers s’allumaient à mesure de leur progression pour s’éteindre dans leur dos. Ils parcouraient le tunnel au milieu d’une tache de lumière mouvante. « Déjà vu la ligne Maginot ?

— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Laura.

— Un gigantesque ouvrage fortifié creusé par les Français, il y a quatre-vingt-dix ans. En défense contre les Allemands. Je l’ai visité un jour. Winston m’avait emmené. » Il rajusta son béret. « De grands dômes d’acier qui rouillent toujours au milieu des pâturages. Avec tout un réseau de chemin de fer souterrain. Parfois emprunté par les touristes. » Il haussa les épaules. « Il est tout juste bon à ça. Comme cet endroit, un de ces jours.

— Que voulez-vous dire ?

— Les pétroliers sont supérieurs : ils sont mobiles. »

Laura vint à sa hauteur. Mal à l’aise. « Ça pue dans ces galeries, Sticky. Comme dans les pétroliers…

— C’est le plastique des entraveurs, lui expliqua-t-il. Une arme d’exercice. Quand vous êtes touché par un fusil entraveur, il y a une drôle d’odeur le temps que le plastique polymérise. Ensuite, vous vous retrouvez enveloppé de barbelé… »

Il mentait. Il y avait des labos, quelque part là-dessous. Quelque part dans ces ténèbres fongiques. Elle le sentait. Cette vague odeur acide…

« C’est là que se livrera la bataille, reprit-il. Là que l’ennemi devra payer le prix. C’est pas qu’on espère les arrêter, pas plus que Fédon ne l’a fait dans le temps. Mais ils paieront le prix du sang. Ces galeries sont bourrées de trucs prêts à vous sauter dessus dans le noir… » Il renifla. « Vous bilez pas, pas vos Yankees. Les Yankees ont plus guère de couilles, ces derniers temps. Mais tous les autres. Babylone.

— Le Système », dit Laura.

Sticky sourit.

Les directeurs de la Banque l’attendaient. Ils étaient simplement installés là, dans le tunnel, sous une flaque de lumière. Avec une longue table de réunion rectangulaire et quelques sièges en cuir confortables. Plus thermos de café, cendriers, calepins, crayons. Ils bavardaient entre eux. Souriants. Des anneaux de fumée de cigarette montaient sous la lampe.

Ils se levèrent en la voyant. Cinq Noirs. Quatre en costume de bonne coupe ; le cinquième en uniforme avec des épaulettes étoilées. Trois étaient assis à gauche, deux à droite.

Le siège en bout de table était vide. De même que celui immédiatement à sa droite. Sticky la conduisit vers la chaise du bout.

Le général prit la parole. « Ce sera tout, capitaine. » Sticky salua sèchement et tourna les talons. Elle entendit résonner ses bottes tandis qu’il s’éloignait dans l’obscurité.

« Bienvenue à la Grenade, madame Webster. Asseyez-vous, je vous en prie. » Tout le monde s’assit, crissements de cuir. Devant chacun était posée une plaque en cuivre judicieusement orientée vers elle :

Dr CASTLEMAN. M. RAINEY. M. GOULD. GEN. CREFT M. GELLI. M. Gelli était le plus jeune de tous. Aux alentours de la quarantaine ; il était italien et sa peau était noire. Les sièges vides avaient également des plaques : M. STUBBS. Et P.M. ERIC LOUISON…

« Je m’appelle Gould », annonça M. Gould. C’était un Anglo à peau noire, corpulent, dans les soixante-cinq ans, maquillé au rouge vidéo et portant un postiche de cheveux drus. « Je fais office de président de semaine pour cette commission spéciale d’enquête, chargée d’examiner les circonstances du décès d’un citoyen grenadin, M. Winston Stubbs. Nous ne sommes pas un tribunal et ne pouvons prononcer de jugements mais nous pouvons émettre des avis et offrir nos conseils au Premier ministre. Aux termes de la loi grenadine, madame Webster, vous n’avez pas droit à un avocat devant une commission spéciale de ce type ; toutefois, tout faux témoignage est passible de poursuites. M. Gelli va recevoir votre prestation de serment. Monsieur Gelli ? »

M. Gelli se leva vivement. « Levez la main droite, je vous prie. Jurez-vous ou affirmez-vous solennellement… » Il lut intégralement la formule.

« Je le jure », dit Laura. Castleman était le plus étrange de la troupe : monstrueusement obèse, avec des cheveux tombant sur les épaules et la barbe en broussaille ; il achevait de fumer un cigarillo jusqu’au filtre. Des yeux bleus, écartés. Il tapait de la main gauche sur un petit clavier.

Rainey avait l’air de s’ennuyer. Il griffonnait sur son papier et caressait son grand nez noir d’Anglo comme s’il était douloureux. Il portait une émeraude à l’oreille et une grosse gourmette en or. Le général Creft ressemblait à un Noir authentique, bien qu’avec son teint café-au-lait il fût le plus clair du lot. Il avait les yeux impassibles d’un crocodile et les mains aux phalanges balafrées d’un habitué des combats de rue. Des mains qu’on aurait vues plutôt tenir des pinces ou un tuyau de caoutchouc.

Ils l’interrogèrent une heure et demie durant. Ils étaient polis, mesurés. Gould était le plus loquace, ne s’interrompant que pour consulter des notes sur sa console. Rainey s’embêtait – manifestement, l’affaire manquait par trop de piquant pour le passionner ; il aurait été plus heureux à la barre d’une vedette rapide, filant devant les garde-côtes de Floride. Creft accapara le devant de la scène quand on en vint à l’avion-robot tueur. Il avait un dossier entier de photos du Canadair CL-227 – la cacahuète orange rééquipée d’une terrifiante variété de lance-grenades, lance-napalm, diffuseurs de gaz… Elle désigna le modèle qui lui semblait le plus proche du profil dont elle se souvenait. Creft fit circuler le cliché sans un mot. Tous hochèrent la tête…

Gelli ne disait pas grand-chose. C’était le cadet de la troupe. Le Gelli ancien modèle n’avait manifestement pas tenu le coup. Quelqu’un l’avait déboulonné…

Elle attendit le moment opportun pour lâcher son information sur le FAIT. Elle contacta sa console restée au manoir, téléchargea les preuves que lui avait envoyées Emily et les leur balança sous le nez. Ils examinèrent le document avec des hum et des mouais. (Castleman le parcourut à 2400 bauds, ses yeux bordés de graisse le dévorant par paragraphes entiers.)

Ils étaient polis. Ils étaient sceptiques. Le président malien, un certain Moussa Diokité, était un ami personnel du premier ministre Louison. Les deux pays entretenaient des liens fraternels et avaient envisagé l’instauration d’échanges culturels. Malheureusement, ces projets de liens pacifiques avaient capoté, par suite de l’état de crise endémique propre à tous les pays sahariens. Le Mali n’avait rien à gagner à attaquer la Grenade ; le Mali était désespérément pauvre et ravagé par les désordres civils.

Et les preuves étaient douteuses : l’Algérie et le Mali avaient depuis longtemps un différend frontalier ; les Affaires étrangères algériennes auraient raconté n’importe quoi. La liste donnée par l’I.G. Farben d’actes terroristes commis dans le secteur turc de Chypre était impressionnante et fort utile mais elle ne prouvait rien. Chez Kymera Corporation, ils étaient paranoïaques, accusant toujours les étrangers des menées criminelles des gangs du Yakuza japonais. Accuser le Mali relevait de la plus haute fantaisie quand les Singapouriens étaient manifestement les agresseurs.

« Comment savez-vous qu’il s’agit de Singapour ? demanda Laura. Est-ce que vous pouvez prouver que Singapour a tué M. Stubbs ? Singapour a-t-il attaqué la Loge de Rizome à Galveston ? Si vous pouvez prouver que vous avez agi loyalement, tandis que la Banque islamique a rompu les termes de l’accord, je vous promets que je soutiendrai votre plainte par tous les moyens à ma disposition.

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