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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Voilà bientôt quatre mois que Louis donne le maximum sur la scène du Théâtre des Variétés, et que la fatigue vient chaque jour davantage se faire sentir. Il se couche tard et il doit être à Saint-Maurice à neuf heures. À midi, un rapide déjeuner avant de tourner, puis départ vers dix-neuf heures en direction du boulevard Montmartre. Une trop courte sieste, et que le spectacle commence ! Certains soirs, il veut à ce point être authentique qu’il en oublie de feindre certains gestes. Ainsi, à un moment, il doit faire semblant de frapper Colette Brosset et, une fois, il la frappe pour de bon. « J’étais folle de rage et je me suis disputée avec lui, se rappelle-t-elle[227]. Pareil pour ma perruque : il tirait réellement sur les épis qui dépassaient. J’étais vraiment en colère. Tant et si bien que j’ai fini par l’insulter : “Tu es con !” Il m’a répondu immédiatement : “Je joue vrai… — Et alors, si dans l’histoire tu devais me baiser, tu me baiserais en scène ?” Il n’a pas sourcillé.  » En effet, Louis de Funès se laisse parfois emporter par sa fougue du bien faire, du faire juste et vrai pour ne pas décevoir un public qui le lui rend bien. Ils et elles sont nombreux à l’attendre à la sortie des artistes pour lui réclamer un autographe. Là, il ne marque aucun signe d’énervement ou d’exaspération. Il se plie de bonne grâce à cet exercice obligé et preuve de sa popularité. Mais, dès qu’il peut s’échapper, il saute dans son taxi ou dans la voiture de Patrick pour retrouver le calme et la sérénité familiale tout en réfléchissant au film de Jean Girault dont le tournage est prévu pour la dernière semaine d’avril. Il veut surtout travailler de concert avec Girault et Vilfrid. Il tient par-dessus tout à ce qu’il n’y ait aucune vulgarité dans cette comédie afin qu’elle puisse plaire à un large public. Il souhaite tout contrôler, du scénario aux dialogues en passant par la musique et la distribution. Sur ce point, Louis veut à la fois des acteurs de qualité et de la nouveauté. Le choix le plus difficile repose sur le nom de la comédienne devant tenir le rôle de sa fille. Louis a bien songé à France Rumilly mais, toute réflexion faite, il se range à la proposition de Jean Girault qui lui parle de Mireille Darc. Girault vient de la diriger dans un sketch des Veinards et il lui fait valoir que le physique de cette Toulonnaise de vingt-cinq ans, qui s’est taillé un joli succès à la télévision[228] après avoir posé pour des peintres, commence à intéresser les échotiers de la presse parisienne. « De plus, lui assure Girault, elle a un vrai talent et il ne m’étonnerait pas qu’elle devienne rapidement célèbre[229].  » Louis accepte de la rencontrer et il est immédiatement conquis par son élégance, sa voix un peu traînante et sa volonté affirmée de ne pas ménager sa peine. Mireille Darc décroche ainsi le rôle de Patricia Monestier. Autre sélection à opérer, celle de la comédienne suffisamment truculente et capable de lui « tenir tête » en épouse bien inconséquente. Force leur est de constater que les actrices de cette trempe ne sont pas légion et, très rapidement, Louis avance le nom de Jacqueline Maillan qui fut sa partenaire dans Ah ! les belles bacchantes puis Ornifle et que Girault a dirigée dans Les Veinards et Les Bricoleurs. Pour ce qui est des rôles secondaires, ils retiennent ensemble les noms de Philippe Nicaud, Guy Tréjan[230], Daniel Ceccaldi, Roger Dumas et Christian Marin[231], un habitué des Branquignols, lequel aura la lourde tâche de reprendre le tablier du maître d’hôtel que portait de Funès dans la pièce. Dernier point, et non des moindres, le titre du film. Tout le monde s’accorde pour admettre que Sans cérémonie, ce n’est pas particulièrement aguicheur. Louis, Girault, Vilfrid, Debelmas… se creusent la tête jusqu’à ce que tout le monde s’entende sur le nom du coq que Cynthia Monestier promène en laisse : Pouic-Pouic. Cela ne veut strictement rien dire et, aux yeux de tous, c’est ce qui en fait le charme et, espère-t-on, attirera les spectateurs. Enfin, Jean Girault demande à son ami pianiste Jean-Michel Defaye, connu pour ses arrangements des compositions de Léo Ferré, de s’occuper de la musique. Tout est donc en place pour cette nouvelle aventure dont personne ne peut encore imaginer l’impact.

Pour le moment, Louis, enfin débarrassé du tournage houleux de Carambolages, se concentre sur sa prestation théâtrale et, surtout, il s’applique à consoler Jeanne endeuillée par la disparition de sa tante Marie qu’ils accompagnent à sa dernière demeure à Allonnes. Ensemble et avec leurs enfants, ils aiment à se souvenir des moments joyeux passés en sa compagnie dans le château de Clermont ; de cette époque où ils occupaient le premier étage avec des chambres donnant sur la Loire ; de ce temps où ils partaient à la découverte du grenier habité par des animaux empaillés ; de l’accueil de la tante Marie, les recevant avec une tasse de thé et des tartines d’oranges amères ; de la façon dont elle s’amusait d’entendre Louis et Jeanne raconter comment, pour la énième fois, ils avaient pris la mauvaise route, rallongeant leur parcours d’une bonne vingtaine de kilomètres ; de ces discussions à bâtons rompus où Louis s’enquérait de la santé des uns et des autres : les fermiers, Alexandre le régisseur, le curé de Clermont… Ces petits instants de complicité avec cette femme qui fut une mère pour Jeanne et qui reçut Louis comme un enfant de la famille en toute simplicité, lui faisant oublier l’impressionnante majesté de ce château. Un château devenant désormais pour moitié la propriété de Jeanne de Funès, comme l’avait souhaité la tante Marie qui dans son testament lui léguait également deux fermes et quelques bijoux. Un domaine, hélas, mal entretenu depuis que la vieille femme s’était retirée dans son manoir de la Thibaudière. Cela n’est pas sans inquiéter Louis et Jeanne, mais comment remédier à cette situation quand il y a six autres héritiers qui n’ont ni l’intention ni les moyens d’engager des travaux ? Pour l’heure, même si Louis en caresse l’idée, il n’est pas encore assez argenté pour envisager d’investir. Autre souci, d’une tout autre nature, la scolarité d’Olivier à Sainte-Marie de Monceau. D’un caractère plutôt rebelle, le cadet de la famille supporte assez mal l’autorité du directeur, un père marianiste, très à cheval sur les principes. Sans travailler mal, Olivier ne fait guère d’efforts, et surtout il fréquente Fabrice[232], le fils adoptif du critique de cinéma et créateur du prix Louis Delluc, Maurice Bessy, avec lequel il se permet quelques libertés qui ne sont pas du goût de ses parents. « J’avais entraîné en cachette de mon père et du sien Olivier dans des parties de poker. Et, plusieurs fois, il a perdu de l’argent. Pas des grosses sommes, mais Louis de Funès, je ne sais pas comment, a fini par le savoir. Un soir, il est venu en rage avenue Mozart où habitait Maurice et il l’a menacé des pires avanies si je continuais à voir Olivier. De ce jour-là, on est restés très copains mais je ne l’emmenais plus dans les tripots », se souvient Fabrice[233]. Olivier s’en tire à bon compte, non sans subir les foudres de son père qui le prive de sortie pendant plusieurs semaines.

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227

Ibid., p. 102.

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228

Mireille Darc tenait le rôle principal dans une adaptation de La Grande Bretèche d’après Balzac sous la direction de Claude Barma en 1960.

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229

Jean Girault, cité par Henry Saurel in Ouest-France daté du 13 mai 1980.

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230

Dans plusieurs ouvrages et même dans des génériques de films comme celui de Pouic-Pouic, le nom de Guy Tréjan est orthographié Tréjean.

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231

Il fut envisagé un temps de confier ce rôle à Jean Lefebvre.

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232

François Simon-Bessy, plus connu sous le nom de Fabrice, animateur de radio et de télévision, est le fils du comédien René Simon. L’épouse de celui-ci se maria en secondes noces avec Maurice Bessy qui adopta son enfant.

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233

Témoignage de Fabrice à l’auteur.

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