Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Nafai ne put s’empêcher de ruminer de lugubres pensées sur l’inégalité du monde, et quand, dans l’obscurité de la tente, Issib lui demanda ce qu’il avait, Nafai se décida à exprimer sa rancœur. « Il baptise la rivière et la vallée des noms d’Elemak et de Mebbekew, alors que l’un fricotait avec Gaballufix et que l’autre lui a sorti des horreurs, qu’il a quitté la maison, et je ne sais quoi encore !
— Et alors ? demanda Issib avec une compassion intéressée.
— Alors, on se retrouve dans la plus petite tente, même si on en a deux en surplus, plus grandes que celle-ci ! » Nafai s’était dévêtu et aidait maintenant Issib, qui peinait sans ses flotteurs.
« Père voulait nous dire quelque chose, répondit Issib.
— Oh oui, et je sais quoi ! Et ça ne me plaît pas ! “Issib et Nafai, vous n’êtes rien du tout !” Voilà ce qu’il a dit !
— Et que devait-il faire, à ton avis ? Donner nos noms à des nuages ? » Issib se tut, le temps que Nafai lui retire sa chemise. « Ou aurais-tu préféré qu’il baptise un buisson à ton nom ?
— Qu’il baptise ce qu’il veut, je m’en fous ; moi, ce que je veux, c’est la justice !
— Prends un peu de recul, Nafai. Père ne va pas faire le tri entre ses enfants en fonction de leur obéissance, de leur coopération ou de leur politesse. Visiblement, l’assignation des tentes obéit à une certaine hiérarchie. » Nafai mena son frère jusqu’à sa natte, la plus éloignée de l’entrée. « Si Elya n’a pas une tente à lui mais qu’il la partage avec Meb, continua Issib, c’est pour le remettre à sa place, pour lui rappeler qu’il n’est pas le Wetchik, mais seulement le fils du Wetchik. En revanche, nous installer dans une tente aussi petite indique à Elya et Meb que Père les estime quand même et qu’il les honore comme ses fils aînés. Il leur rabat leur caquet et il les soutient en même temps. C’est plutôt habile, je trouve. »
Nafai s’allongea sur sa natte, près de l’entrée, dans la position traditionnelle du serviteur. « Et nous, alors ?
— Quoi, “et nous, alors” ? Tu veux te révolter contre Surâme parce que ton méchant papa t’a donné une tente minuscule ?
— Non, bien sûr que non.
— Père compte sur nous pour lui être loyaux pendant qu’il s’occupe d’Elya et de Meb. Avoir la confiance de Père, c’est le plus grand honneur de tous. Je suis fier d’être dans cette tente.
— Évidemment, vu sous cet angle, dit Nafai, moi aussi.
— Allons, dors, maintenant.
— Réveille-moi si tu as besoin de quelque chose.
— De quoi est-ce que je pourrais avoir besoin, rétorqua Issib, ironique, avec mon fauteuil à côté de moi ? »
Son fauteuil était en fait à ses pieds et ne servait presque à rien quand Issib n’y était pas assis. Nafai resta un instant perplexe avant de s’apercevoir que son frère venait de lui décocher une légère réprimande : De quoi te plains-tu, Nafai, alors que moi, loin des magnétiques de la cité, je ne peux plus utiliser mes flotteurs et qu’il faut s’occuper de moi comme d’un bébé ?
Quelle humiliation ce doit être pour Issib de se faire déshabiller par moi ! songea alors Nafai. Et pourtant, il le supporte sans rien dire, pour l’amour de Père.
Dans la nuit, Nafai s’éveilla brusquement, tous les sens en alerte. Il resta couché, l’oreille tendue. Était-ce Issib qui l’avait appelé ? Non, son frère avait toujours la respiration lourde et rythmée du sommeil. Alors, s’était-il réveillé par manque de confort ? Non, le sable sous sa natte rendait le sol plutôt plus agréable que celui de sa chambre. Et ce n’était pas non plus le froid, ni le hurlement d’un chien sauvage au loin, et ce ne pouvait pas être les babouins, qui dormaient toujours dans un silence total.
La dernière fois que cela lui était arrivé, Nafai avait trouvé Luet dans la chambre des voyageurs, et la même nuit, Surâme avait parlé à Père.
Est-ce que j’aurais rêvé, alors ? Surâme m’aurait enseigné quelque chose dans mon sommeil ? Mais Nafai ne se rappelait aucun rêve ; il n’y avait que ce soudain état d’éveil.
Il se leva sans bruit pour ne pas déranger Issya et se faufila sous le tissu maillé qui fermait l’entrée. Dehors, il faisait plus frais, naturellement, mais ils étaient descendus loin dans le sud et l’automne n’était pas encore là ; et puis les eaux de la mer de Rumen étaient beaucoup plus chaudes et plus calmes que celles de l’océan qui baignait les côtes de Basilica.
Les chameaux dormaient paisiblement dans leur petit enclos provisoire. Les gardiens placés aux angles repoussaient jusqu’aux plus petits animaux, qui n’étaient pas encore habitués aux fréquences sonores et aux phérormones qu’émettaient ces appareils. La rivière jouait une musique syncopée sur les rochers, les feuilles des arbres bruissaient çà et là au gré de la brise nocturne. S’il existe un endroit sur toute Harmonie où l’on peut dormir en paix, c’est bien ici ! se dit Nafai. Et voilà que je n’ai plus sommeil !
Il remonta la rivière, puis s’assit sur une pierre au bord du courant. La brise fraîche le fit frissonner ; il regretta fugitivement de ne pas s’être habillé avant de sortir. Mais s’il s’était levé, il n’avait pas pour autant l’intention d’attaquer la journée. Il ne tarderait pas à aller se recoucher.
Observant le paysage autour de lui, il s’arrêta sur les collines basses non loin de là. À moins de se tenir au sommet, on ne pouvait deviner qu’il existait par ici une vallée et un cours d’eau. Il était quand même étonnant qu’à part la troupe de babouins en aval, personne n’y fût installé, qu’on n’y vît nulle trace d’habitation humaine. La vallée se trouvait-elle trop à l’écart des routes commerciales ? Peut-être. Mais aussi, la terre, même bien cultivée, aurait à peine suffi à faire vivre une dizaine de personnes ; l’endroit était trop isolé et peu rentable, sauf pour des voleurs en quête d’un refuge ; mais les routes des caravanes passaient trop loin pour eux. C’était exactement ce qu’il fallait à la famille de Wetchik en ce temps d’exil loin de Basilica, comme si cette vallée avait été préparée pour eux.
Nafai se demanda un instant si elle aurait seulement existé s’ils n’en avaient pas eu besoin. Surâme avait-il le pouvoir de transformer à volonté les paysages ?
Impossible. Dans les légendes, peut-être, mais dans le monde réel, ses pouvoirs semblaient se cantonner à la seule communication, à la retransmission des œuvres d’art dans le monde entier et à l’influence mentale sur ceux qui recevaient des visions ou, plus communément, à la stupeur dont Surâme frappait les gens pour les détourner des pensées interdites.
Voilà pourquoi cet endroit était vide jusqu’à notre venue, songea Nafai. C’est un jeu d’enfant pour Surâme d’abrutir les voyageurs chaque fois qu’ils envisagent de passer par ici pour se rapprocher de la mer. Donc, il a effectivement préparé cette vallée pour nous, mais pas en la créant dans le rocher, pas en obligeant une nappe d’eau souterraine à jaillir pour former une rivière à notre intention ; non, il a simplement empêché quiconque de venir ici, pour que la vallée reste déserte, prête à nous accueillir.
Surâme poursuit un grand but ; il invente des plans dissimulés dans d’autres plans. On écoute sa voix, on se conforme aux visions qu’il infiltre dans notre tête, mais on reste une marionnette ignorant pourquoi ses ficelles se tendent ni à quoi mènera finalement sa danse. Ce n’est pas juste, se dit Nafai. Ce n’est même pas bon, car si les partisans de Surâme restent dans le brouillard, incapables de juger ses buts par eux-mêmes, alors ils ne choisissent pas librement entre le bien et le mal, ni entre la sagesse et la folie ; ils choisissent simplement de se soumettre aux plans de Surâme. Et comment ces plans peuvent-ils être menés à bien, si tous ses partisans sont des moutons prêts à lui obéir sans comprendre ?