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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Bravo! s’écria Mme Soûlas; voilà une vraie nouvelle! Quand le verra-t-on, ce beau M. Jean? C’est un baron, savez-vous?

Paul regardait avec distraction l’adresse de la lettre.

– Il m’étonne de ne l’avoir pas encore vu, répondit-il. Certes, je n’ai pas d’inquiétude; du Havre à Paris on ne rencontre pas de sauvages; mais, enfin, sa lettre était datée d’avant-hier, et il m’y disait: «Demain soir je t’embrasserai.»

– Demain, c’était hier, fit l’hôtesse. Il est peut-être venu.

– Peut-être… prononça Paul d’un air pensif.

– En tout cas, il reviendra.

– Oh! certes. Voulez-vous que je vous lise sa lettre, maman Soulas?

– Je crois bien! répliqua la bonne femme, je suis tout oreilles. Paul déplia la lettre dont le papier mouillé, puis séché, criait sous sa main.

Grâce au bain prolongé de cette nuit, l’encre avait pâli. Cela ressemblait à quelque vieille missive à demi effacée par le temps.

Et l’apparence des choses frappe, car Paul dit:

– Je ne saurais exprimer nettement ce que j’éprouve; je sais d’où cela vient et de quand c’est écrit. C’est tout près et c’était hier. Mais hier me fait l’effet de longtemps, et Le Havre me paraît comme le bout du monde. Ce n’est pas triste, cependant, voyez plutôt.

Il commença:

«Mon vieux Paul, quand tu vas recevoir «la présente», comme on dit dans le noble style des conscrits et des millionnaires, voici ce que tu penseras en voyant le timbre.

«Tu penseras: Maître Jean est un garçon économe et rangé. Pour ne pas payer la poste de Montevideo, il a confié ce message à un monsieur partant de l’Uruguay pour la Syrie ou pour Pontoise, et il lui a dit: Mon cher monsieur, au nom de la patrie, rendez-moi le service de jeter ce pli à la boîte au Havre-de-Grâce, situé à l’embouchure de la Seine; je vous en garderai une reconnaissance éternelle.

«Les Parisiens sont comme cela. Ils devinent tout à l’envers. Ce sont des sorciers brevetés pour se tromper douze fois sur dix.

«Caramba! mon fils, je séchais de regret, là-bas, à ne plus entendre leurs adorables balourdises; il n’y a qu’un Paris, vois-tu, qui est bête comme tout le reste de l’univers ensemble. Là-bas, en Amérique, on manque de sornettes; les gens parlent raison, c’est sinistre. Je n’ai pas pu me passer plus longtemps de Paris. Des nigauderies ou la mort! C’est moi qui suis au Havre, c’est moi qui mets ma lettre à la poste; moi, moi-même, moi seul…»

– Il est drôle, le frère Jean! dit Mme Soûlas, Mais ces choses-là, quand ça vient de plus loin que la barrière, ça sent le ranci.

– Il a de l’esprit comme quatre, commença Paul.

– Je ne dis pas, mais…

– Et vous avez raison, maman Soûlas; ce n’est plus ça, quoi! Je continue:

«Plaisanterie à part, car je ne suis pas revenu pour m’amuser, petit frère, voici déjà du temps que je vis inquiet, là-bas. Ma bonne mère ne m’écrit qu’une ligne à la fin de chacune de tes lettres, et tes lettres elles-mêmes ne me disent rien de ce que je voudrais savoir. Le soir, en me couchant, je me suis demandé pendant deux ans: Que font-ils là-bas? Quelle est la situation vraie de ma mère? A-t-elle renoncé à la passion qui fit son malheur? Surveille-t-elle dignement la jeunesse de Paul? La mort de quelque parent lui a-t-elle fait des ressources?…»

– Ah çà! interrompit encore Thérèse, il ne sait donc pas que la pauvre Mme Labre est morte?

– Ma lettre et lui se sont croisés, répondit Paul. Il ne sait pas, il ne peut pas savoir.

– Savez-vous qu’il parle comme un livre, monsieur Paul?

– C’est un digne et cher cœur. Je reprends:

«Certes, bon petit frère, je ne vais pas jusqu’à t’accuser de manquer de franchise; mais qu’est-ce que c’est que cette place dont vous vivez et que tu ne désignes pas? À ton âge, on ne peut avoir encore de bien gros appointements. Moi, j’ai toujours fait ce que j’ai pu vis-à-vis de vous, mais je pouvais si peu!

«Je reviens pour savoir et pour voir. Nous sommes les Labre d’Arcis, après tout, et je n’ai rien connu de si haut que la conscience de mon père.

«Je veux voir et savoir; j’ai droit: voir votre vie, savoir vos affaires. Tu me diras peut-être ce que tu n’as pas voulu – ou osé m’écrire.

«Faut-il l’avouer? le quartier où vous êtes me fait peur. La rue de Jérusalem…

«Du reste, tout me fait peur.

«Assurément, je ne suppose pas que le fils d’Antoine Labre se soit fait agent de police, mais… Enfin, tu vois bien que je devenais fou.

«Un matin, je me suis embarqué. J’ai dû bien faire, puisque depuis ce matin-là, j’ai le cœur léger.

«Je n’apporte pas beaucoup d’argent, petit frère, mais j’apporte beaucoup de tendresse et un courage à toute épreuve, qui ne reculera devant rien. Si je vous trouve heureux, tant mieux! je redeviendrai libre de faire à ma fantaisie. Si je vous trouve malheureux, comme je le crains, je suis jeune encore, te voilà devenu un homme, morbleu! ce serait bien le diable si, à nous deux, nous ne nous tirions pas d’affaire!

«Tu m’as compris. Prépare notre mère. Je vais me coucher; demain, à quatre heures du matin, je serai dans la malle-poste. Demain, sur les huit à neuf heures du soir, je frapperai à votre porte.

«Je t’embrasse,

«JEAN»

Il y eut un silence après la lecture de cette lettre. Mme Soûlas le rompit la première et dit:

– Voilà déjà treize heures de retard.

– Avant de m’en aller dans l’autre monde, murmura Paul au lieu de répondre, je lui avais écrit, moi aussi. Il n’aura pas ma lettre. Ce sera plus dur à dire qu’à écrire.

«Mais, après tout, s’interrompit-il en relevant la tête, si j’ai de la peine, je n’ai pas de remords.

– Treize heures! répéta Thérèse; à votre place, moi, je m’informerais.

Disant cela, elle avança la main vers le papier où était le fromage et ajouta:

– La tête me tourne, j’ai besoin, voulez-vous me donner à déjeuner, ce matin, monsieur Paul?

Paul lui tendit du pain; mais, au lieu de manger, elle s’écria:

– Tiens, tiens! voilà votre nom, imprimé sur ce chiffon!

– Je n’en ai jamais tant vu, dit le jeune homme en riant. Mon nom imprimé!

– Et celui de votre frère aussi! continua Thérèse, qui enlevait le fromage avec son couteau pour mieux lire.

– Mon frère! répétait Paul, dont l’inquiétude, vaguement excitée, n’avait besoin que d’un prétexte pour se faire jour. Est-ce qu’il lui serait arrivé, malheur?

– Pas depuis son retour en France, toujours, repartit l’hôtesse, car ceci a l’air d’un bien vieux journal. Tenez! voyez au dos: «Bourse du 23 décembre…» et nous sommes à la fin avril.

Elle acheva d’enlever le fromage. Paul continuait:

– Vous trouvez que je ne m’occupe pas assez de ce retard, maman Soûlas? Treize heures! c’est long, en effet; mais j’ai mon idée. Hier soir, en descendant, j’ai croisé un homme dans l’escalier. L’homme m’a demandé si je n’étais point Paul Labre.

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