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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Donc revinrent les hommes d'armes avec leurs madr�pores aveugl�s par la lumi�re dure du poste de garde. Et mon p�re me les montra:

�Je vais t'enseigner, me dit-il, ce qui d'abord nous gouverne.�

Il les fit habiller d'�toffes neuves et installa chacune d'elles dans une maison fra�che orn�e d'un jet d'eau et leur fit remettre comme ouvrage de fines dentelles � broder. Et il les fit payer de fa�on qu'elles gagnassent deux fois plus qu'elles n'avaient gagn�. Puis il interdit qu'on les surveill�t.

�Certes, ces moisissures tristes d'un marais, les voil� heureuses, me dit-il. Et propres et calmes et rassur�es��

Et cependant l'une apr�s l'autre disparut et revint au cloaque.

�Car, me dit mon p�re, c'est leur mis�re qu'elles ont pleur�e. Non par go�t stupide de la mis�re contre le bonheur, mais parce que l'homme va d'abord vers sa propre densit�. Et il se trouve que la maison dor�e et la dentelle et les fruits frais sont r�cr�ation et jeu et loisir. Mais qu'elles n'en pouvaient faire leur existence, et qu'elles s'ennuyaient. Car long est l'apprentissage de la lumi�re, de la propret� et de la dentelle, s'il doit cesser d'�tre spectacle rafra�chissant pour se transformer en r�seau de liens et en obligation et en exigence. Elles recevaient mais ne donnaient rien. Et voil� qu'elles ont regrett�, non parce qu'am�res, mais quoique am�res, les heures lourdes de leurs attentes et le regard pos� sur le carr� noir de la porte o� d'heure en heure s'encadre un cadeau de la nuit, t�tu et plein de haine. Elles ont regrett� le l�ger vertige qui les remplissait d'un poison vague, quand le soldat ayant pouss� la porte, les regardait, comme on regarde la b�te marqu�e, fixant des yeux la gorge� Car il arrivait que l'un d'eux trouait l'une d'elles comme une outre d'un poignard qui fait le silence, afin de d�terrer, sous quelques briques, ou quelques tuiles, les pi�ces d'argent de leur capital.

�Voici qu'elles regrettaient le bouge sordide o� elles se retrouvaient entre elles, � l'heure o� le quartier r�serv� se ferme enfin selon l'ordre des ordonnances et o�, buvant leur th� ou calculant leur gain, elles s'injuriaient l'une l'autre et se faisaient pr�dire l'avenir dans le creux de leurs mains obsc�nes. Et peut-�tre leur pr�disait-on cette m�me maison et ces fleurs grimpantes habit�es alors par plus dignes qu'elles. Et le merveilleux d'une telle maison construite en r�ve est qu'elle abrite, au lieu de soi, un soi-m�me transfigur�. Ainsi du voyage qui te doit changer. Mais si je t'enferme dans ce palais, c'est toi qui y tra�nes tes vieux d�sirs, tes vieilles ranc�urs, tes vieux d�go�ts, c'est toi qui y boites si tu boitais, car il n'est point pour te transfigurer de formule magique. Je ne puis que lentement, � force de contraintes et de souffrances, t'obliger de muer pour te faire devenir. Mais celle-l� n'a point mu� qui se r�veille dans ce cadre simple et pur et qui y b�ille et qui, n'�tant plus menac�e par les coups, rentre sans objet d�sormais la t�te dans les �paules quand on frappe � la porte, et qui, si l'on frappe encore, esp�re �galement sans objet car il n'est plus de cadeaux de la nuit. N'�tant plus lasses de leurs nuits f�tides elles ne go�tent plus la d�livrance du petit jour. Leur destin�e peut �tre d�sormais souhaitable mais elles y ont perdu de poss�der au gr� de pr�dictions changeantes une destin�e pour chaque soir, vivant ainsi dans l'avenir une vie plus merveilleuse qu'il n'y en eut jamais. Et voici qu'elles ne savent plus quoi faire de leurs brusques col�res, fruits d'une vie sordide et malsaine, mais qui leur reviennent malgr� elles, comme � ces animaux retir�s des rivages ces contractions qui les ferment longtemps encore sur eux-m�mes � l'heure des mar�es. Quand ces col�res leur viennent il n'est plus d'injustice contre quoi crier et les voil� tout � coup semblables � ces m�res d'un enfant mort en qui remonte un lait qui ne servira point.

�Car l'homme, je te le dis, cherche sa propre densit� et non pas son bonheur.�

LXIX

Me vint encore l'image du temps gagn�, car je demande: �Au nom de quoi?� Et voici que l'autre me r�pond: �Au nom de sa culture.� Comme si elle pouvait �tre exercice vide. Et voici que celle-l� qui allaite ses enfants, nettoie sa maison et coud son linge, on la d�livre de ces servitudes et d�sormais sans qu'elle s'en m�le, ses enfants sont allait�s, sa maison lustr�e, son linge cousu. Voil� maintenant que ce temps gagn� il faut le remplir de quelque chose. Et je lui fais entendre la chanson de l'allaitement et l'allaitement devient cantique, et le po�me de la maison qui fait peser la maison sur le c�ur. Mais voici qu'elle b�ille � l'entendre car elle n'y a point collabor�. Et de m�me que la montagne pour toi c'est ton exp�rience des ronces, des pierres qui boulent et du vent sur les cr�tes, et que je ne transporte rien en toi en pronon�ant le mot �montagne�, si tu n'as jamais quitt� ta liti�re, je ne dis rien pour elle en lui parlant maison car la maison n'est point faite de son temps ni de sa ferveur. Elle n'en a point go�t� le jeu de la poussi�re, quand on ouvre la porte au soleil pour en balayer au jour levant la poudre de l'usure des choses, elle n'a point r�gn� sur le d�sordre qu'a fait la vie, quand vient le soir, la trace des tendres passages et les �cuelles sur le plateau et la braise �teinte dans l'�tre, jusqu'aux langes souill�s de l'enfant endormi, car la vie est humble et merveilleuse. Elle ne s'est point lev�e avec le soleil pour elle-m�me chaque jour se reb�tir une maison neuve, comme les oiseaux que tu as observ�s dans l'arbre, et qui se refont d'un bec agile des plumes lustr�es, elle n'a point de nouveau dispos� les objets dans leur perfection fragile afin que de nouveau la vie de la journ�e et les repas et les allaitements et les jeux des enfants et le retour de l'homme y laissent une empreinte dans la cire. Elle ne sait point qu'une maison est p�te dans l'aube pour devenir le soir livre de souvenirs. Elle n'a jamais pr�par� la page blanche. Et que lui diras-tu quand tu lui parleras maison qui ait un sens pour elle?

Si tu veux la cr�er vivante, tu l'emploieras � lustrer une aigui�re de cuivre terni afin que quelque chose d'elle luise le long du jour dans la p�nombre, et, pour faire de la femme un cantique, tu inventeras peu � peu pour elle une maison � reb�tir dans l'aube�

Sinon, le temps que tu gagneras n'aura point de sens.

Fou celui-l� qui pr�tend distinguer la culture d'avec le travail. Car l'homme d'abord se d�go�tera d'un travail qui sera part morte de sa vie, puis d'une culture qui ne sera plus que jeu sans caution, comme* la niaiserie des d�s que tu jettes, s'ils ne signifient plus ta fortune et ne roulent plus tes esp�rances. Car il n'est point de jeu de d�s mais jeu de tes troupeaux, de tes p�turages, ou de ton or. Ainsi de l'enfant qui b�tit son p�t� de sable. Il n'est point ici poign�e de terre, mais citadelle, montagne ou navire.

Certes, j'ai vu l'homme prendre avec plaisir du d�lassement. J'ai vu le po�te dormir sous les palmes. J'ai vu le guerrier boire son th� chez les courtisanes. J'ai vu le charpentier go�ter sur son porche la tendresse du soir. Et certes, ils semblaient pleins de joie. Mais je te l'ai dit: pr�cis�ment parce qu'ils �taient las des hommes. C'est un guerrier qui �coutait les chants et regardait les danses. Un po�te qui r�vait sur l'herbe. Un charpentier qui respirait l'odeur du soir. C'est ailleurs qu'ils �taient devenus. La part importante de la vie de chacun d'entre eux restait bien la part de travail. Car ce qui est vrai de l'architecte, qui est un homme et qui s'exalte et prend sa pleine signification quand il gouverne l'ascension de son temple et non quand il se d�lasse � jouer aux d�s, est vrai de tous. Le temps gagn� sur le travail, s'il n'est point simple loisir, d�tente des muscles apr�s l'effort ou sommeil de l'esprit apr�s l'invention, n'est que temps mort. Et tu fais de la vie deux parts inacceptables: un travail qui n'est qu'une corv�e � quoi l'on refuse le don de soi-m�me, un loisir qui n'est qu'une absence.

Bien fous ceux qui pr�tendent arracher les ciseleurs � la religion de la ciselure et, les parquant dans un m�tier qui n'est plus nourriture pour leur c�ur, pr�tendant les faire acc�der � l'�tat d'homme en leur fournissant ciselures fabriqu�es ailleurs, comme si l'on s'habillait d'une culture comme d'un manteau. Comme s'il �tait des ciseleurs et des fabricants de culture.

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