Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
» Bref, quand on m’a proposé de faire de la paléontologie avec des spécimens vivants, je ne pouvais pas refuser. Est-ce qu’un ours va ch… euh… est-ce que le pape est catholique ?
— Donc, vous avez suivi la formation de l’Académie, murmura Corwin. Je suppose que le site vous a coupé le souffle. Par la suite, je présume, vous avez travaillé au sein d’une équipe jusqu’à ce qu’on vous considère comme la candidate idéale pour ce poste de terrain en Béringie. » Tamberly acquiesça.
« Il faut absolument que vous me narriez par le menu votre aventure espagnole, reprit Corwin. C’est tout bonnement extraordinaire. Mais vous avez raison : le devoir avant tout. Espérons que nous aurons le loisir d’en discuter un peu plus tard.
— Et arrêtons de parler de moi, suggéra-t-elle. Comment êtes-vous entré dans la Patrouille ?
— Cela n’avait rien de sensationnel. En fait, c’est arrivé le plus banalement du monde. Un recruteur qui me considérait comme un candidat potentiel a cultivé mon amitié et m’a incité à passer certains tests, après quoi il m’a révélé la vérité et m’a proposé de m’engager. Il savait que j’accepterais, bien entendu. Reconstituer l’histoire non écrite du Nouveau Monde… contribuer à l’écrire, en fait… bref, vous me comprenez, ma chère.
— Vous n’avez pas eu de mal à couper les ponts avec vos proches ? » Moi, je pense que je n’y arriverai jamais, pas vraiment, du moins tant que… tant que papa, maman et Susie seront encore vivants… Non, ne pense pas à ça, pas maintenant. Le soleil brille trop fort derrière cette fenêtre.
« Pas vraiment, non, répondit Corwin. J’étais en train de vivre mon deuxième divorce et je n’avais pas d’enfants. Je ne supportais plus la mesquinerie de la vie universitaire. J’ai toujours été une sorte de loup solitaire. Il m’était arrivé de diriger une équipe, mais je préfère de loin le travail de terrain, et les agents de la Patrouille me paraissent préférables à certains de mes ex-collègues. »
Mieux vaut orienter la conversation vers des sujets moins intimes, songea Wanda. « Très bien, monsieur, vous m’avez priée de venir vous voir afin de vous parler de la Béringie. Je vais faire mon possible, mais les informations en ma possession sont assez limitées, j’en ai peur. Le plus souvent, je ne m’éloignais pas de la zone où j’étais affectée ; les territoires qui me restent inconnus sont immenses. Et je n’ai vécu que deux années propres dans ce milieu, en comptant les permissions que j’ai passées dans ma famille ou dans des endroits plus riants. Mon temps de présence effective se monte à cinq années locales, car j’espaçais mes visites de plusieurs mois, en fonction des observations que je comptais faire en telle ou telle saison. Je ne peux donc vous proposer qu’un échantillonnage fort limité. » Et jamais je n’aurais pu faire mieux, ajouta-t-elle dans son for intérieur.
« Permissions ou pas, vous avez vécu à la dure. Vous me faites l’effet d’une jeune femme courageuse.
— Non, non. Ce milieu est tout bonnement fascinant. » Tamberly sentit son cœur battre plus fort. Vas-y, saisis ta chance. « De par sa nature même, mais aussi parce qu’il est important aux yeux de la Patrouille, contrairement aux apparences. Docteur Corwin, c’est une erreur que de mettre un terme à ce projet. J’ai rencontré des problèmes scientifiques que je laisse irrésolus. Ils doivent me laisser retourner là-bas, et j’espère que vous pourrez les en convaincre.
— Hum. » Il se caressa la moustache. « Votre souhait n’est malheureusement pas prioritaire, j’en ai peur. Je peux me renseigner, mais évitez les faux espoirs. Désolé. » Gloussement. « Toute considération scientifique mise à part, vous avez dû vous amuser, je présume. »
Elle acquiesça vigoureusement, tout en sentant son cœur se serrer. « Oh ! que oui. Une terre hostile, mais… oh ! si vivante. Et les Nous sont adorables.
— Les Nous ? Ah ! oui. C’est ainsi que se désignent les aborigènes, je présume. Le sens du mot « Tulat ». Ils avaient oublié l’expédition qu’avaient accueillie leurs aïeux et pensaient être seuls au monde jusqu’à votre apparition.
— Exact. Je ne comprends pas qu’on se désintéresse d’eux à ce point. Ils ont occupé cette région pendant des millénaires. Des gens comme eux sont allés jusqu’en Amérique du Sud. Mais la Patrouille ne s’est intéressée qu’à une seule tribu. Tout ce qu’elle en a appris, c’est leur langage et une vague idée de leurs mœurs. Lorsqu’on m’a transmis ces données par électro-imprégnation, j’ai été consternée de leur minceur. Pourquoi personne ne se soucie d’eux ? »
Il lui répondit d’un air grave et pondéré. « On vous l’a sûrement expliqué. Nous n’avons ni le personnel ni les ressources nécessaires pour étudier en profondeur les ethnies dont l’influence sur l’histoire a été négligeable. Les premiers migrants qui ont franchi cet isthme entre deux baisses du niveau des océans, il y a vingt mille ans de cela, n’ont jamais progressé au-delà du stade primitif. En fait, les archéologues du XXe siècle ont presque tous douté de leur existence. Les quelques traces qu’ils ont laissées – outils et feux de camp – pouvaient s’expliquer par des causes naturelles. Ce sont les chasseurs arrivés lors de la dernière glaciation du pléistocène, dite glaciation du Wisconsin, entre les stades de Cary et de Mankato, qui ont peuplé les deux continents. Leurs prédécesseurs ont péri à petit feu, à moins qu’ils ne les aient exterminés. S’il y a eu des croisements entre les deux peuplades – du fait de captives, sans doute –, ils étaient fort rares et le sang de l’ancien peuple s’est dilué dans celui du nouveau.
— Je sais ! Je sais ! » Tout juste si elle n’avait pas hurlé. Les larmes perlaient à ses paupières. Tu n’as pas besoin de me faire un cours magistral, je ne suis pas une bizuth. C’est tes vieilles habitudes qui reprennent le dessus ? « Ce que je veux dire, c’est : pourquoi tout le monde s’en fout ?
— Un Patrouilleur doit apprendre à s’endurcir, comme un médecin ou un policier. Sinon, il finit brisé par les cas qu’il doit traiter. » Corwin se pencha vers elle. Il enveloppa de sa main le poing qu’elle tenait crispé sur sa cuisse. « Mais je ne m’en fous pas, n’allez surtout pas le croire. Cela m’intéresse au plus haut point. Certes, je me soucie avant tout des Paléo-Indiens. L’avenir leur appartient. Mais je souhaite apprendre tout ce que vous savez de l’ancien peuple, sans parler de ce que je suis susceptible de découvrir. Moi aussi, je suis prêt à les aimer. »
Tamberly déglutit et se redressa. Elle se dégagea puis, ne souhaitant pas donner l’impression qu’elle le fuyait, lui répondit : « Merci. Merci. Ce qui va arriver… au tout début… à ces gens que je connais, à ces… individus… ça n’a pas besoin d’être horrible. N’est-ce pas ?
— Bien sûr que non. Les étrangers que vous avez vus débarquer appartenaient sans doute à une petite tribu. Ils formaient l’avant-garde de la migration, j’imagine, et le gros des troupes n’a débarqué qu’une ou deux générations après. Par ailleurs, si j’ai bien compris, vos Tulat vivaient sur la côte et ne chassaient pas le gros gibier. Il n’y avait donc aucune rivalité entre eux.
— J’espère que vous avez raison. Mais s’ils entrent en… en conflit, pouvez-vous les aider ?