Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
C’était bien son droit. Mais c’est alors que commencèrent les ennuis. Le dragon adulte qui se trouvait entre nous et la Grotte s’éveilla immédiatement. Ce n’était pas un très gros dragon, il devait avoir environ quarante pieds, queue comprise.
Le bon vieux Rufo réagit immédiatement, comme s’il n’avait cessé de répéter son rôle ; il se précipita sur l’extrémité sud de la brute, arc bandé, prêt à tirer : « Levez-lui la queue ! » hurla-t-il.
Je courus sur le devant de l’animal et essayai de le neutraliser en l’injuriant et en agitant mon épée, tout en me demandant à quelle distance il pouvait projeter sa flamme. Il n’y a que quatre endroits où l’on peut enfoncer une flèche dans un dragon de Névia ; tout le reste est blindé comme un rhinocéros, en plus épais cependant. Ces quatre endroits sont la bouche (quand elle est ouverte), les yeux (un coup difficile car ils sont petits, comme des yeux de cochon), et enfin cet endroit qui se trouve juste en dessous de la queue et où presque tous les animaux sont vulnérables. J’avais imaginé qu’une flèche piquée dans cet endroit sensible ne pourrait qu’ajouter à cette sensation « de brûlure, de démangeaison » qui est si bien décrite dans les annonces publicitaires, ces annonces qui vous conseillent telle ou telle préparation pour vous épargner les traitements chirurgicaux des hémorroïdes.
Je pensais que si le dragon, qui n’était pas tellement intelligent, était effroyablement gêné, en même temps, aux deux extrémités, il deviendrait incapable de coordonner ses gestes. Nous pourrions alors, de loin, le transpercer de plusieurs flèches, lui ôtant ainsi toute agressivité et le mettre en fuite. Mais, pour cela, il fallait d’abord que je lui fasse lever la queue, pour permettre à Rufo de tirer. Ces créatures sont aussi déséquilibrées que le bon vieux t. rex, et chargent tête haute, pattes antérieures en avant, en prenant appui sur leur lourde queue.
Le dragon balançait sa tête d’avant en arrière ; j’essayais de passer de l’autre côté pour ne pas me trouver sur le chemin de son jet de flammes quand, tout à coup, je sentis une odeur de méthane ; le dragon commençait à en rejeter, mais l’odeur se fit sentir avant l’allumage ; je fis si rapidement retraite que je butai sur le bébé que j’avais déjà écrasé une fois, basculai par dessus, atterrissant sur les épaules et roulant par terre, ce qui me sauva. Ces flammes atteignent une longueur d’environ vingt pieds. Le dragon adulte s’était redressé et aurait pu me faire frire mais le bébé nous séparait. Il coupa l’allumage. Rufo hurla : « Dans le mille ! »
Si j’eus le temps de reculer, ce fut à cause de sa mauvaise haleine. On dit généralement que « le méthane pur est un gaz incolore et inodore ». Cela prouve que ce générateur de méthane pour « G. I. » n’en produisait pas de pur ; celui-ci était tellement chargé d’acétone et d’aldéhyde de fabrication maison que tous les environs empestaient comme un déversoir d’égouts.
Je crois volontiers que Star m’a sauvé la vie en me débouchant le nez, quelques instants auparavant. Quand j’ai le nez bouché, je n’ai plus aucun odorat.
Le combat ne prit pas fin comme je l’avais imaginé ; et ces réflexions, c’est avant ou après que je les fis, pas pendant. Peu après que Rufo l’eut frappé en plein dans le mille, l’animal féroce eut une expression d’extrême indignation ; il ouvrit de nouveau la gueule, mais sans flamme et essaya de porter ses deux mains à son derrière. Il ne put y arriver, car ses membres antérieurs étaient trop courts, mais il essaya. J’avais rapidement rengainé mon épée quand j’avais vu la longueur de la flamme et j’avais saisi mon arc. J’eus le temps de lui envoyer une flèche dans la gorge, peut-être même dans l’amygdale gauche.
Il ressentit brutalement mon message. Avec un hurlement de rage qui ébranla le sol, il bondit sur moi, vomissant des flammes, tandis que Rufo criait : « Parade de septime ! »
J’étais trop occupé pour le féliciter ; ces créatures sont rapides pour leur taille. Mais je le suis, moi aussi, et j’étais mieux encouragé. Une masse comme celle-ci ne peut pas modifier très rapidement sa course mais elle peut bouger la tête et ainsi changer la direction du jet de flammes. Il me brûla légèrement les culottes, mais je fus assez rapide et je pus me déplacer.
Star parvint à placer avec précision une flèche dans son autre amygdale, exactement à l’endroit d’où sortait la flamme, pendant que je faisais un saut de côté. Alors, la pauvre petite chose s’acharna tellement à faire front des deux côtés, contre nous deux, qu’elle perdit pied et tomba, provoquant un petit tremblement de terre. Rufo envoya une autre flèche dans son tendre postérieur, Star lui transperça la langue, ce qui l’empêcha d’éructer ; cela ne sembla pas lui faire grand mal mais dut le gêner considérablement.
Il se ramassa sur lui-même, se remit sur pieds, essayant de me brûler une nouvelle fois. Je peux dire qu’il ne m’aimait pas !
Et la flamme s’éteignit.
C’était bien là ce que j’avais espéré. Un vrai dragon, avec des châteaux et des princesses prisonnières, aurait eu tout le feu qu’il aurait pu désirer, comme les cow-boys qui disposent de pistolets à trente-six coups dans les mauvais westerns de télévision. Mais ces créatures-là devaient produire leur propre méthane et ne devaient pas avoir un grand réservoir, ou alors ils n’avaient pas beaucoup de pression, c’est du moins ce que j’espérais. Si nous pouvions le harceler et lui faire gaspiller assez vite toutes ses munitions, il lui faudrait probablement pas mal de temps pour recharger.
Pendant ce temps, Star et Rufo ne lui laissaient aucun répit en jouant aux fléchettes avec lui. Il fit un grand effort pour se rallumer pendant que je passais devant lui, essayant toujours de garder le petit dragon entre le gros et moi-même ; et il se comportait comme un Ronson qui n’a presque plus de gaz ; la flamme s’alluma, jaillit et atteignit péniblement une longueur de six pieds puis s’éteignit. Mais il avait fait un tel effort pour m’atteindre de cette flamme vacillante qu’il s’écroula une nouvelle fois.
Je supposai alors qu’il allait se trouver, pendant une ou deux secondes, épuisé comme un homme qui vient de faire un pénible effort ; je pris donc mes risques et courus sur lui ; je parvins à lui enfoncer mon épée dans l’œil droit.
Il eut un dernier sursaut et expira.
(Un beau coup. On dit que les dinosaures ont la cervelle de la taille d’une châtaigne. À supposer que cet animal ait eu le cerveau de la taille d’un melon, c’était quand même une chance de l’avoir atteint en lui enfonçant mon épée dans l’orbite. Jusque-là, tout ce que nous lui avions fait n’avait été que piqûres de moustiques. Mais ce coup-là suffit à le tuer, saint Michel et saint Georges avaient guidé la pointe de mon épée.)
Rufo se mit alors à hurler : « Patron ! Venez vite à l’abri ! »
Toute une troupe de dragons était en train de s’approcher de nous. Cela vous donnait l’impression d’être obligé de creuser un trou individuel dans le sol pour vous abriter d’un régiment de chars d’assaut menant l’attaque.
— « Par ici ! » hurlai-je. « Rufo ! Par ici, pas par là ! Star ! » Rufo fit une embardée, parvint à s’arrêter et nous nous dirigeâmes tous les deux du même côté, puis je vis l’entrée de la Grotte, d’une noirceur de péché mais qui semblait aussi accueillante qu’une étreinte maternelle. Star s’approcha ; je la fis entrer, Rufo suivit et, quant à moi, je me retournai pour affronter d’autres dragons, tout cela pour l’amour de ma belle.