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Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]

Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:

Je n'étais pas très chaud pour partir en colonie de vacances dans le Sud-Est asiatique, mais on ne m'avait pas donné le choix. Enfin, à mon retour, j'avais une belle cicatrice toute neuve sur la figure et un billet de Sweepstake gagnant dans la poche grâce auquel j'ai rencontré la plus belle sorcière des Vingt Univers. C'est là que mes ennuis ont commencé : je me suis retrouvé dans un monde parallèle, à pourchasser des rats gros comme des loups, des dragons cracheurs de feu (évidemment), et même un Ogre, tout en essayant d'échapper aux Fantômes à Longues Cornes et autres Ecumeurs des Eaux Glacées. Sans compter Celui-Qui-N'a-Jamais-Vu-Le-Jour et Celui-Qui-Dévore-Les-Âmes. Et tout ça pour récupérer un oeuf de Phénix…
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
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Il m’arrive encore de me réveiller en hurlant.

Cela n’améliore pas un rat de prendre la taille d’un coyote. Ceux-ci étaient bien des rats, ils en avaient même les moustaches ; ils avaient la même forme que les rats, à cela près qu’ils avaient des pattes et des jambes trop grandes… peut-être bien, après tout, que la loi de la progression géométrique appliquée aux proportions animales se vérifie partout.

Nous ne risquâmes aucune flèche, sauf quand nous pouvions tirer à coup sûr, et nous marchâmes en zig-zag, profitant des ouvertures de la forêt, ce qui, d’ailleurs, augmentait les dangers aériens. La forêt était cependant tellement épaisse que les attaques venant du ciel ne représentaient pas pour nous le danger le plus grave.

J’abattis un rat qui nous suivait de trop près et j’en manquai un autre. Il nous fallait bien dépenser une flèche quand ils s’approchaient trop, cela faisait réfléchir les autres, les rendait plus prudents. Une fois, alors que Rufo tirait une flèche sur l’un d’eux et que Star se tenait prête à le seconder à coups d’épée, un vicieux petit faucon plongea sur Rufo.

Star l’abattit en vol à la fin de son piqué. Rufo ne l’avait même pas vu, il était déjà occupé avec un autre rat.

Nous n’étions pas gênés par des taillis : cette forêt ressemblait aux bosquets d’un parc, il n’y avait que des arbres et de l’herbe, sans aucun buisson épais. Le terrain n’était pas mauvais mais nous commencions à être à court de flèches. Je commençais à m’en inquiéter quand je remarquai quelque chose : « Eh ! vous, là devant ! Ne déviez pas ! Coupez vers la droite ! » Star avait pris la tête quand nous avions quitté la route mais il fallait quand même que je la dirige : son sens de l’orientation était parfaitement fantaisiste et celui de Rufo ne valait pas mieux.

— « Je suis désolée, seigneur guide, » me dit Star par-dessus son épaule. « Nous allions un peu trop vite, »

Je me rapprochai. « Rufo, comment va cette jambe ? » Il avait le front couvert de sueur.

Au lieu de me répondre, il dit : « Madame, il va bientôt faire nuit. »

— « Je sais, » répondit-elle avec calme. « C’est le moment de manger un morceau. Seigneur mon époux, ce grand rocher plat devant nous me semble tout à fait convenir. »

Je commençais à penser qu’elle perdait les pédales et que Rufo était dans le même état, mais lui, ce devait être pour une autre raison : « Mais, madame, nous sommes très en retard sur les prévisions. »

— « Et nous serons bien plus en retard si je ne m’occupe pas de ta jambe. »

— « Vous feriez mieux de me laisser en arrière. »

— « Tu ferais mieux de te taire quand on ne te demande pas ton avis, » lui dis-je. « Je ne vais pas laisser un Spectre Cornu se faire bouffer par les rats. Star, comment faisons-nous ? »

La grande roche plate qui ressemblait à un crâne au milieu des arbres était une grosse pierre à chaux dont la base était enterrée. Je montai la garde au centre et Rufo s’installa à côté de moi pendant que Star plaçait des défenses aux points cardinaux et aux points intermédiaires. Je ne pouvais pas regarder ce qu’elle faisait car je devais regarder bien au-delà d’elle, prêt à me servir de mon arc contre tout danger venant du ciel ou de la terre ; Rufo surveillait l’autre côté. Star m’expliqua cependant plus tard que ces défenses n’avaient rien de magique, qu’elles seraient tout à fait à la portée des terriens lorsqu’un garçon intelligent aurait l’idée d’inventer une barrière électrique sans barrière, comme la radio est un téléphone sans fils, analogie qui, d’ailleurs, ne m’expliquait rien du tout.

Mais il fut heureux que j’aie tenu à monter bonne garde au lieu d’essayer de comprendre comment elle installait ce cercle enchanté car elle fut attaquée par le seul rat que nous rencontrâmes et qui fut dénué de raison. Il vint droit sur elle ; en sifflant à son oreille, ma flèche lui donna l’alerte et elle l’acheva avec son épée. C’était un très vieux mâle, sans dents, avec des favoris tout blancs et qui avait le cerveau ramolli. Il avait la taille d’un loup et, malgré deux blessures mortelles, demeurait parfaitement effrayant et dangereux.

La dernière défense placée, Star me dit que je pouvais cesser de surveiller le ciel ; les défenses nous protégeaient aussi bien en dessus qu’autour de nous. Et comme dit Rufo, si Elle le dit, cela règle la question. Rufo avait en partie déplié la boîte pliante, tout en montant la garde ; j’en sortis sa trousse de chirurgie, d’autres flèches pour chacun de nous et de la nourriture. Sans faire de cérémonie, nous avons mangé tous ensemble, assis ou étendus ; Rufo, lui, était couché pour reposer sa jambe, pendant que Star le servait, lui enfournant de temps à autre quelques bouchées de nourriture, dans le plus pur style de l’hospitalité névianne. Elle avait travaillé longtemps sur sa jambe, pendant que je tenais une lanterne et lui passais ses instruments. Elle mit une pommade claire sur la blessure avant de poser le pansement. Si Rufo avait mal, du moins il ne le montrait pas.

Pendant que nous mangions, la nuit était tombée et les défenses invisibles apparurent à notre vue, réfléchissant la lumière qui nous éclairait, cette lumière qui se reflétait aussi dans d’innombrables yeux qui révélaient une foule presque aussi dense que celle qui avait assisté au dévorement d’Igli par lui-même. Pour la plupart cela devait être des rats. Un groupe d’yeux restait isolé, avec une interruption de chaque côté du cercle ; j’ai pensé qu’il devait s’agir de cochons ; les yeux étaient en effet un peu plus élevés au-dessus du sol.

— « Mon amour de dame, » dis-je, « est-ce que ces défenses dureront toute la nuit ? »

— « Oui, seigneur mon époux. »

— « Il vaudrait mieux. Il fait trop sombre pour tirer à l’arc et je ne vois pas du tout comment nous ferons pour nous frayer notre chemin dans cette foule. J’ai peur que tu sois obligée de réviser une fois de plus tes plans. »

— « C’est impossible, seigneur Héros. Mais il ne faut plus penser à ces bêtes. Maintenant, nous allons voler. »

Rufo se plaignit : « C’est bien ce que je craignais. Vous savez bien pourtant que cela me donne le mal de mer. »

— « Pauvre Rufo, » dit Star doucement. « Ne crains rien cher ami, j’ai une surprise pour toi. J’ai pensé à une telle éventualité et j’ai acheté de la dramamine à Cannes… Tu sais bien, cette drogue qui, sur Terre, a permis le débarquement de Normandie. Mais tu n’es peut-être pas au courant. »

— « Pas au courant, moi ? » répondit Rufo. « Mais j’ai participé au débarquement, madame… et je suis allergique à la dramamine ; j’ai vomi tout le temps jusqu’à Omaha Beach. C’est la pire nuit que j’aie jamais passée… j’aime encore mieux être ici ! »

— « Rufo, » lui demandai-je, « as-tu vraiment été à Omaha Beach ? »

— « Fichtre, oui ! patron. C’est moi qui ai fait tout le boulot d’Eisenhower. »

— « Pourquoi donc ? Cette guerre ne te concernait pas ? »

— « Je pourrais alors vous demander ce que vous êtes venu faire dans cette galère, patron. Dans mon cas, c’était pour les petites Françaises. Elles ont les pieds sur terre, elles n’ont pas de complexes, elles aiment ça et désirent toujours apprendre du nouveau. Je me rappelle une petite demoiselle d’Armentières, » – il prononçait correctement ce nom, – « qui n’avait pas été…»

Star l’interrompit. « Pendant que vous vous rappelez tous les deux vos souvenirs de célibataires, je vais préparer le vol. » Elle se leva et se rendit près de la boîte pliante.

— « Vas-y, Rufo, » lui dis-je, tout en me demandant ce qu’il allait raconter.

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