Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
— « Ce garçon, Renard Essai. Ce que tu as fait pour lui. »
— « Pour lui ? Je n’ai fait que lui servir quelques balivernes. Cela ne m’a rien coûté. »
— « C’était agir royalement, seigneur mon époux. »
— « Quelle bêtise, quelle foutaise ! Il avait envie d’entendre un héros faire un long discours, c’est tout simplement ce que j’ai fait. »
— « Oscar, mon bien-aimé, une femme loyale a-t-elle le droit de faire remarquer à son époux qu’il dit des bêtises sur lui-même ? J’ai connu beaucoup de héros et certains d’entre eux étaient tellement grossiers qu’on leur aurait servi leurs repas à la porte de service si leurs hauts faits ne leur avaient pas donné le droit de prendre place à la table. J’ai aussi connu un petit nombre d’hommes vraiment nobles, car la noblesse est beaucoup plus rare que l’héroïsme. Et l’on sait toujours reconnaître la vraie noblesse… même chez quelqu’un d’aussi modeste que toi dans les combats. Le garçon attendait cela, et tu le lui as donné… mais, noblesse oblige[51], et c’est là une émotion que seuls peuvent ressentir ceux qui sont nobles de cœur. »
— « Oui, peut-être. Star, encore une fois, tu parles trop. N’oublies-tu pas que ces vermines peuvent avoir des oreilles ? »
— « Je te prie de m’en excuser, monseigneur. Elles ont une ouïe si parfaite qu’elles peuvent entendre des pas sur le sol bien avant d’entendre des voix. Mais laisse-moi ajouter un dernier mot ; c’est aujourd’hui le jour de mes noces. S’il t’arrive… non, quand il t’arrive de te montrer galant envers quelques belles, disons envers Letva, ou Mûri, – qu’elle aille au diable avec ses beaux yeux ! – je n’estime pas que cela soit une preuve de noblesse ; on peut supposer que c’est provoqué par une émotion bien plus ordinaire que ce que la « Noblesse oblige[52] ». Au contraire, quand tu parles avec un gros lourdaud de paysan aux sabots pleins de fumier, qui pue l’ail et empeste partout avec son odeur de transpiration, qui a la figure pleine de boutons, quand tu lui parles avec douceur et que tu lui donnes l’impression d’être, un instant, aussi noble que toi, quand tu lui fais espérer qu’il pourra un jour être ton égal… je sais bien, alors, que ce n’est pas dans l’espoir de le culbuter. »
— « Oh ! je ne sais pas. Les garçons de cet âge sont, dans certains milieux, considérés comme des morceaux de choix. Donne-lui un bain, parfume-le, frise-lui les cheveux…»
— « Seigneur mari, ai-je la permission de penser seulement à te botter les fesses ? »
— « Il n’y a pas de cour martiale pour les délits de pensée, et personne ne peut te retirer le droit de penser. D’accord, je préfère les filles ; je ne suis sans doute pas à la page mais c’est plus fort que moi. Mais qu’est-ce que cette histoire au sujet des yeux de Mûri ? Est-ce que, par hasard, ma fille aux longues jambes serait jalouse ? »
Je pus, si je puis dire, entendre ses fossettes même sans la regarder, puisque je ne pouvais pas m’arrêter. « Seulement le jour de mon mariage, seigneur mon mari ; les autres jours tu pourras faire ce que tu voudras. Si je t’attrape en train de folâtrer, ou je ferai celle qui ne voit rien, ou, peut-être, je te ferai des compliments. »
— « Je ne pense pas que tu m’attrapes jamais. »
— « Et moi, je suis certaine que tu ne me surprendras jamais, seigneur fripon, » répondit-elle calmement.
C’est elle qui a eu le dernier mot car, juste à ce moment, nous entendîmes la corde de l’arc de Rufo se détendre. Il s’écria : « Je l’ai eu ! » puis, immédiatement, nous fûmes très affairés. Ces cochons étaient tellement affreux que, par comparaison, les phacochères paraissaient avoir la délicatesse de la porcelaine de Saxe[53]… J’en eus un d’une flèche en plein en travers de sa gueule dégoulinante de bave, puis je donnai un peu d’acier à manger à un de ses frères, une fraction de seconde plus tard. Star, de son côté, envoya une flèche bien dirigée mais celle-ci fut déviée par un os ; le sanglier continua donc son chemin et je dus le repousser d’un coup de pied à l’épaule pendant que je dégageais ma lame du cadavre d’un de ses cousins ; un peu d’acier entre les côtes le calma ; Star prépara calmement une autre flèche et l’envoya pendant que je le tuais. Elle en abattit un autre d’un coup d’épée, le cueillant au défaut de l’épaule exactement comme un matador pendant la minute de vérité, l’esquivant alors que, déjà mort mais refusant de l’admettre, il continuait de charger.
Le combat était terminé. Le vieux Rufo en avait eu trois à lui tout seul ; il avait reçu une mauvaise blessure. Moi-même, j’avais été éraflé ; ma femme était indemne, ce que j’ai vérifié dès que je fus certain que le calme était revenu. Après quoi, j’ai monté la garde pendant que notre chirurgien prenait soin de Rufo ; ensuite elle s’occupa de la coupure moins grave que j’avais reçue.
— « Comment cela va-t-il, Rufo, » demandai-je. « Peux-tu marcher ? »
— « Patron, je vous garantis que je ne resterai pas dans cette forêt, devrais-je en sortir en rampant. Allons-y. De toute manière, » ajouta-t-il en regardant les misérables cochons qui nous entouraient, « nous n’avons plus à nous préoccuper des rats, maintenant. »
J’inversai alors l’ordre de marche, plaçant Rufo et Star en tête, prenant soin que Rufo ait sa bonne jambe vers l’extérieur ; je me mis à l’arrière-garde, à l’endroit où j’aurais dû être depuis le début. L’arrière-garde est un peu moins dangereuse que l’avant-garde, dans la plupart des cas, mais nous n’étions pas dans des conditions ordinaires. Mon souci de protéger personnellement ma femme m’avait empêché de juger sainement la situation.
Ayant ainsi pris position au point crucial, je dus désormais marcher en m’infligeant de loucher affreusement car j’essayais non seulement de regarder derrière moi mais aussi devant, afin de pouvoir rejoindre aussi vite que possible Star, – et même Rufo, – s’ils avaient des ennuis. Heureusement, nous fîmes une pause ; c’est alors que je me rappelais la plus vieille consigne que l’on enseigne à tous les patrouilleurs : il est absolument impossible de faire le travail de son voisin. À partir de ce moment, je prêtai toute mon attention à nos arrières. Rufo, si vieux et si blessé qu’il fût, ne se laisserait pas mourir sans abattre toute une garde d’honneur pour l’accompagner en enfer, Star, de son côté, n’était pas une héroïne de pacotille. Je parierais volontiers sur elle, contre n’importe quel adversaire de son poids, quelle que soit l’arme, ou même à main nue, et je plains celui qui voudrait essayer de la violer : il en perdrait probablement pour toujours ses cojones.
Les cochons ne nous ennuyèrent plus mais, vers le soir, nous commençâmes à voir et, plus souvent, à entendre les rats géants ; ils nous suivaient, généralement hors de vue ; jamais ils n’attaquèrent furieusement comme l’avaient fait les sangliers ; ils cherchèrent à tirer le maximum de la situation, comme font toujours les rats.
Les rats me font horreur. Une fois, alors que j’étais enfant, après la mort de mon père et avant que ma mère se fût remariée, comme nous étions complètement fauchés, nous vivions dans le grenier d’un immeuble promis à la démolition. On pouvait entendre les rats courir dans l’épaisseur des murs et, par deux fois, des rats étaient passés sur moi pendant mon sommeil.
51
En français dans le texte. (N.D.T.)
52
En français dans le texte. (N.D.T.)
53
La comparaison de l’auteur, entre deux races de cochons (ou de sangliers) est parfaitement intraduisible. (N.D.T.)