Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
Quand je vole, dans mes rêves, j’ai deux styles différents : le premier consiste en un plongeon de cygne, où je pique en tourbillonnant et en faisant toutes sortes d’acrobaties ; l’autre est beaucoup plus classique : je suis assis à la turque, comme un petit prince, et je vogue par la seule vertu de ma force de caractère.
Nous avons utilisé la seconde méthode ; nous avons plané, mais sans planeur. La nuit était merveilleuse pour voler (d’ailleurs, toutes les nuits à Névia sont merveilleuses ; dans la saison des pluies, il pleut juste avant l’aurore, c’est tout, d’après ce que l’on m’a dit) ; la lune était pleine et donnait l’éclat de l’argent au sol, en dessous de nous. Les bois s’entrouvrirent et se divisèrent en bosquets ; la forêt vers laquelle nous nous dirigions paraissait noire, de loin, et beaucoup plus haute, infiniment plus imposante que les jolis bois que nous laissions derrière nous. Tout au fond de l’horizon, je pouvais apercevoir les lumières de la maison de Lerdki.
Il n’y avait pas deux minutes que nous tenions l’air que Rufo dit « Pardonnez-moi ! » et détourna la tête. Il n’a pas l’estomac faible : pas une goutte ne nous tomba dessus ; il ne vomissait pas mais expulsait la bile comme une fontaine. Ce fut le seul incident d’un vol parfait.
Juste avant d’atteindre les grands arbres, Star nous dit avec inquiétude : « Amech ! » Nous nous arrêtâmes, brusquement comme un hélico, puis nous nous posâmes tous les trois ensemble, parfaitement. La flèche gisait sur le sol, juste devant nous, immobile à nouveau. Rufo la replaça dans son carquois. « Comment te sens-tu, » demandai-je. « Et ta jambe, comment va-t-elle ? »
Il eut un haut-le-cœur. « Pour la jambe, cela va parfaitement. C’est le sol qui se met à tourner. »
— « Silence ! » chuchota Star. « Il va se remettre. Mais faites silence, votre vie en dépend. »
Nous partîmes presque immédiatement ; je menais la marche, l’épée à la main ; Star me suivait et Rufo la protégeait par-derrière, son arc à la main, flèche prête à être tirée.
Comme nous venions de passer du clair de lune à une profonde obscurité, j’étais encore tout ébloui et j’avançais en tâtonnant, sentant de la main les troncs d’arbres et priant pour qu’aucun dragon ne se trouvât sur le chemin que mon sens de l’orientation m’indiquait. Je savais, certes, que les dragons dormaient la nuit mais je n’avais aucune confiance dans les dragons. Rien n’empêchait un dragon célibataire de monter la garde, comme le font les babouins célibataires. J’avais grande envie de laisser la gloire à saint Georges et d’aller plus loin.
Une fois, mon nez m’arrêta, une odeur de vieux musc. J’attendis un instant et me mis peu à peu à reconnaître l’obstacle : c’était une forme de la taille d’un gros bureau de ministre, un dragon qui dormait, la tête posée sur la queue. Je le fis contourner par les autres, prenant garde à ne faire aucun bruit et espérant que mon cœur n’était pas aussi retentissant qu’il me le semblait.
J’avais maintenant une meilleure vision et pouvais distinguer tout ce que frappaient les rayons lunaires ; et je pouvais voir beaucoup d’autres choses. Le sol était recouvert de mousse et légèrement phosphorescent, comme le sont parfois certaines vieilles souches d’arbres à demi pourries. Une très légère phosphorescence, très, très légère. Mais c’était un peu comme lorsque vous rentrez dans une pièce obscure : vous ne voyez rien quand vous entrez mais plus tard, vous distinguez tout. Maintenant, je pouvais voir les arbres et le sol, sans oublier les dragons.
J’y avais déjà pensé. Qu’est-ce en effet qu’une douzaine de dragons dans une grande forêt ? Il est probable que vous n’en verrez pas le moindre, pas plus que vous ne voyez le moindre cerf dans une forêt giboyeuse.
Mais celui qui obtiendrait une concession de stationnement pour toute la nuit dans cette forêt se ferait une véritable fortune s’il trouvait un moyen de faire payer les dragons. Quand nous cessions d’en voir un, c’était pour en apercevoir un autre.
Il ne s’agit naturellement pas de dragons. Non, c’est bien pire. Il s’agit de sauriens, qui ressemblent plus au Tyrannosaurus rex qu’à tout autre chose : d’énormes arrière-trains avec d’énormes pattes postérieures, des antérieures plus petites qu’ils doivent utiliser pour marcher ou pour saisir leurs proies. La tête se compose surtout d’une énorme mâchoire. Ils sont omnivores alors qu’il me semblait bien que le Tyrannosaurus rex ne mangeait que de la viande. Mais cela n’arrange rien car ces dragons mangent de la viande quand ils peuvent s’en procurer ; c’est même la nourriture qu’ils préfèrent. En outre, ces monstres qui ressemblent à des dragons se sont perfectionnés en ce sens qu’ils ont la charmante habitude de brûler leurs propres gaz d’échappement. C’est bien là la preuve qu’il ne faut jamais être surpris par les bizarreries de l’évolution, et surtout pas après avoir vu la manière dont les octopodes font l’amour.
Une fois, très loin vers notre gauche, nous vîmes une énorme flamme jaillir accompagnée d’un grognement qui évoquait le hurlement d’un vieil alligator. La lueur subsista quelques instants puis s’éteignit. Ne me demandez pas ce que c’était, peut-être deux mâles qui se disputaient une femelle ? Nous avons continué d’avancer mais je fis quand même ralentir la marche car cette brillante lumière m’avait un peu ébloui et il me fallut attendre d’accommoder de nouveau ma vision.
Je suis allergique aux dragons, et quand je parle d’allergie, je ne veux pas dire qu’ils m’agacent. Je souffre de la même allergie que le pauvre Rufo envers la dramamine, ou plutôt comme certaines personnes qui ne peuvent pas supporter les peaux de chat.
Dès que nous étions entrés dans la forêt, mes yeux s’étaient emplis de larmes, puis mes sinus s’étaient bouchés et, au bout d’un demi-mille, je me frottais déjà le nez avec le dos de la main gauche, aussi fort que possible, pour m’empêcher d’éternuer. Au bout d’un moment, je ne pus m’en empêcher ; j’avais beau me serrer le nez entre les doigts, me mordre les lèvres, l’explosion que j’essayais de contenir me creva presque les tympans. Cela arriva alors que nous étions en train de contourner un dragon de la taille d’un semi-remorque ; je m’arrêtai net et eux aussi s’arrêtèrent tout aussi brusquement ; nous attendîmes. Heureusement, il ne se réveilla pas.
Quand je me relevai, ma bien-aimée était tout à côté de moi et me serrait le bras. Je m’arrêtai de nouveau. Elle fouilla dans sa bourse, y prit quelque chose en silence, puis m’en mit sur le nez et dans les narines en frottant et, d’une douce impulsion me fit signe que nous pouvions continuer.
J’ai d’abord éprouvé une sensation de grande fraîcheur dans le nez, comme lorsque l’on respire du Vick, puis une sorte d’engourdissement. Enfin, au bout de quelques instants, il fut dégagé.
Après plus d’une heure de cette marche furtive et encombrée d’apparitions qui me parut durer une éternité, au milieu d’arbres immenses et d’ombres géantes, j’eus le sentiment que nous allions parvenir au but. La Grotte de la Porte ne devait plus être qu’à une centaine de yards de nous et je voyais déjà la terre qui s’élevait à l’endroit où semblait se trouver l’entrée… et il n’y avait qu’un seul dragon sur notre chemin, et encore n’y était-il pas vraiment.
Je me mis à courir.
Il y avait cet affreux petit ami, pas plus grand qu’un kangourou, en ayant à peu près la forme, à cela près que ses petites quenottes de bébé devaient avoir quatre pieds de long. Peut-être était-il tellement jeune qu’il devait se lever la nuit pour faire pipi, je ne sais. Mais ce que je sais, c’est que, passant tout près d’un arbre derrière lequel il était, je lui marchai sur la queue et il se mit à piailler !