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Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]

Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:

Rigg et ses amis découvrent dans le Livre du Futur, qu’ils font partie d’une population-test envoyée depuis la Terre pour vérifier que la planète était viable. A présent, la Terre n’a plus besoin d’eux et s’apprête à les faire disparaître au profit des colons terriens. Mais ils ont bien l’intention de se défendre.
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Quel meilleur choix que celui de Knosso, tout compte fait ?

Tout cela restait d’une importance toute relative. Car Umbo doutait fort qu’aucune de leurs actions n’infléchisse jamais réellement le cours de l’Histoire. Les Nettoyeurs étaient venus à neuf reprises. La seule différence, pour cette dixième édition, serait qu’en lieu et place de lettres ou de livres, c’était eux-mêmes qu’Umbo et ses amis allaient renvoyer dans le passé, comme témoins. Enfin, témoins… avec des Nettoyeurs en plein ciel attendant patiemment que la dernière fleur se flétrisse à la surface du Jardin, ils n’apprendraient sans doute pas grand-chose depuis leur plage isolée sur l’entremur de Lar…

« Allons-y, proposa Miche. Inutile de préparer un casse-croûte pour le voyage. Avançons suffisamment pour voir ce qui se passe, et rentrons.

— Même si les Nettoyeurs ne viennent pas ? demanda Umbo. Et si rien ne se passe ?

— On décidera une fois sur place », trancha Param.

Ils joignirent leurs mains. Param les propulsa progressivement vers le futur, sectionnant le temps par généreuses tranches, bondissant de l’une à l’autre plus vite que jamais auparavant. Ils passèrent ainsi non pas deux mais trois saisons, ne ralentissant qu’à l’approche de la date visée. Une large congrégation de Larmuriens se rassembla peu à peu sous leurs yeux. Param ramena le groupe de voyageurs dans le flot normal du temps.

Larsac était là. Vadesh aussi.

« Assister à cet événement seul dans mon coin aurait été dommage », lança ce dernier.

Il n’est pas là que par manque de compagnie, songea Umbo, que la justification spontanée du sacrifiable ne convainquait qu’à moitié.

Pourquoi Vadesh lui avait-il toujours paru si fourbe, et Larsac, si transparent et honnête ? Ils avaient le même visage, la même voix. Ils étaient deux clones, deux machines identiques. Deux copies conformes du père de Rigg, Ramsac. Et d’Odinsac également. Umbo confia ses observations à Miche, qui lui confirma.

« Il existe entre eux de subtiles différences, observa le tavernier. Ton œil y a été sensible, ton oreille aussi. Mais sans l’aide d’un crocheface, ces détails ne t’ont pas immédiatement frappé. En onze mille années, des machines identiques à l’origine mais capables de se réparer seules finissent fatalement par se distinguer, par l’expérience, l’usure, les habitudes. Vadesh ne supporte pas la solitude. Il recherche désespérément la compagnie humaine, bien plus que les autres.

— Peut-être que tout le monde la recherche, observa Umbo, mais que Vadesh en a été privé tellement longtemps qu’il a du mal à le cacher.

— À moins qu’il ne s’agisse d’une ruse délibérée pour faire croire qu’il est différent, supputa Miche. Mais cela constituerait déjà une différence en soi… ce qui, au bout du compte, reviendrait au même. »

Les Larmuriens se regroupèrent autour de Knosso pour célébrer son retour après trois années d’absence. Prévenus par le Garde-Terres de son intention d’accompagner dans le futur les natifs de l’entremur de Ram, ils n’en avaient pas moins éprouvé de la peine, surtout après son départ précipité sans même un au revoir.

« Mais vous me reverrez bien assez tôt, les rassura Knosso. Dès que les Nettoyeurs arriveront. Je reviendrai, ne vous inquiétez pas. » Puis, confus, il se tourna vers Umbo, Param et les autres. « N’aurais-je pas dû être déjà de retour ? Pourquoi semblent-ils surpris, si je suis revenu tout leur dire ?

— Votre retour altérera la chaîne causale et la présente rencontre n’aura jamais lieu – pas de la sorte, du moins, expliqua patiemment Umbo. Ils vivront une vie différente de celle vécue ces trois dernières années. Une vie dont vous ferez partie, où votre absence aura duré un jour à peine.

— Suis-je si important pour eux, que ma présence ou mon absence change tout pour eux ? questionna Knosso.

— Nous sommes tous aussi importants, fit remarquer Umbo. Mais nous n’influençons pas tout. Les gens qui se marient dans le cours présent des choses le feront certainement au prochain cycle. Mais nous ne vivons tous qu’une vie.

— Et les bébés ?

— Ceux qui doivent naître naîtront, indiqua Umbo. Chacun sera sensiblement différent de son “double”. Le mélange de gènes parentaux et la date de conception varieront d’une version de l’enfant à une autre. Et ce ne sera peut-être pas chaque fois le même spermatozoïde qui gagnera la course !

— Doit-on vraiment discuter de cela en toute décontraction ? s’offusqua Param.

— Aucun sujet n’est tabou dans l’entremur de Lar, observa Knosso. Mais vous m’avez appris ce que je désirais savoir. Nous pouvons clore le débat pour l’instant… Mais au fait, nous en souviendrons-nous à notre retour ?

— Nos souvenirs ne nous quittent jamais, expliqua Umbo. Tous les événements vécus sont conservés dans la chaîne causale – dans notre chaîne causale. Ce n’est pas le temps mais la causalité qui subsiste. Toute cause dont les effets perdurent sur les voyageurs du temps forme un souvenir impérissable. Les événements n’ayant eu aucun effet sur nous s’estompent. Ils créent une version autre du futur qu’il nous est impossible de connaître.

— Vous devez être de vrais génies pour vous rappeler tout cela, le flatta Knosso, puis il rejoignit les Larmuriens impatients de lui parler.

— Le Knosso que j’ai connu aurait retourné le problème dans tous les sens jusqu’à en saisir les moindres subtilités… observa Olivenko.

— Tout le monde vieillit, philosopha Miche. L’exubérance de la jeunesse cède la place au constat qu’en apprendre davantage ne rend pas les choses forcément plus claires.

— Il faudrait arrêter d’apprendre ?

— Chaque jour apporte son nouveau lot de connaissances, poursuivit Miche, mais on ne place plus trop d’espoirs dessus. Quand on est jeune, on attend des choses apprises un jour qu’elles soient toujours vraies le lendemain.

— J’espère ne jamais devenir aussi vieux…

— Je n’ai jamais été aussi jeune, plaisanta Miche. Mais je prends toujours plaisir à admirer mes jeunes agneaux en train de s’ébattre dans leur pré ! »

Les minutes s’égrenèrent, jusqu’à ce que les sacrifiables leur annoncent l’heure fatidique – sur laquelle tous les Livres du Futur concordaient – bientôt venue.

Les voyageurs du temps formèrent une chaîne, mains jointes, afin qu’Umbo puisse les renvoyer dans le passé au premier signe de danger.

« Les Messagers ont quand même eu le temps d’écrire leurs Livres du Futur, rappela Olivenko. Ça nous laisse un peu de marge pour réagir.

— Dans le cas contraire, fit remarquer Param, on grillera sur place sans avoir le temps de savoir ce qui a coincé dans notre plan. »

Une minute avant l’échéance tant attendue, Rigg apparut. Miche, le plus alerte de tous, l’aperçut en premier. Il lâcha Umbo par réflexe, brisant du même coup le cercle de mains jointes.

« Rigg ! hurla-t-il. Tu as réussi !

— Tu es venu ! » s’exclama Umbo.

Rigg avait une tête terrible. Le crocheface n’avait pas encore parfaitement fusionné avec lui. Les stigmates de la symbiose, effacés chez Miche avec le temps, restaient apparents. Ses yeux encore mal positionnés étaient de guingois et gênants à regarder. Umbo se serait apitoyé sur le sort de son ami s’il n’avait eu sous les yeux les Compagnons des Larmuriens et le parasite du tavernier pour se rassurer. Il se sentit tout de même peiné : Rigg avait été joli garçon, dans son style. S’il rentrait ainsi chez eux, dans l’entremur de Ram, il passerait pour une bête de foire. Personne ne le couronnerait jamais Roi-en-la-Tente. Aucune guerre civile n’éclaterait, finalement. Pas une personne sensée n’oserait se ranger à ses côtés.

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