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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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Naturellement, Luet ne manifesta pas qu’elle avait entendu. Hushidh devait avoir gardé un visage encore plus impassible.

Sous le portique, Gaballufix ne feignit même pas de respecter la barrière des écrans de tante Rasa. Il gagna directement la balustrade et contempla le domaine interdit aux hommes. Tante Rasa ne le suivit pas, et Luet et Hushidh demeurèrent derrière les écrans. Enfin, Gaballufix revint vers elles.

« C’est un spectacle magnifique, comme toujours, dit-il.

— Pour cet acte seul, tu mériterais d’être exilé », répliqua tante Rasa.

Gaballufix s’esclaffa. « Ah ! ton lac sacré ! Combien de temps crois-tu qu’il se passera avant que les bottes des hommes ne soulèvent sa vase, si les Têtes Mouillées arrivent ? Y as-tu pensé ? Et Roptat et ton Volemak bien-aimé, y ont-ils pensé ? Les Têtes Mouillées n’ont aucune révérence pour la religion des femmes !

— Encore moins que toi ? »

Gaballufix leva les yeux au ciel pour marquer le mépris que lui inspirait cette accusation. « Si on laisse faire Roptat et Volemak, les Têtes Mouillées s’empareront de cette cité, et à leurs yeux, ce qu’on voit depuis ce portique ne sera pas une terre sacrée, mais des terrains municipaux, des sites potentiels de construction, des parcs de chasse, bref un domaine inexploité, avec un lac extraordinaire, à la fois chaud et froid, pour s’y baigner par tous les temps. »

Luet était ébahie : Gaballufix en savait énormément sur le lac ! Quelle femme avait bien pu se laisser aller au point de lui parler de ce lieu sacré ?

Cependant, tante Rasa ne releva pas ces paroles indécentes. « C’est Roptat qui a eu l’idée de faire venir les Têtes Mouillées. Wetchik et moi n’avons jamais réclamé que la traditionnelle neutralité de Basilica.

— La neutralité ! Il n’y a que les imbéciles et les enfants pour y croire ! Il n’existe plus de neutralité quand les grandes puissances s’affrontent !

— Dans la puissance de Surâme, on trouve la neutralité et la paix, répondit tante Rasa, calme devant la tempête. Elle a le pouvoir de détourner les ennemis, de nous rendre invisibles à leurs regards.

— Du pouvoir ? D’accord, peut-être que ton Surâme en a ; mais je n’ai vu nulle part la preuve qu’il ait sauvé de malheureuses cités de la destruction. Comment se fait-il que je sois le seul champion de Basilica, le seul pour comprendre que la sécurité ne peut résider que dans une alliance avec Potokgavan ?

— Garde tes discours patriotiques pour le conseil, Gabya. Devant moi, inutile de te cacher derrière eux. Les chariots étaient l’occasion de profits faciles. Et quant à la guerre, tu sais si peu ce que c’est que tu t’imagines la désirer. Tu te vois aux côtés des redoutables soldats de Potokgavan, repoussant les assauts des Têtes Mouillées, et tu crois qu’on n’oubliera jamais ton nom. Mais moi, je dis que quand tu affronteras ton ennemi, tu l’affronteras seul. Et quand tu tomberas, ton nom disparaîtra des mémoires, aussi vite que la pluie de la semaine dernière.

— Mais la présente tempête, chère compagne non-reconductrice, elle porte un nom et ne sera pas oubliée de sitôt.

— Uniquement à cause des dégâts que tu auras provoqués, Gabya. Quand Basilica brûlera, chaque langue de feu sera estampillée Gaballufix, et l’ultime malédiction de chaque citoyen qui tombera reprendra ton nom.

— Eh bien ! qui se prend pour une prophétesse, maintenant ? Garde tes envolées poétiques pour ceux que la pensée de Surâme fait trembler. Et quant à vouloir m’exiler, que tu réussisses ou que tu échoues, cela n’a aucune importance.

— Tu n’as donc pas l’intention de te plier à la décision du conseil ?

— Moi ? désobéir au conseil lui-même ? Ce serait inconcevable ! Non, on ne me verra nulle part dans la cité une fois que j’aurai été banni, sois-en sûre. »

Mais en même temps qu’il disait ces mots, il activa son holocostume. Il se transforma instantanément en une illusion en armure, et son visage ne fut plus que le masque méconnaissable et vaguement menaçant d’un soldat, un parmi les centaines d’autres pareillement équipés. Luet comprit alors qu’il n’avait nulle intention d’obéir à une sentence d’exil. Il n’avait qu’à porter ce déguisement parfait et personne ne pourrait l’identifier ; il resterait donc dans la cité, y agirait à sa guise et bafouerait les édits du conseil en toute impunité. Alors, les instances politiques seraient impuissantes à libérer Basilica de sa mainmise. Ce serait la guerre civile, et les rues ruisselleraient de sang.

Luet vit aux yeux de tante Rasa que celle-ci l’avait compris également. Son regard était planté dans les yeux vides de l’holocostume de Gaballufix, et elle ne dit rien quand il se détourna et sortit. Elle garda aussi le silence lorsque Luet prit finalement Hushidh par la main et l’emmena au bord du portique pour contempler la vallée des Femmes.

« Il n’y a plus rien entre eux, dit Hushidh. J’ai vu tomber le dernier lien d’amour, ou même seulement d’intérêt. Si Gaballufix mourait cette nuit, elle s’en moquerait. »

Aux yeux de Luet, c’était la plus affreuse des tragédies. Voilà deux personnes que l’amour avait unies, ou quelque chose de proche de l’amour ; elles avaient fait deux enfants, et malgré tout, quinze petites années plus tard, le dernier lien entre elles se rompait. Tout était perdu, tout avait disparu. Rien ne durait, rien. Même ce monde vieux de quarante millions d’années que Surâme avait préservé comme dans la glace, même ce monde fondrait devant le feu. La permanence était toujours une illusion, et l’amour n’était que le masque porté par les amants pour se dissimuler quelque temps la mort de leur union.

10. Les tentes

Wetchik avait dressé ses tentes à l’écart de toute route, dans l’étroite vallée d’une rivière, près des rivages de la mer de Rumen. Ils étaient arrivés au coucher du soleil, juste au moment où une troupe de babouins délaissait son aire d’alimentation, l’embouchure de la rivière, pour regagner ses niches-dortoirs, dans la falaise la plus raide et la plus accidentée de la vallée. Ce furent les cris et les ululements des singes qui guidèrent la caravane sur la fin de son voyage ; Elemak prit soin de la mener loin en amont des animaux. « Pour ne pas les déranger ? avait demandé Issib.

— Non ; pour qu’ils ne salissent pas notre eau et qu’ils ne nous volent pas nos vivres », avait répondu Elemak.

Avant de laisser ses enfants décharger les chameaux et leur donner à boire, avant même qu’ils ne mangent ou boivent eux-mêmes, Père, du haut de sa monture, indiqua la rivière. « Voyez : nous sommes à la fin de la saison sèche, et l’eau coule toujours ici. Désormais, cet endroit s’appellera Elemak. Je le nomme en ton honneur, mon fils aîné. Sois comme la rivière, et que le but de ta vie soit de toujours couler vers le grand océan de Surâme. »

Nafai jeta un coup d’œil à Elemak, qui suivait le discours avec dignité. Le baptême d’un site était un moment sacré, et même si Père adorait l’occasion d’un sermon, Elemak savait que c’était un honneur, le signe que Père reconnaissait sa valeur.

« Quant à cette verte vallée, poursuivit Père, je la nomme Mebbekew, du nom de mon second fils. Sois comme cette vallée, Mebbekew, un ferme canal qui permet aux eaux de la vie de couler, afin qu’elle s’enracine et prospère. »

Mebbekew inclina gracieusement la tête.

Rien ne reçut le nom d’Issib ni de Nafai. Il n’y eut qu’un silence, puis un gémissement de Père lorsque son chameau s’agenouilla pour lui permettre de descendre. La nuit était tombée depuis longtemps quand enfin les tentes furent montées, les scorpions balayés au-dehors et les produits anti-nuisibles mis en place. Il y avait trois tentes : celle de Père, naturellement, la plus vaste bien qu’il y fût seul, puis celle d’Elya et Meb, moins grande, et la plus petite pour Nafai et Issib, dont le fauteuil occupait pourtant une place démesurée.

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