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Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]

Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:

Je n'étais pas très chaud pour partir en colonie de vacances dans le Sud-Est asiatique, mais on ne m'avait pas donné le choix. Enfin, à mon retour, j'avais une belle cicatrice toute neuve sur la figure et un billet de Sweepstake gagnant dans la poche grâce auquel j'ai rencontré la plus belle sorcière des Vingt Univers. C'est là que mes ennuis ont commencé : je me suis retrouvé dans un monde parallèle, à pourchasser des rats gros comme des loups, des dragons cracheurs de feu (évidemment), et même un Ogre, tout en essayant d'échapper aux Fantômes à Longues Cornes et autres Ecumeurs des Eaux Glacées. Sans compter Celui-Qui-N'a-Jamais-Vu-Le-Jour et Celui-Qui-Dévore-Les-Âmes. Et tout ça pour récupérer un oeuf de Phénix…
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
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— « Je ne crois pas que personne ait encore tué le moindre dragon, seigneur mon époux. »

— « C’est ainsi ? Ma princesse, je suis très flatté de la confiance que tu m’accordes. À moins que ce ne soit en désespoir de cause ? Non, ne réponds pas, je ne veux pas savoir. Tiens-toi tranquille et laisse-moi penser. »

À la ferme suivante, nous envoyâmes Rufo s’occuper du retour des longs chevaux. Ils nous appartenaient, c’était un cadeau du Doral, mais nous devions les réexpédier chez lui car ils n’auraient pas pu vivre à l’endroit où nous allions… Mûri m’avait promis de garder un œil sur Ars Longa et de lui faire faire de l’exercice en compagnie d’un péquenot monté à cru sur un animal lourd et grossier… il déplaçait continuellement et avec adresse son assiette entre la seconde et la troisième paire de jambes pour ménager le dos de l’animal ; il le commandait à la voix.

Quand nous descendîmes, arcs et carquois en main, tout prêts à nous en servir, Rufo se dressa et dit : « Patron, Pied-Bouseux meurt d’envie de rencontrer le Héros et de toucher son épée. Vous refusez ? »

La renommée a ses devoirs tout autant que ses privilèges. « Va le chercher. »

Le garçon, sorte d’asperge poussée trop vite, rouge comme un dindon, s’approcha en hâte, se dandinant d’un pied sur l’autre ; il me fit une révérence si profonde qu’il manqua de s’étaler par terre. « Debout, fiston ! » lui dis-je. « Comment t’appelles-tu ? »

— « Renard, Seigneur Héros, » répondit-il timidement. (« Renard » fera l’affaire ; en névian, la signification était aussi grivoise que les plaisanteries de Jocko.)

— « Quel beau nom ! Que désires-tu être quand tu seras grand ? »

— « Héros, Monseigneur ! comme vous-même. »

J’ai pensé lui parler des ornières que l’on rencontrait en suivant la Route de la Gloire. Mais il les verrait assez tôt s’il décidait jamais de s’y engager et, ou il s’en ficherait, ou il s’en retournerait et oublierait toutes ces idioties. Je fis donc un grand signe d’approbation et l’assurai qu’il y avait toujours place parmi les grands dans le domaine des héros, pour un garçon plein d’esprit et que, plus on partait bas, plus grande était la gloire… alors, tu vois, travaille dur et n’oublie pas de parler aux dames qui te semblent étranges ; l’aventure peut survenir de cette manière. Puis je l’ai laissé toucher mon épée, sans cependant lui permettre de la prendre en main. Dame Vivamus est ma lame à moi, et je préférerais sans doute prêter ma brosse à dents.

Un jour, alors que j’étais enfant, j’avais été présenté à un membre du Congrès. Il m’avait servi les mêmes bonnes paroles que je plagiais aujourd’hui. Comme la prière, cela ne peut pas faire de mal et cela peut même faire du bien ; je me suis même rendu compte que j’étais sincère en lui parlant, et il est probable que le vieux sénateur, lui aussi, était sincère. Si, pourtant, cela pouvait lui faire du mal, car ce jeune homme pouvait très bien se faire tuer au premier mille de cette route. Mais cela vaut quand même mieux que de rester au coin du feu, quand on est vieux, à ruminer et à énumérer toutes les chances que l’on a perdues et les filles que l’on n’a pas eues. N’est-ce pas votre avis ?

J’ai alors pensé que, puisque cette occasion avait une telle importance pour Renard, il me fallait lui donner un souvenir inoubliable. Je fouillai donc dans ma poche et pris une pièce de vingt-cinq cents U.S. ; « Quel est le reste de ton nom, Renard ? »

— « Seulement Renard, Monseigneur. De la famille Lerdki, naturellement. »

— « Tu vas maintenant avoir trois noms, parce que je vais te donner un des miens. » J’avais en effet un nom dont je n’avais pas besoin, car Oscar Gordon m’allait très bien, et me suffisait. Pas « Flash », puisque je n’avais jamais reconnu ce nom. Pas mon surnom de l’armée ; je n’oserais même pas l’écrire dans une pissotière. « Essai », voilà le nom dont je pouvais me séparer. J’avais toujours écrit mon nom « E.C. Gordon » au lieu de « Evelyn Cyril Gordon » et, à l’école, mon nom s’était transformé de « E.C. » en « Essai » ce qui me convenait parfaitement à cause de mes prouesses au football : jamais je ne faisais d’efforts inutiles et je parvenais quand même souvent à la ligne de buts.

— « En vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés par le Grand Quartier Général des Forces Armées des États-Unis en Asie du Sud-Est, moi, Oscar le Héros, j’ordonne que tu sois désormais connu sous le nom de Lerdki’t Renard Essai. Porte-le avec fierté. »

Je lui ai donné la pièce de vingt-cinq cents et je lui ai montré George Washington sur l’avers. « Voici le chef de nom et d’armes de ma famille, un héros beaucoup plus grand que je ne le serai jamais. Il a toujours été ferme, fier et disait toujours la vérité ; il a toujours combattu pour le droit quand il le fallait, en dépit des dangers. Tâche de lui ressembler. Et ici…» – je retournai la pièce – «… voici la devise de ma maison, la maison qu’il a fondée. L’oiseau est symbole de courage, de liberté et d’idéal, car il plane dans les airs. » (Je ne lui dis pas que l’Aigle américain se nourrit de charogne, ne s’attaque jamais à un adversaire de sa propre force, ni que sa race sera bientôt éteinte : car c’est bien cela ses vrais idéaux. Après tout, un symbole recouvre ce que l’on veut bien lui faire recouvrir.)

Renard Essai m’approuva vigoureusement et se mit à pleurer à chaudes larmes. Je ne l’avais pas présenté à mon épouse ; je ne savais pas si elle désirait le rencontrer. Cependant, elle s’avança et lui dit avec douceur : « Renard Essai, retiens toujours les paroles de Monseigneur le Héros. Grave-les soigneusement dans ton cœur et qu’elles te soutiennent tout au long de ta vie. »

Le gamin se laissa tomber à genoux. Star lui mit la main sur la tête et lui dit : « Debout, Lerdki’t Renard Essai. Haut les cœurs ! »

Je dis au revoir à Ars Longa, ajoutant qu’elle était une bonne fille et que je reviendrais un jour ou l’autre. Renard Essai emmena les longs chevaux en main et nous, nous nous enfonçâmes dans les bois, flèches encochées ; Rufo nous servait d’arrière-garde. Il y avait un écriteau sur la route, à l’endroit où nous l’avons quittée ; une traduction libre, mais fidèle dans son esprit, serait : TOI QUI PÉNÈTRES ICI, ABANDONNE TOUT ESPOIR.

(Une traduction littérale rappellerait plutôt la pancarte qui se trouve à l’entrée du Parc de Yellowstone : « Attention – Dans ces bois, les animaux ne sont pas apprivoisés. Les voyageurs sont priés de rester sur la route car leurs restes ne seront pas retournés à leurs familles. Le Lerdki, signature et sceau. »)

À ce moment, Star me dit : « Seigneur mon époux…»

— « Oui, pieds mignons ? » Je ne la regardai pas ; je préférais surveiller de mon côté, ainsi que, de temps à autres, du sien, ce qui ne m’empêchait pas de surveiller l’espace au-dessus de nous car il n’était pas impossible que nous fussions bombardés : il y avait en effet des oiseaux qui ressemblaient aux vautours sanguinaires, en plus petit et qui attaquaient aux yeux.

— « Mon Héros, tu es véritablement d’une grande noblesse et ce que tu as fait a rempli ton épouse de fierté. »

— « Quoi ? Comment ? » J’étais surtout occupé à guetter les éventuels dangers : il y en avait ici de deux sortes ; un rat assez gros pour dévorer les chats et qui aimait à manger les gens et un sanglier d’à peu près la même taille, mais sans le moindre jambon ; ils n’étaient que nerfs et os, et avaient très mauvais caractère. Les cochons formaient des cibles plus faciles à atteindre car, m’avait-on dit, ils chargeaient droit sur vous. Mais il ne fallait pas les manquer, et il fallait aussi avoir son épée toute prête car ils ne vous laissaient pas le temps de tirer une seconde fois.

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