La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
Le jeune homme hurla alors dans le porte-voix qui communiquait avec ceux qui, dans la salle des machines, avaient fidèlement et sans désemparer alimenté les chaudières en bûches, et il leur ordonna de jeter le goudron dans les flammes, comme la princesse le leur avait conseillé. Il redouta pendant un instant qu’ils ne fussent tous morts, puis que l’ordre n’ait pas été compris dans le vacarme de la bataille. Mais bientôt une ombre intense commença à s’étendre sur les eaux que le soleil faisait briller, entre le navire de leur adversaire et le leur, et le jeune homme regarda vers le ciel.
Dans les temps anciens, nous dit la légende, une fillette en haillons, enfant d’un pauvre pêcheur, trouva sur le sable une bouteille fermée d’un bouchon et scellée. Brisant le sceau et retirant le bouchon, elle devint reine, d’un désert de glace à l’autre. On aurait dit que, exactement de la même manière, un être élémentaire doté de la force primordiale qui engendra l’univers, venait de jaillir des cheminées de leur navire, roulant et cabriolant, et pris d’une joie sombre alors qu’il croissait et grandissait tandis que s’élevait le vent.
Car le vent, effectivement, s’éleva ; et il saisit l’être de ses mains innombrables et le porta, telle une masse solide, jusqu’au-dessus de leur ennemi. Même lorsqu’il fut impossible de voir quoi que ce fût – ni la longue coque sombre avec son pont de métal, ni le canon unique de la bouche duquel avaient jailli les mots porteurs de mort et de désastre – ils ne perdirent pas un instant pour faire feu de toutes les pièces disponibles, visant au jugé dans le nuage noir. Ils entendirent aussi, de temps en temps, tirer le canon de leur ennemi ; mais ils ne purent voir ni l’éclair accompagnant la détonation, ni même où les coups portaient.
Il se peut qu’ils n’aient rien touché, tout aussi bien, et que ces boulets soient encore en train de tourner autour du monde, cherchant leur cible.
Ils tirèrent sans trêve, jusqu’à ce que la culasse de leurs canons ait pris la couleur des lingots sortant à peine du creuset. Puis la fumée qui sortait des cheminées commença de diminuer, et ceux des machines crièrent par le porte-voix qu’il ne restait plus de goudron ; le jeune homme né de la chair des rêves donna alors l’ordre de cesser le feu, et les servants des pièces s’écroulèrent tous sur le pont, là où ils se trouvaient, trop épuisés pour seulement penser à demander de l’eau, et on aurait dit autant de cadavres.
Le nuage noir se dissipa ; non pas comme se dissipe le brouillard au soleil, mais comme reculerait une armée diabolique devant des charges répétées, abandonnant tel bastion, résistant avec acharnement pour garder tel autre, et n’hésitant pas à se regrouper pour provoquer des escarmouches, alors que l’on aurait cru tout fini.
C’est en vain qu’ils scrutèrent le poli retrouvé des eaux, à la recherche des restes de leur ennemi. On ne trouva rien : ni la coque, ni le château, ni le canon, pas une planche ou un espar.
Lentement, avec des précautions de gens s’attendant à voir resurgir l’ennemi de n’importe où, ils s’avancèrent jusqu’au point de mouillage de l’ogre. Au-delà, sur l’île, leurs boulets avaient fracassé les arbres et labouré le sol, dissipant ainsi leur énergie. Lorsqu’ils furent à l’emplacement exact de la longue coque de fer, le jeune homme taillé dans la chair des rêves donna l’ordre d’inverser la marche des grandes roues, et fit immobiliser le navire, qui prit ainsi la position de leur adversaire avant le combat. Puis il alla jusqu’au bastingage et regarda en bas.
Mais son expression était telle qu’il ne se trouva personne, même parmi les plus braves, pour soutenir son regard.
Lorsque, au bout d’un long moment, il releva les yeux, son visage était fermé, sinistre. Il ne dit mot à personne, et se dirigea vers sa cabine où il s’enferma à double tour. L’adolescent qui avait fait office de second, prit alors sur lui de donner l’ordre d’appareiller, afin de s’en retourner jusqu’au promontoire qui abritait le blanc belvédère de marbre de la princesse, fille de la Nuit ; il demanda également que l’on pansât les plaies, que l’on activât les pompes, et que l’on réparât ce qui pouvait l’être avec les moyens du bord. Et il fit garder les morts, afin qu’ils puissent être ensevelis en haute mer.
V. La mort de l’étudiant
Il se peut que le chenal n’ait pas été aussi rectiligne qu’ils l’avaient cru ; il se peut aussi qu’ils aient perdu leurs points de repère au cours du combat, sans s’en rendre compte ; ou encore que les chenaux aient creusé des méandres (comme d’aucuns le prétendaient) à l’instar d’un ver dans un fruit, quand personne ne regardait. Mais quoi qu’il en soit, les roues à aubes tournèrent toute la journée – car le vent était tombé – et, aux dernières lueurs du couchant, ils se retrouvèrent au milieu d’îlots qui leur étaient inconnus.
Ils mouillèrent pour la nuit. Quand arriva le matin, l’adolescent fit appeler auprès de lui les jeunes gens les plus capables de le conseiller ; mais pas un seul n’arriva à faire une proposition intéressante, et tous n’avaient qu’une seule idée, faire appel au jeune homme taillé dans la chair des rêves. Mais aucun n’était disposé à aller en personne frapper à la porte de sa cabine. Quelques-uns suggérèrent de continuer, disant que l’on finirait bien par retrouver la mer, et qu’ensuite, regagner le promontoire de la princesse ne serait qu’un jeu d’enfant.
C’est finalement ce qu’ils firent tout le jour, s’efforçant de conserver toujours le même cap, mais obligés de suivre, malgré tout, les tours et détours des chenaux. Or donc, lorsque la nuit fut revenue, ils se trouvaient en aussi mauvaise posture que le matin.
À l’aube du troisième jour, cependant, le jeune homme né de la chair des rêves sortit de sa cabine et commença d’arpenter les ponts, comme il avait coutume de faire, examinant les réparations qui avaient été faites, et demandant aux blessés que leurs souffrances tenaient éveillés si tôt matin comment ils se sentaient. L’adolescent et les jeunes gens qui lui avaient servi de conseillers vinrent alors à lui, et tous lui expliquèrent la marche qu’ils avaient suivie. Ils lui demandèrent comment ils pourraient à nouveau trouver la mer, afin qu’ils puissent y ensevelir leurs morts et retourner chez eux, dans la ville des magiciens.
À cette question, le jeune homme leva les yeux vers le firmament, comme s’il voulait sonder les étoiles. Certains pensèrent qu’il priait, certains pensèrent qu’il refrénait la colère qu’il éprouvait à leur égard, et certains pensèrent simplement qu’il attendait une inspiration venue du ciel. Mais il resta si longtemps en contemplation qu’il y en eut pour sentir la peur monter en eux, comme lorsqu’il était resté immobile à scruter les eaux, et certains commencèrent à se retirer. Il leur dit alors : « Regardez ! Ne voyez-vous pas les oiseaux de mer ? Des quatre points cardinaux, ils accourent. Suivons-les. »
Dans la mesure où les tours et détours des chenaux le leur permettaient, ils suivirent les oiseaux pendant toute la matinée. Et finalement, ils les virent tournoyer sur place et plonger dans l’eau, à quelque distance, et tel était leur nombre que leurs ailes blanches et leurs têtes d’ébène formaient comme un nuage bas et mobile, un nuage splendide à l’extérieur mais tumultueux à l’intérieur. Le jeune homme taillé à même la chair des rêves ordonna aussitôt de charger une pièce à blanc, et de tirer. Au bruit de la détonation, la nuée d’oiseaux s’éleva en criant et piaillant ; et à l’endroit où ils s’étaient tenus, l’équipage put voir flotter une énorme charogne qui lui sembla être celle d’un animal terrestre, car elle avait, pour autant qu’on pouvait en juger, une tête et quatre membres. Mais elle était plus grande que plusieurs éléphants.