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L'agonie de la lumière

Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:

Quand Dirk T’Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux resurgissent. Il se demande pourquoi son amour perdu, la belle Gwen, fait ainsi appel à lui si longtemps après leur rupture. Espérant renouer avec elle, il embarque sur le premier vaisseau à destination de Worlorn pour arracher Gwen aux violents chevaliers Kavalars.
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Il fit donc d’autres essais, notant quels services avaient cessé toute activité, ceux dont la fonction avait été réduite à un état larvaire (les services d’urgence médicale, par exemple) et ceux qui continuaient de fonctionner normalement. Certaines des villes étaient peu ou prou tombées en ruines, ce qui le convainquit du bien-fondé de leur choix quand ils avaient opté pour Défi. Désireux de démontrer leur aptitude à bâtir une cité immortelle, les Émereli y avaient presque tout laissé en activité de manière à braver le froid, la nuit, et la venue des glaces. Y résider ne devrait donc guère leur poser de problèmes. Les autres cités, en comparaison, semblaient bien mal en point. Quatre étaient plongées dans l’obscurité et privées d’énergie, l’une d’elles avait tellement souffert de l’érosion provoquée par les vents et les éléments qu’elle tombait littéralement en ruine poussiéreuse.

Dirk finit par se lasser de presser des boutons – cela ne faisait qu’accroître sa nervosité. Gwen dormait, et il était encore trop tôt pour appeler Ruark. Après avoir déconnecté l’écran mural, t’Larien se leva, puis retourna jusqu’au lit et éteignit les panneaux lumineux. Quelques instants plus tard, il se couchait. Allongé dans une douce obscurité, à fixer le plafond, il écoutait la respiration légère de Gwen, mais son esprit troublé se trouvait très loin de ces lieux.

Bientôt, se disait-il, sa vie reprendrait un cours agréable. Tout serait à nouveau comme sur Avalon. Et pourtant il ne parvenait pas vraiment à y croire. Il n’était plus l’ancien Dirk t’Larien, le jeune homme que Gwen avait connu là-bas, celui qu’il s’était promis de redevenir. Bien au contraire, tout se passait comme si absolument rien n’avait changé. Son existence demeurait toujours aussi compliquée, aussi triste et désespérée que sur Braque ou les autres mondes sur lesquels il avait résidé. Sa Jenny se trouvait à ses côtés, il aurait dû en être fou de joie ; or il ne ressentait que lassitude, et dégoût. Comme s’il avait échoué.

Repoussant ces pensées, il ferma les yeux.

L’après-midi tirait à sa fin lorsque Dirk s’éveilla. Gwen était déjà levée. Après avoir pris une douche, il enfila des vêtements aux teintes passées, en tissu synthétique d’Avalon. Puis tous deux sortirent explorer le 522e étage de Défi, main dans la main.

Ce secteur résidentiel de l’immeuble était composé de milliers d’appartements absolument semblables, seuls différaient les numéros sur les portes noires. Les sols, murs et plafonds des corridors qu’ils traversaient étaient couverts d’une moquette d’une chaude tonalité bleu cobalt, une couleur similaire à celle que diffusaient les globes lumineux qui pendaient aux intersections – des sphères sombres, reposantes, agréables à la vue.

« C’est lassant, fit Gwen au bout de quelques minutes. Cette monotonie me déprime, et je n’ai aucune idée du plan de l’étage. Les gens ne doivent pas arrêter de se perdre dans ce labyrinthe.

— J’imagine qu’il leur suffit de demander à la Voix de leur indiquer le bon chemin.

— La Voix ? Je l’avais presque oubliée. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Elle n’a pas dit grand-chose depuis mon réveil.

— Je lui ai ordonné de se taire, expliqua Dirk. Mais elle continue à nous surveiller.

— Tu pourrais la réactiver ? »

Il hocha la tête, puis marcha jusqu’à la porte noire la plus proche. Le battant ne lui opposa aucune résistance – et l’appartement s’avéra inoccupé, ainsi qu’il s’y était attendu. À l’intérieur, le lit, le décor, l’écran… tout était absolument identique à leur propre appartement.

Après avoir activé l’écran, Dirk pressa sur le bouton marqué d’une étoile, puis éteignit l’appareil.

« Puis-je quelque chose pour vous ? » demanda la Voix.

Gwen gratifia Dirk d’un petit sourire tendu. À l’évidence, elle était aussi lasse que lui. Des rides d’ennui apparaissaient aux commissures de ses lèvres.

« Oui, répondit-elle. Nous désirons nous distraire. Trouvez-nous de quoi nous occuper. Faites-nous visiter la cité. » Dirk trouvait qu’elle parlait un peu trop rapidement, comme une personne impatiente de se changer les idées, d’éloigner des pensées déplaisantes de son esprit. Il se demanda si elle s’inquiétait pour leur propre sort, ou pour celui de Jaan Vikary.

« Je comprends, fit la Voix. Permettez-moi de vous servir de guide. Je vais vous montrer les merveilles de Défi, la gloire d’ai-Émerel reproduite sur cette lointaine planète. »

Puis, persistant dans son rôle de mentor, elle leur conseilla de se rendre jusqu’aux ascenseurs les plus proches. Ils quittèrent donc le royaume des interminables corridors rectilignes pour des parties plus variées de Défi.

Ils montèrent dans l’Olympe : un immense salon situé au sommet de la cité, garni d’une épaisse moquette noire dans laquelle ils s’enfonçaient jusqu’aux chevilles. Un kilomètre plus bas, derrière l’unique baie vitrée de Défi, des rangées de nuages sombres fuyaient en débandade, portés par un vent mordant impossible à percevoir. Le jour était obscur, sinistre. L’Œil de Satan rougeoyait comme à son habitude, mais la brume grise qui envahissait le ciel leur dissimulait ses compagnons. Depuis ce poste d’observation, ils pouvaient également distinguer les montagnes lointaines, ainsi que le vert sombre et terne des Terres communes. Un robot-serveur vint leur apporter des boissons glacées.

Ils se rendirent jusqu’au puits central, un cylindre qui plongeait du sommet de la cité jusqu’à ses fondations. Une fois sur le balcon, ils regardèrent ensemble vers le bas, au-delà des autres avancées qui se succédaient en rangées innombrables pour disparaître dans les profondeurs faiblement éclairées de la tour. Puis ils ouvrirent la grille de fer forgé et sautèrent dans le vide. Main dans la main, ils chutèrent au ralenti dans la douce pression du courant d’air chaud ascendant. Le puits central n’avait pas qu’un rôle utilitaire, on pouvait également l’utiliser à des fins ludiques. Une gravité y était constamment maintenue, si faible qu’elle méritait à peine de porter ce nom. Elle correspondait à moins de 0,01 pour cent de celle d’ai-Émerel.

Ils flânèrent le long de l’avenue extérieure, un large tunnel en pente qui descendait en spirale autour de la cité, tel un pas de vis démesuré. Ce boulevard avait été conçu pour que les touristes audacieux puissent monter à pied depuis le sol jusqu’au sommet de la tour. Des restaurants, musées et boutiques le bordaient de chaque côté, et son centre était occupé par des voies de circulation désertées destinées aux véhicules à pneus ballon ou à des engins plus rapides. Douze trottoirs roulants, six ascendants et six affectés à la descente, formaient la bande médiane de la chaussée, qui se déroulait devant eux en une courbe modérée. Lorsqu’ils furent las de marcher, ils montèrent sur un trottoir roulant, pour passer ensuite successivement sur d’autres plus rapides. La Voix leur indiquait les choses d’un intérêt particulier tandis que le boulevard défilait sous leurs yeux – mais aucune ne leur semblait particulièrement intéressante.

Ils allèrent nager, nus, dans l’océan d’Émerel : une fausse mer d’eau fraîche qui occupait la majeure partie des niveaux 231 et 232. L’eau, d’un vert limpide, lumineux, était si transparente qu’on pouvait voir des algues danser au fond, deux étages plus bas. Elle miroitait sous les feux d’un coucher de soleil simulé. De petits poissons nécrophages s’élançaient en myriades depuis les profondeurs de l’océan miniature, à la surface duquel des plantes dérivaient au gré des vaguelettes tels d’énormes champignons sur du feutre vert.

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