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L'agonie de la lumière

Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:

Quand Dirk T’Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux resurgissent. Il se demande pourquoi son amour perdu, la belle Gwen, fait ainsi appel à lui si longtemps après leur rupture. Espérant renouer avec elle, il embarque sur le premier vaisseau à destination de Worlorn pour arracher Gwen aux violents chevaliers Kavalars.
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Vikary accéda à la requête du Kimdissi.

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« Dirk, Dirk, ce n’est pas sérieux ! Non, je n’arrive pas à y croire. J’ai toujours pensé que… eh bien ! que vous valiez mieux qu’eux. Et à présent… Non, je rêve. C’est de la folie ! » Ruark s’était quelque peu repris. Vêtu de sa longue robe de chambre en soie verte, brodée de hiboux, il était redevenu lui-même, quand bien même son accoutrement semblait passablement déplacé au sein du désordre de la salle de travail. Il était assis sur un haut tabouret, le dos face aux écrans éteints de la console de commande de l’ordinateur. Ses pieds, chaussés de pantoufles, étaient croisés à la hauteur des chevilles, ses mains potelées serraient un grand verre couvert de givre rempli de vin vert de Kimdiss. La bouteille trônait derrière lui, à côté de deux verres vides.

Dirk s’était installé sur le plateau d’une large table de travail en plastique, les jambes repliées sous son corps, une épaule appuyée contre un bloc détecteur qu’il avait repoussé pour se dégager un espace. Une pile de diapositives et de feuilles lui servait d’accoudoir de l’autre côté. Un chaos indescriptible régnait décidément dans la pièce. « Je ne vois pas en quoi ce serait de la folie », fit-il d’un ton buté. Tout en parlant, t’Larien parcourait du regard le cabinet, où il n’avait encore jamais mis les pieds. Celui-ci faisait approximativement les mêmes dimensions que le séjour de l’appartement des Kavalars, mais il semblait bien plus exigu. Une rangée de petits ordinateurs masquait l’intégralité d’un mur, et en face d’eux s’étalait une immense carte multicolore de Worlorn, piquée d’une multitude d’épingles diverses et de fanions. Les trois tables de travail occupaient le centre de la pièce. C’était là que Gwen et Ruark réunissaient les bribes d’informations qu’ils collectaient dans les déserts du monde-festival à l’agonie. Aux yeux de Dirk, cependant, cette salle avait tout du quartier général d’une armée en campagne. Il n’était pas encore certain de comprendre la véritable raison de leur présence dans cette pièce. Après la longue explication de Jaan Vikary, et la violente discussion qui s’était ensuivie entre Ruark et les deux Kavalars, le Kimdissi avait demandé à Dirk de le suivre jusque dans son propre appartement. T’Larien trouvait le moment mal choisi pour avoir une explication avec Gwen, mais dès que Ruark eut changé de vêtements, et apaisé ses nerfs avec un peu de vin, il insista pour qu’ils se rendent à l’étage, dans le cabinet de travail. Le Kimdissi apporta trois verres, mais il fut seul à leur faire honneur. Dirk, qui se souvenait de sa précédente expérience alcoolisée, préférait s’abstenir – il allait devoir être en forme le lendemain. Sans compter que le vin kimdissi risquait fort de s’entendre avec son équivalent kavalar aussi bien que les habitants de leur planète respective – autant se suicider tout de suite plutôt que d’en boire des deux à la suite.

Voilà pourquoi Ruark buvait seul. « La folie, dit Ruark après une gorgée du liquide verdâtre, ce serait de vous battre en duel comme un de ces sauvages. Je ne puis y croire ! Jaantony, soit. Garsey, naturellement. Quant aux Braiths, je n’en parle même pas. Ce sont des créatures xénophobes, des êtres violents. Mais vous… Ah, Dirk ! Ce n’est pas digne de vous, un homme d’Avalon. Réfléchissez, je vous en supplie. Oui, je vous en supplie. Pour Gwen, pour vous. Vous ne parlez pas sérieusement, n’est-ce pas ? Vous venez d’Avalon ! Vous avez reçu le savoir de l’Académie des connaissances humaines, et celui de l’Institut d’Avalon pour l’étude des intelligences non humaines. C’est le monde de Tomas Chung, la planète d’où est parti Kleronomas pour effectuer ses explorations légendaires ; autant d’histoires, de connaissances dont vous avez été nourri – plus qu’il n’en subsiste partout ailleurs, hormis peut-être sur Vieille Terre ou Nouvelle Isle. Vous avez voyagé, vous êtes cultivé, vous avez vu de nombreux mondes, rencontré quantité de peuples différents. Oui ! Ce serait une folie, vous le savez aussi bien que moi. Vous devez le savoir !

— Vous ne comprenez pas, Ruark. Je n’ai jamais voulu de ce duel. C’était, disons… une erreur. J’ai essayé de présenter mes excuses aux Braiths, mais Bretan a refusé de m’écouter. Que pourrais-je faire d’autre ?

— Mais vous enfuir ! Prenez Gwen et partez avec elle, quittez Worlorn le plus rapidement possible ! Vous le lui devez, Dirk. Vous le savez, pas vrai ? Elle a besoin de vous. Vous seul êtes en mesure de lui venir en aide. Et comment comptez-vous lui apporter votre soutien ? En vous montrant aussi violent que Jaan ? En vous suicidant ? Hein ? Dites-le-moi, Dirk. Dites-le-moi ! »

Les choses s’embrouillaient. Tout lui avait semblé tellement simple, avec Janacek et Vikary, tellement facile à accepter. Et voilà que Ruark soutenait qu’il avait fait fausse route. « Je l’ignore, répondit Dirk. Je veux dire… j’ai refusé la protection de Jaan, je ne peux donc compter que sur moi-même désormais. Personne n’est responsable de mes actes. J’ai fait mes choix, le duel aura lieu demain à l’aube. Je ne peux plus faire marche arrière.

— Bien sûr que si. Qui peut vous en empêcher ? Quelle loi ? Il n’existe aucune loi, sur cette planète. Aucune ! C’est la vérité. Ces créatures sanguinaires nous chassent-elles en vertu d’une règle quelconque ? Certainement pas. C’est de cette absence de toute loi que proviennent tous nos ennuis. Croyez-moi, rien ne vous oblige à vous battre en duel, si vous n’y tenez pas. »

La porte s’ouvrit sur Gwen, qui pénétra dans la pièce. Dirk ferma à moitié les yeux ; Ruark, quant à lui, rayonnait littéralement de joie. « Ah, Gwen ! Viens m’apporter ton soutien, aide-moi à ramener t’Larien à la raison ! Ce fou entend se battre comme s’il était Garsey. »

La jeune femme vint alors se placer entre eux, l’air grave. Elle portait un pantalon d’étoffe caméléon, qui avait pris une teinte vert sombre, ainsi qu’un chandail noir. Une écharpe verte était nouée dans ses cheveux. « Je leur ai dit que je descendais réexaminer quelques données, fit-elle sans cesser de passer nerveusement l’extrémité de sa langue sur ses lèvres. J’ai demandé à Garse quelles étaient tes chances contre Bretan Braith Lantry. Ridiculement faibles. Il te tuera. »

Ses paroles le glacèrent. L’entendre de la bouche de Gwen était… différent, en quelque sorte. « Je sais, mais ça ne change rien à l’affaire. Si j’avais voulu ne courir aucun risque, je n’aurais eu qu’à rester korariel de Jadefer, n’est-ce pas ? »

Elle hocha la tête. « Oui, mais tu as refusé. Pourquoi ?

— Qu’est-ce que tu m’as dit en forêt à propos des noms ? Pour ensuite me le répéter à la moindre occasion ? Je ne voulais pas devenir la propriété de qui que ce soit, Gwen. Je ne suis pas un korariel. »

Le visage de la jeune femme s’assombrit un bref instant ; ses yeux se portèrent sur le jade et l’argent. « Je comprends, dit-elle – presque en un murmure.

— Pas moi, rétorqua Ruark. Soyez korariel, bon sang ! Qu’est-ce que ça vous coûte ? Un simple mot en échange de votre vie ! »

Gwen se tourna vers lui. Le Kimdissi avait un aspect passablement comique, perché comme il l’était sur son tabouret, vêtu de sa longue robe de chambre, avec son verre à la main et son air menaçant. « Non, Arkin. C’est justement l’erreur que j’ai commise : croire que betheyn n’était qu’un simple mot. »

Il rougit. « D’accord ! Très bien, Dirk n’est pas korariel. Il n’est la propriété de personne. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il doive se battre en duel. Le code de l’honneur kavalar est absurde, d’une bêtise… sans nom. Qu’est-ce qui vous obligerait à vous montrer aussi stupide, Dirk ? Faut-il que vous mouriez par pure stupidité ?

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