L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
— Oui, mais… Je ne sais pas. Je n’ai toujours laissé derrière moi que des promesses rompues. » Sa voix débordait d’angoisse. « Jaan m’a appelé son keth. »
Ruark renifla avec bruit. « Et s’il vous appelait repas, vous sauteriez dans une poêle ? »
Gwen se contenta de hocher tristement la tête.
« Qu’est-ce que tu ressens ? Un devoir ? Une obligation ?
— Oui, c’est un peu ça.
— Alors, tu as répondu à ma place, Dirk. Tu m’as ouvert les yeux. S’il te semble tellement important de devoir mourir pour remplir les devoirs d’un keth intérimaire – un lien qui n’existe même pas sur Haut Kavalaan –, comment peux-tu me demander de rejeter le jade et l’argent ? Betheyn a une signification bien plus importante que simple keth. »
Ses douces mains quittèrent le visage de son ancien amant.
Il la retint par le poignet – le gauche, celui qui accueillait le métal froid et le jade poli. « Non ! » s’exclama-t-il.
Gwen se garda bien d’ouvrir la bouche.
Dirk avait oublié jusqu’à la présence du Kimdissi. Dans cette pièce soudain plongée dans l’obscurité, il ne voyait plus que Gwen, qui le fixait de ses grands yeux emplis de… de quoi ? De promesses ? De rêves perdus ? Elle attendait, silencieuse, lui cherchait ses mots sans savoir quoi dire. Le jade et l’argent étaient froids sous sa main, et il se souvenait : des joyaux rouges en forme de gouttes, emplis d’amour, enveloppés de velours et d’argent, à la froideur brûlante.
Le visage de Jaan : ses pommettes hautes, sa mâchoire carrée, ses cheveux noirs tirés en arrière, son sourire serein. Sa voix, calme comme l’acier, toujours égale : « Mais j’existe. »
Les tours spectrales de Kryne Lamiya qui gémissaient, le raillaient, chantaient une ode au désespoir, tandis qu’un tambour lointain faisait entendre ses roulements sourds. Et au centre de tout cela : la méfiance, la résolution. Un court instant, Dirk avait su quoi dire.
Le visage de Garse Janacek, distant (son regard bleu, son port altier, sa bouche serrée), hostile (de la glace dans ses orbites, un sourire cruel et amusé derrière sa barbe rousse), qui révélait une forte propension à l’humour noir (des yeux aux mouvements vifs, un rictus aux dents découvertes qui évoquait immanquablement celui d’un squelette).
Bretan Braith Lantry : un tic et un œil de pierrelueur, un personnage d’effroi et de pitié, son baiser glacial, épouvantable.
Des verres d’obsidienne remplis de vin rouge, dont les vapeurs lui piquaient les yeux. Une salle baignée d’une atmosphère d’étrange camaraderie, à laquelle se mêlait une odeur de cannelle.
Des mots. Une nouvelle sorte de frère d’étau, avait dit Jaan. Spéciale.
Le visage de Gwen plus jeune, plus svelte, avec des yeux plus grands. Gwen qui riait. Gwen qui pleurait. Gwen en plein orgasme. Qui l’étreignait, la rougeur de ses seins s’étendant à tout son corps. Gwen qui lui murmurait : « Je t’aime, je t’aime. » Sa Jenny.
Une ombre noire, solitaire, poussait une péniche basse le long d’un canal qui semblait ne pas avoir de fin.
Des souvenirs.
Ses mains, toujours autour du bras de Gwen, se mirent à trembler. « Est-ce que tu quitteras Jaan si je ne me bats pas en duel ? Tu viendras avec moi ? »
La jeune femme hocha la tête avec une douloureuse lenteur. « Oui. J’y ai réfléchi toute la journée, et j’en ai parlé avec Arkin. Nous avions déjà décidé de te faire venir ici, ce soir. Je devais dire à Jaan que j’avais du travail. »
Dirk déplia ses jambes ; une centaine de couteaux minuscules vinrent les assaillir alors même que l’engourdissement les quittait. Il se leva – il avait pris une décision. « Alors, tu m’aurais suivi de toute façon, même sans ce duel ? »
Elle hocha la tête.
« Dans ce cas, c’est entendu. Quand pourrons-nous quitter Worlorn ?
— Dans deux semaines et trois jours, lui apprit Ruark. Aucun vaisseau ne se posera sur ce monde avant.
— Entre-temps, dit Gwen, nous allons devoir nous cacher. Tout bien considéré, c’est l’unique chose sensée qu’on puisse faire. Cet après-midi encore, j’hésitais encore entre faire part de ma décision à Jaan et partir sans rien dire. Je pensais en discuter avec toi, puis sans doute monter affronter l’homme auquel je suis liée par le jade et l’argent. Mais cette histoire de duel a tout changé. Ils ne te laisseront jamais partir, à présent. »
Ruark descendit de son tabouret. « Alors, déguerpissez sans attendre. Je vais rester monter la garde ici. Vous pourrez toujours m’appeler pour que je vous tienne au courant de la tournure des événements. À moins que Garsey et Jaantony ne perdent leur duel demain, je ne cours pas un bien grand risque. Et je viendrai vous rejoindre dans un deuxième temps. D’accord ? »
Dirk prit les mains de la jeune femme. « Je t’aime. Je n’ai jamais cessé de t’aimer. »
Elle sourit avec gravité. « Oui. Je suis heureuse, Dirk. Peut-être allons-nous pouvoir tout recommencer comme avant. Mais nous devons faire vite, et disparaître dans la nature. Tous les Kavalars constituent pour nous un danger mortel, à présent.
— D’accord. Où ?
— Descends chercher tes affaires. Tu auras besoin de vêtements chauds. Puis monte me rejoindre sur la terrasse. On va prendre l’appareil de Jaan – on décidera de notre destination une fois partis. »
Dirk hocha la tête, puis déposa sur ses lèvres un bref baiser.
Ils volaient au-dessus des rivières noires et des collines accidentées des Terres communes quand les premières lueurs de l’aube teintèrent le ciel d’une luminosité pourpre à l’horizon. Bientôt le premier soleil jaune s’éleva à l’est, et l’obscurité laissa place à une brume matinale qui ne tarda pas à se dissoudre. L’habitacle de la raie d’acier était ouvert, et Gwen avait poussé l’engin à sa vitesse maximale. Le vent glacial qui se ruait avec bruit autour d’eux rendait donc toute conversation impossible. Laissant à la jeune femme le soin de piloter, t’Larien s’endormit à son côté, pelotonné dans une houppelande brune que Ruark lui avait donnée avant leur départ.
Elle lui toucha l’épaule pour le réveiller quand l’épée flamboyante de Défi apparut devant eux. Dirk avait dormi d’un sommeil léger, inquiet. Il se redressa aussitôt. « Nous sommes arrivés ? » s’enquit-il entre deux bâillements. Gwen ne prit même pas la peine de lui répondre : la cité émereli se rapprochait sous leurs yeux. La raie avait déjà commencé à perdre de la vitesse.
T’Larien regarda derrière eux, en direction de l’aube. « Deux soleils levés, et on peut presque apercevoir Grand Satan. Les Ravalais doivent savoir que nous avons pris la fuite, à l’heure qu’il est. » Il pensait à Vikary et à Janacek, qui devaient l’attendre en compagnie des Braiths, à côté du carré de la mort tracé à la craie sur le sol. Bretan devait certainement faire les cent pas avec impatience, émettre par instants ses étranges grognements, l’œil éteint et froid sous la lueur matinale, telle une braise morte dans son visage couturé. Peut-être était-il mort, à présent – à moins que ce ne fût Jaan, ou Garse Janacek. Un court instant, t’Larien sentit une bouffée de honte l’envahir. Il se rapprocha de Gwen pour passer un bras autour de ses épaules.