Blood Wedding [Robe de marié]
- Автор: Леметр Пьер
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253120605
- Переводчик: Frank Wynne
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
Il consulte sa montre et décroche enfin le téléphone.
On lui passe le gendarme Jondrette.
— Ma femme est chez une amie, dit Frantz précipitamment, comme s’il était à la fois content et soulagé. Près de Besançon.
Il guette la réaction. Quitte ou double. Si le gendarme demande l’identité de l’amie…
— Bien, dit Jondrette sur un ton satisfait. Elle est en bonne santé ?
— Oui… Enfin, ça semble. Elle est un peu perdue, je crois.
— Bien, dit encore Jondrette. Elle veut rentrer ? Elle vous a dit qu’elle voulait rentrer ?
— Oui, c’est ce qu’elle a dit. Elle veut rentrer à la maison.
Court silence sur la ligne.
— Quand cela ?
Le moteur de Frantz tourne à sa vitesse maximum.
— Je pense qu’il vaut mieux qu’elle se repose un peu. J’irai la chercher dans quelques jours, je crois que c’est le mieux.
— Bien. Quand elle rentrera, il faudrait qu’elle passe à la gendarmerie. Pour signer les papiers. Dites-lui que rien ne presse ! Qu’elle se repose d’abord…
Et Jondrette, juste avant de raccrocher :
— Dites-moi, juste une chose, là… Vous n’êtes pas mariés depuis longtemps…
— Un peu moins de six mois.
Jondrette fait silence. Au-dessus du téléphone, il doit avoir son regard scrutateur.
— Et sa… son geste, là, vous pensez… que c’est en rapport avec votre mariage ?
Frantz répond à l’intuition.
— Elle était déjà un peu dépressive avant notre mariage… Mais, oui, évidemment, c’est pas impossible. Je vais en parler avec elle.
— C’est le mieux, monsieur Berg. Croyez-moi, c’est le mieux. Merci de nous avoir prévenus aussi vite. Parlez-en avec elle quand vous irez chercher vot’ dame…
La rue Courfeyrac donne tout près de la place Bellecour. Les beaux quartiers. Frantz a refait un tour sur internet mais n’a pas appris grand-chose de plus qu’il y a deux ans.
Il a eu du mal à trouver un poste d’observation. Hier, il a été contraint de changer de café très fréquemment. Ce matin, il a loué une voiture depuis laquelle il peut observer l’immeuble plus facilement et suivre Valérie s’il le faut. Elle travaillait dans une société de transport à l’époque où elle fréquentait Sophie, elle s’agite maintenant dans l’entreprise d’un garçon aussi inutile et aussi riche qu’elle, qui s’est persuadé qu’il a une vocation de styliste. Le genre d’entreprise dans laquelle on peut travailler d’arrache-pied pendant deux ans avant de se rendre compte qu’elle ne rapporte pas un clou. Ce qui, en l’espèce, n’a d’importance ni pour Valérie ni pour son ami. Le matin, elle quitte son domicile d’un pas alerte et décidé, et prend un taxi sur la place Bellecour pour aller travailler.
Dès qu’il l’a vue apparaître dans la rue, il a su que Sophie n’était pas là. Valérie est une fille à « prise directe », tout ce qu’elle vit se voit. À son pas, à sa démarche, Frantz a vu qu’elle n’avait pas de souci, pas d’inquiétude, la démarche de cette fille respire la sécurité et l’absence totale de préoccupation. Il est quasiment certain que Sophie n’est pas venue se réfugier ici. D’ailleurs, Valérie Jourdain est une fille bien trop égoïste pour recueillir Sophie Duguet, meurtrière récidiviste, recherchée par toutes les polices, même si elle est son amie d’enfance. Cette fille a ses limites. Très courtes.
Et si pourtant, c’était le cas ? Lorsque Valérie a été partie, il est monté à l’étage où elle habite. Porte blindée, serrure trois points. Il est resté un très long moment l’oreille collée à la porte. Il a fait mine de monter les étages ou de les redescendre chaque fois qu’un habitant de l’immeuble entrait ou sortait puis il revenait à son poste. Pas un bruit. Il a recommencé l’opération à quatre reprises dans la journée. Au total, il a passé plus de trois heures l’oreille collée à la porte. À partir de 18 heures, le bruit des appartements, les téléviseurs, les radios, les conversations, même feutrées, ne lui ont plus permis de discerner si des bruits secrets manifestaient une présence quelconque dans l’appartement réputé vide de Valérie.
Vers 20 heures, lorsque la jeune femme est rentrée chez elle, Frantz était là, quelques marches au-dessus du palier. Valérie a ouvert sa porte sans un mot. Il a aussitôt collé son oreille à la porte. Pendant quelques minutes, il a discerné les bruits quotidiens, (cuisine, toilettes, tiroirs…) puis de la musique et enfin la voix de Valérie au téléphone, pas très loin du couloir d’entrée… Une voix claire. Elle plaisante, mais elle dit que non, elle ne sortira pas ce soir, qu’elle a du travail en retard. Elle raccroche, bruits de cuisine, la radio…
Il y a évidemment une part d’incertitude dans sa décision mais il décide de se fier à son intuition. Il sort de l’immeuble d’un pas pressé. La Seine-et-Marne est à moins de quatre heures.
Neuville-Sainte-Marie. Trente-deux kilomètres de Melun. Frantz a d’abord tourné plusieurs fois pour voir si la police n’y exerce pas une surveillance. C’est ce qu’ils ont dû faire au début, mais ils n’ont pas assez de moyens. Et tant que l’opinion publique ne s’émeut pas d’un nouveau meurtre…
Il a laissé sa voiture de location sur le parking d’un supermarché, à la sortie de la ville. En une quarantaine de minutes, il a gagné à pied un petit bois et, de là, une carrière désaffectée dont il a forcé le grillage et d’où il a une vue convenable et un peu plongeante sur la maison. Il n’y a pas beaucoup de passage. La nuit, quelques couples peut-être. Ils doivent venir en voiture. Aucun risque d’être surpris : les phares préviendront.
M. Auverney n’est sorti que trois fois. Les deux premières fois pour aller chercher le linge — la buanderie a été aménagée dans une aile qui semble ne pas communiquer avec la maison — et pour prendre le courrier — la boîte aux lettres est plantée à une cinquantaine de mètres de là, un peu en contrebas du chemin. La troisième fois, il est parti en voiture. Frantz a balancé un instant : le suivre ? Rester ? Il est resté. De toute manière, il n’aurait pas été possible de le suivre, à pied, dans un village aussi petit.
Patrick Auverney est resté absent une heure et vingt-sept minutes et pendant ce laps de temps, Frantz n’a cessé de fixer à la jumelle chaque détail de la maison. Autant il a été certain, dès qu’il a vu Valérie Jourdain marcher dans la rue, que Sophie n’était pas là, autant il se sent maintenant indécis. Peut-être le temps qui passe, les heures qui tournent à une vitesse inquiétante le poussent-ils à espérer une solution rapide. Une autre inquiétude l’incite aussi à attendre : si elle n’est pas là, il n’a aucune idée de l’endroit où elle a pu aller. Sophie est profondément déprimée, elle a tenté de se tuer. Elle est extrêmement fragile. Depuis qu’il a appris sa disparition de l’hôpital, il ne décolère pas. Il veut la récupérer. « Il faut en finir », ne cesse-t-il de se répéter. Il se reproche d’avoir attendu si longtemps. Ne pouvait-il pas conclure avant ? N’a-t-il pas déjà obtenu tout ce qu’il désirait ? La récupérer et en finir.
Frantz se demande ce qui se passe en ce moment dans la tête de Sophie. Et si, une seconde fois, elle avait voulu mourir ? Non, elle ne se serait pas sauvée. Dans une clinique, il y a plein de moyens de le faire, c’est même sans doute l’endroit où il est le plus facile de mourir. Elle pouvait s’ouvrir les veines de nouveau, les infirmières ne passent pas toutes les cinq minutes… Pourquoi se sauver ? se demande-t-il. Sophie est totalement perdue. La première fois qu’elle est partie, elle est restée presque trois heures dans un café et puis elle est revenue sans même se souvenir de ce qu’elle avait fait. Alors, il ne voit pas d’autre solution : Sophie s’est échappée de la clinique sans intention, sans savoir où elle va. Elle n’est pas partie, elle s’est sauvée. Elle cherche à fuir sa folie. Elle finira par chercher un abri. Et il a beau envisager la question sous tous les angles : il ne voit pas où une meurtrière aussi recherchée que Sophie Duguet viendrait chercher du réconfort, si ce n’est chez son père. Sophie a dû se couper de toutes ses relations pour devenir Marianne Leblanc : à moins qu’elle n’ait opté pour une destination totalement au hasard (et en ce cas elle devra rentrer à la maison très bientôt), il n’y a qu’ici, chez son père, qu’elle aura envie de se réfugier. C’est uniquement une affaire de patience.