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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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Frantz ajuste les jumelles et observe M. Auverney qui gare sa voiture sous le hangar de la maison.

Elle a encore du travail mais la journée a été très longue et elle a hâte de rentrer. D’habitude, comme elle commence assez tard, elle ne quitte pas avant 20 h 30, parfois 21 heures. En partant, elle dit qu’elle arrivera plus tôt demain, en sachant évidemment qu’elle n’en fera rien. Pendant le trajet en voiture, elle ne cesse de se répéter ce qu’elle peut et ne peut pas faire, ce qu’elle doit et ne doit pas faire. Et c’est très difficile quand on n’a jamais eu le sens de la discipline. Dans le taxi, elle feuillette un magazine d’un air détaché. Dans la rue, elle ne jette pas un regard autour d’elle. Elle compose son code, pousse la porte cochère avec entrain. Elle ne prend jamais l’ascenseur, elle fait donc comme d’habitude. Puis elle arrive sur son palier, sort sa clé, ouvre, referme, se retourne. Sophie est devant elle, dans les mêmes vêtements que la nuit dernière à son arrivée, Sophie qui lui fait signe avec impatience comme un agent de police nerveux réglant la circulation. Continuer à vivre exactement comme d’habitude ! Valérie fait OK de la main, elle s’avance et tâche de se rappeler ce qu’elle fait habituellement, dans des conditions normales. Mais là, elle ressent comme un blocage. D’un seul coup, elle ne se souvient plus de rien. Pourtant, Sophie lui a fait répéter plusieurs fois la liste des actions, mais là… plus rien. Valérie, blanche comme un cierge, regarde fixement Sophie. Elle ne peut plus bouger. Sophie pose ses mains sur ses épaules et d’une poussée autoritaire la contraint à s’asseoir sur la chaise près de la porte où habituellement elle dépose son sac en entrant. Dans la seconde qui suit, Sophie est à genoux, elle lui retire ses chaussures, les enfile et se déplace dans l’appartement. Elle passe à la cuisine, ouvre puis referme le réfrigérateur, passe aux toilettes dont elle laisse la porte ouverte, tire la chasse, passe dans la chambre… Pendant ce temps, Valérie a repris ses esprits. Maintenant elle s’en veut. Elle n’a pas été à la hauteur. Sophie réapparaît dans l’encadrement de la porte. Elle lui sourit nerveusement. Valérie ferme les yeux comme soulagée. Lorsqu’elle les rouvre, Sophie lui tend le téléphone à bout de bras et lui adresse un regard interrogatif et inquiet. Pour Valérie, c’est comme une seconde chance. Le temps de faire un numéro et elle commence à se déplacer dans l’appartement. Attention, lui a dit Sophie, ne pas surjouer, rien n’est pire, alors elle dit avec un entrain mesuré que non, elle ne sortira pas ce soir, qu’elle a du travail, elle rit un peu, passe plus de temps que d’habitude à écouter, à la fin de quoi, elle fait des bises, oui, oui, moi aussi, je t’embrasse, allez bisous, passe à la salle de bains où elle retire ses lentilles de contact après s’être lavé les mains. Quand elle revient vers le couloir d’entrée, Sophie est debout, l’oreille collée à la porte d’entrée, le regard baissé, visage concentré, comme si elle faisait une prière.

Comme exigé par Sophie, elles n’ont pas échangé un seul mot.

À son entrée, Valérie a vaguement perçu une odeur d’urine dans l’appartement. L’odeur se fait maintenant plus nette. En rangeant ses lentilles, elle s’est aperçue que Sophie avait fait pipi dans la baignoire. Elle lui fait un signe interrogatif en désignant la salle de bains. Sophie abandonne un instant sa position avec un sourire un peu triste et écarte les mains en signe d’impuissance. Elle n’a pas dû faire le moindre bruit de toute la journée et n’avait sans doute aucune autre solution que celle-ci. Valérie sourit à son tour et simule la prise d’une douche…

Pendant le dîner, parfaitement silencieux, Valérie a lu le long document que Sophie a écrit à la main au cours de la journée. De temps à autre, au cours de sa lecture, elle lui a tendu une page avec un regard dubitatif. Sophie a alors repris le stylo et calligraphié certains mots avec application. Valérie a lu très lentement, elle n’a cessé de faire non de la tête, pour elle-même, tellement tout ça lui semble dingue. Sophie a allumé la télévision. Grâce au son, elles ont pu recommencer à communiquer à voix très basse. À Valérie, cet excès de précaution semble un peu ridicule. Sophie lui serre le bras en silence en la regardant bien en face. Valérie avale sa salive. En chuchotant, Sophie a demandé : « Tu peux m’acheter un ordinateur portable, un très petit ? » Valérie a levé les yeux vers le plafond. Quelle question…!

Elle a donné à Sophie tout ce qui était nécessaire pour refaire ses pansements. Sophie a fait ça avec beaucoup d’application. Elle semblait très pensive. Elle a relevé la tête et demandé :

— Tu sors toujours avec ta petite pharmacienne ?

Valérie a opiné. Sophie a souri :

— Elle ne peut toujours rien te refuser ?

Peu après, Sophie a baillé, ses yeux se sont mis à pleurer de fatigue. Elle souriait pour s’excuser. Elle n’a pas voulu dormir seule. Avant de s’endormir, elle serre Valérie dans ses bras. Elle veut dire quelque chose mais les mots ne lui viennent pas. Valérie ne dit rien non plus. Elle resserre simplement son étreinte.

Sophie s’est endormie comme une masse. Valérie la tient contre elle. Chaque fois que ses yeux croisent ses pansements, elle a un haut-le-cœur, un frisson la parcourt tout entière. C’est étrange. Depuis plus de dix ans, Valérie aurait donné n’importe quoi pour avoir Sophie ainsi contre elle, dans son lit. « Il faut que ce soit maintenant. Et comme ça… », se dit-elle. Ça lui donne envie de pleurer. Elle sait combien ce désir-là a pesé dans son geste de la serrer dans ses bras lorsqu’elle est apparue.

Il était presque 2 heures du matin lorsque Valérie a été réveillée par la sonnette d’entrée : Sophie avait passé près de deux heures à vérifier que l’immeuble n’était pas surveillé… Quand elle a ouvert la porte, Valérie a immédiatement reconnu l’ombre de Sophie dans la jeune femme qui attendait là, les bras ballants, serrée dans un blouson de vinyle noir. Un visage de droguée, voilà ce qu’a immédiatement pensé Valérie. Parce qu’elle paraissait dix ans de plus que son âge, que ses épaules étaient basses, ses yeux cernés. Son regard disait son désespoir. Valérie a instantanément eu envie de pleurer. Elle l’a serrée dans ses bras.

Maintenant, elle écoute sa respiration lente. Sans remuer, elle tâche de voir son visage mais n’aperçoit que son front. Elle a envie de la retourner, de l’embrasser. Elle sent les larmes monter. Elle écarquille les yeux pour ne pas céder à cette tentation trop facile.

La plus grande partie de la journée, elle a tourné et retourné les éclaircissements, les interprétations, les hypothèses, les signes dont Sophie l’a submergée la nuit précédente, après leurs retrouvailles. Elle a revécu les innombrables coups de fil, les e-mails angoissés que, pendant des mois, Sophie lui a adressés. Tous ces mois où elle a cru que Sophie sombrait dans la folie. Sur la table de nuit de l’autre côté du lit, elle sent la présence de la petite photo d’identité de Sophie qui est sa plus chère possession, son trésor de guerre. Ce n’est pourtant pas grand-chose : le genre de portrait automatique et maladroit, sur fond terne, qui fait sale même neuf, qui vous navre quand il apparaît à la sortie de l’appareil, dont vous vous dites que, pour une carte de transport, « ça n’a pas d’importance », mais que vous recroisez toute l’année en vous désolant de vous trouver si moche. Sur ce cliché, que Sophie a patiemment protégé de multiples couches de ruban adhésif transparent, elle a un visage un peu idiot, un sourire contraint. Le flash de l’appareil, explosif, lui a plaqué sur le visage une teinte blanche, cadavérique. Malgré tous ces défauts, cette petite chose est sans aucun doute l’objet le plus précieux de Sophie. Pour cette photo, elle donnerait sa vie, si ce n’était pas déjà fait…

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