Blood Wedding [Robe de marié]
- Автор: Леметр Пьер
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253120605
- Переводчик: Frank Wynne
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
Valérie imagine Sophie le jour où elle la trouve, elle devine sa stupeur. Elle la voit, hébétée, la tourner et la retourner entre ses doigts. À cet instant, Sophie est trop perturbée pour comprendre : elle a dormi une dizaine d’heures d’affilée, s’est réveillée plus pâteuse que jamais, son crâne est prêt à exploser. Mais cette découverte lui fait un tel effet qu’elle se traîne jusqu’à la salle de bains, se déshabille et monte dans la baignoire, fixe la pomme de douche au-dessus de sa tête puis, après un court instant d’hésitation, brutalement, elle ouvre en grand le robinet d’eau froide. Elle est saisie par la violence du choc, au point que son cri se coince dans sa gorge. Elle manque défaillir, se retient à la cloison en faïence, ses pupilles se dilatent mais elle reste sous le jet, les yeux grands ouverts. Quelques minutes plus tard, emmitouflée dans la robe de chambre de Frantz, elle est assise à la table de la cuisine, elle tient un bol de thé brûlant et fixe la photo qu’elle a posée sur la table, devant elle. Elle a beau retourner les éléments dans tous les sens, la migraine peut lui marteler les tempes, il y a là une impossibilité définitive. Elle a envie de vomir. Sur une feuille de papier, elle a retrouvé des dates, reconstitué des suites logiques, recoupé des événements. Détaillant la photo, elle a observé la coiffure de cette époque, analysé les vêtements qu’elle porte ce jour-là… La conclusion est toujours la même : cette photo est celle qui figurait sur sa carte de transport en 2000, la carte qu’elle conservait dans le sac qu’un motard lui a volé en ouvrant brutalement la portière de sa voiture à un feu rouge, rue du Commerce.
Question : comment peut-elle l’avoir retrouvée dans la doublure d’un sac de voyage de Frantz ? Frantz ne peut pas l’avoir trouvée dans les affaires de Marianne Leblanc, parce que cette photo était perdue depuis plus de trois ans !
Elle cherchait d’anciennes tennis dans le placard de l’entrée, sa main par accident est passée dans la doublure d’un vieux sac de Frantz et elle en est ressortie avec ce cliché de trois centimètres carrés… Elle consulte l’horloge murale de la cuisine. Il est trop tard pour commencer. Demain. Demain.
Dès le lendemain et jour après jour, Sophie retourne l’appartement tout entier de manière parfaitement invisible. Elle a en permanence des écœurements épouvantables : à force de s’obliger, depuis ce jour-là, à vomir les médicaments que Frantz lui donne (celui-ci contre les migraines, celui-là pour favoriser le sommeil, celui-ci encore contre l’anxiété, « ce n’est rien, c’est à base de plantes… »), il arrive à Sophie d’être prise de nausées, elle n’a que le temps de courir jusqu’à la salle de bains ou aux toilettes. Dans son ventre, tout est détraqué. Malgré cela, elle fouille, retourne, explore, examine l’appartement de fond en comble : rien. Rien d’autre que ça, mais c’est déjà si considérable…
La voici ramenée à d’autres questions, bien plus anciennes. Sophie court des heures et des heures, des jours entiers après d’autres réponses qui ne viennent pas. Certaines fois, elle en est littéralement enflammée, comme si la vérité était une source de chaleur et qu’elle ne cessait de s’y brûler les mains, sans parvenir à la voir.
Et d’un coup, elle y arrive. Ce n’est pas une révélation, c’est une intuition, spontanée comme un coup de tonnerre. Elle regarde fixement son téléphone portable posé sur la table du salon. Calmement, elle le saisit, l’ouvre, en retire la batterie. Avec la pointe d’un couteau de cuisine, elle dévisse une seconde plaque et découvre une minuscule puce électronique de couleur orange, fixée avec un autocollant double face qu’elle retire patiemment à l’aide d’une pince à épiler. À la loupe, elle distingue un code, un mot, des chiffres : SERV.0879, puis plus loin : AH68- (REV 2.4).
Quelques minutes plus tard, Google renvoie à un site américain de fournitures électroniques, à la page d’un catalogue et en face de la référence AH68, la codification « GPS Signal ».
— Où étais-tu ? a demandé Frantz, affolé. Quatre heures, tu te rends compte, ne cessait-il de répéter comme s’il n’y croyait pas lui-même.
Quatre heures…
C’est deux jours plus tôt. Juste le temps pour Sophie de quitter la maison, de prendre le car pour faire les dix-huit kilomètres jusqu’à Villefranche, de commander une boisson dans un café, d’aller dissimuler son téléphone portable dans les toilettes avant de sortir et de monter au restaurant panoramique du marché Villiers, qui offre une si belle vue sur la ville, sur la rue, et sur le café devant lequel, moins d’une heure plus tard, Frantz, visiblement prudent mais inquiet, passe deux fois de suite en moto pour tenter d’apercevoir Sophie…
De tout ce que Sophie a raconté à Valérie la nuit dernière, c’est cela qui subsiste : cet homme qu’elle a épousé pour mieux fuir est son tortionnaire. Cet homme contre qui elle se couche toutes les nuits, qui se couche sur elle… Cette fois, les larmes de Valérie ne trouvent plus de barrage et coulent silencieusement dans la chevelure de Sophie.
M. Auverney, revêtu d’une combinaison bleue, les mains protégées par des gants de chantier, est en train de décaper son portail. Depuis deux jours, Frantz note ses faits et gestes, ses déplacements, mais ne disposant d’aucun élément de comparaison, il lui est impossible de savoir s’il y a un quelconque changement dans ses habitudes. Il a observé très attentivement la maison pour guetter le moindre signe de vie en son absence. Rien ne bouge. A priori, l’homme est seul. Frantz l’a suivi dans quelques-uns de ses déplacements. Il conduit une VW spacieuse et assez récente, gris métallisé. Hier, il a fait des courses au supermarché, il est allé prendre de l’essence. Ce matin, il s’est rendu à la poste, il est ensuite resté presque une heure à la préfecture puis il est rentré chez lui après un détour par la jardinerie, où il a acheté des sacs de terreau horticole qu’il n’a d’ailleurs toujours pas déchargés. Le véhicule est garé devant le hangar qui lui sert de garage et qui comprend deux larges portes, dont une seule suffit à laisser passer la voiture. Frantz est contraint de lutter contre l’envahissement par le doute : au bout de deux jours, attendre ainsi semble vain et il a été souvent tenté de changer de stratégie. Mais il a beau retourner la question dans tous les sens : c’est ici et nulle part ailleurs qu’il doit attendre Sophie. Vers 18 heures, Auverney a refermé le bocal de décapant, il est allé se laver les mains au robinet extérieur. Il a ouvert le coffre de sa voiture pour décharger ses sacs de terreau mais devant leur poids, il s’est ravisé. Il a préféré entrer la voiture dans le hangar pour les décharger.
Frantz scrute le ciel. Pour le moment, il est clair et sa position n’est pas menacée.
Lorsque la voiture a été rentrée dans le hangar et que Patrick Auverney en a ouvert le coffre pour la seconde fois, il a regardé sa fille, couchée là en chien de fusil depuis plus de cinq heures, et il s’en est fallu d’un cheveu qu’il ne parle à voix haute. Mais Sophie avait déjà la main tendue vers lui et le regard impératif : il s’est tu. Quand elle a été sortie, elle a fait quelques mouvements d’assouplissement mais déjà elle scrutait le hangar. Puis elle s’est retournée vers son père. Elle l’a toujours trouvé beau. Lui ne pourra pas lui avouer : il l’a trouvée méconnaissable. Amaigrie, épuisée. Elle a des cernes bleus sous ses yeux brillants, comme fiévreux. Son teint est parcheminé. Il est affolé et elle l’a compris. Elle s’est serrée contre lui en fermant les yeux et s’est mise à pleurer en silence. Ils sont restés ainsi une minute ou deux. Puis Sophie s’est séparée de lui, elle a cherché un mouchoir en souriant à travers ses larmes. Il lui a tendu le sien. Elle l’a toujours trouvé fort. Elle a sorti une feuille de papier de la poche arrière de son jean. Son père a sorti ses lunettes de la poche de sa chemise et s’est mis à lire attentivement. Au cours de sa lecture, de temps à autre, il la regarde, effaré. Il regarde aussi son pansement au poignet : ça le rend malade. Il hoche la tête l’air de dire : « Ce n’est pas possible. » À la fin de sa lecture, il fait OK avec son pouce, comme c’est exigé dans le document. Ils se sourient. Il replace ensuite ses lunettes, ajuste sa tenue, respire un grand coup et quitte le hangar pour aller s’installer dans le jardin.