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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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Ce qu’elle voit en premier, c’est Frantz assis près de son lit. Puis, le long de son corps, son bras gauche recouvert de pansements épais. Puis enfin la chambre. Par la fenêtre entre un jour indistinct qui pourrait être un commencement ou une fin de journée. Frantz lui adresse un sourire indulgent. Il lui tient gentiment le bout des doigts, c’est tout ce qui dépasse. Il les caresse mais il ne dit rien. Sophie a la tête terriblement lourde. À côté d’eux, la table roulante avec le plateau-repas.

— Tu as à manger, là…, dit-il.

Voilà ses premiers mots. Pas une question, pas un reproche, pas même une peur. Non, Sophie ne veut rien manger. Il remue la tête comme s’il était embêté à titre personnel. Sophie ferme les yeux. Elle se souvient très bien de tout. Le dimanche, les cigarettes à la fenêtre, le froid dans les os, et son visage de morte dans le miroir de la salle de bains. Sa décision. Partir. Partir absolument. Attirée par le bruit de la porte qui s’ouvre, elle rouvre les yeux. Une infirmière entre. Elle sourit gentiment, contourne le lit et vérifie la perfusion, que Sophie n’avait pas remarquée. Elle pose un pouce expert sous sa mâchoire, quelques secondes lui suffisent pour sourire de nouveau.

— Reposez-vous, dit-elle en sortant, le médecin va passer.

Frantz reste là, il regarde par la fenêtre et cherche une contenance. Sophie dit : « Je suis désolée… » et il ne trouve rien à répondre. Il continue de regarder par la fenêtre et de tripoter l’extrémité de ses doigts. Il y a en lui une force d’inertie étonnante. Elle sent qu’il est là pour toujours.

Le médecin est un petit homme corpulent d’une vivacité surprenante. La cinquantaine sûre de soi, la calvitie rassurante. Il lui suffit d’un regard et d’un court sourire pour que Frantz se sente dans l’obligation de sortir. Le médecin prend la place.

— Je ne vous demande pas comment vous allez. Je me doute. Il va falloir voir quelqu’un, c’est tout.

Il a dit cela d’une traite, le genre de médecin qui va aux faits.

— Nous avons des gens très bien ici. Vous allez pouvoir parler.

Sophie le regarde. Il doit sentir que son esprit est ailleurs, alors il enfonce le clou.

— Pour le reste, c’était spectaculaire mais ça n’était pas…

Il se reprend aussitôt.

— Évidemment, si votre mari n’avait pas été là, à cette heure-ci, vous seriez morte.

Il a choisi le mot le plus fort, le plus violent, pour tester ses capacités de réaction. Elle décide de venir à son secours parce qu’elle sait très bien où elle en est.

— Ça ira.

C’est tout ce qu’elle trouve. Mais c’est vrai. Elle pense que ça ira. Le médecin claque les deux mains sur ses genoux et se lève. Avant de sortir, il désigne la porte et demande :

— Vous voulez que je lui parle ?

Sophie fait signe que non mais cette réponse n’est pas suffisamment claire. Elle dit :

— Non, je vais le faire.

— J’ai eu peur, tu sais…

Frantz sourit maladroitement. C’est l’heure des explications. Sophie n’en a pas. Que pourrait-elle lui dire ? Elle s’oblige à sourire :

— Quand je rentrerai, je t’expliquerai. Mais pas ici…

Frantz fait comme s’il comprenait.

— C’est la partie de ma vie dont je ne t’ai jamais parlé. Je t’expliquerai tout.

— Il y a tant de choses que ça ?

— Il y a des choses, oui. Après, ce sera à toi de voir…

Il fait un signe de tête difficile à interpréter. Sophie ferme les yeux. Elle n’est pas fatiguée, elle a envie d’être seule. Elle a besoin d’information.

— J’ai dormi longtemps ?

— Presque trente-six heures.

— On est où ?

— Les Anciennes Ursulines. C’est la meilleure clinique dans le coin.

— Quelle heure il est ? C’est l’heure des visites ?

— Il est presque midi. Normalement, les visites c’est à partir de 2 heures mais moi, on m’a autorisé à rester.

En temps ordinaire, il aurait ajouté quelque chose du genre « vu les circonstances », mais cette fois il s’en tient aux phrases courtes. Elle sent qu’il prend son élan. Elle le laisse faire.

— Tout ça… (Il désigne vaguement les pansements à ses poignets.) C’est à cause de nous…? Parce que ça marche pas bien, c’est ça ?

Elle pourrait, elle sourirait. Mais elle ne peut pas, elle ne veut pas. Elle doit s’en tenir à sa ligne. Elle recroqueville trois doigts sous les siens.

— Ça n’a rien à voir, je t’assure. Tu es très gentil.

Le mot lui a déplu mais il fait avec. Il est un mari gentil. Que peut-il être d’autre ? Sophie aimerait demander où sont ses affaires mais elle se contente de fermer les yeux. Elle n’a plus besoin de rien.

La pendule du couloir marque 19 h 44. Les visites sont terminées depuis plus d’une demi-heure mais l’établissement n’est pas très à cheval sur son règlement et d’une chambre à l’autre, on entend encore les conversations des visiteurs. L’atmosphère porte quelques odeurs résiduelles des plateaux-repas de la fin de journée, odeur de soupe claire et de chou. Comment ces établissements font-ils pour sentir tous exactement la même chose ? À l’extrémité du couloir, une large fenêtre laisse passer une lumière grise. Quelques minutes plus tôt, Sophie s’est perdue dans l’établissement. Une infirmière du rez-de-chaussée l’a aidée à retrouver sa chambre. Maintenant elle connaît les lieux. Elle a vu la porte qui donne sur le parking. Il lui suffit de passer victorieusement devant le bureau des infirmières de son étage et elle est dehors. Elle a trouvé dans le placard les vêtements de ville que Frantz a dû apporter en prévision de sa sortie. Des choses qui ne vont pas ensemble. Elle attend, l’œil rivé à la fente de sa porte à peine entrouverte sur le couloir. Elle s’appelle Jenny, l’infirmière. C’est une femme mince, ondulante, qui se fait des teintures avec des mèches blondes. Elle sent le camphre. Elle se déplace d’un pas tranquille et ferme. Elle vient de quitter son bureau les mains enfoncées dans les poches de sa blouse. Elle fait ça quand elle va fumer à la porte d’entrée. L’infirmière pousse la porte battante qui conduit aux ascenseurs. Sophie compte jusqu’à cinq, elle ouvre la porte de sa chambre et emprunte à son tour le couloir, passe devant le bureau de Jenny mais juste avant la porte battante, elle tourne court sur sa droite et prend l’escalier. Dans quelques minutes elle sera au parking. Elle serre son sac contre elle. Et commence à se répéter : 6.7.5.3.

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