Blood Wedding [Robe de marié]
- Автор: Леметр Пьер
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253120605
- Переводчик: Frank Wynne
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
Haletante, en nage, Sophie s’est assise sur son lit. Son cri de terreur résonne encore dans la pièce… Assis à côté d’elle, Frantz la regarde, terrifié. Il lui tient les mains.
— Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il.
Son cri s’est étranglé dans sa gorge, elle suffoque, ses poings sont serrés, ses ongles sont entrés profondément dans ses paumes. Frantz prend ses mains dans les siennes et ouvre chaque doigt, un à un, en lui parlant doucement, mais pour elle, à ce moment, toutes les voix sont identiques et même celle de Frantz ressemble à la voix de Vincent. La voix de son rêve. La Voix.
À partir de ce jour, c’en est fini des plaisirs de petite fille. Sophie se concentre, comme aux pires périodes, pour ne pas sombrer. Dans la journée, elle essaie de ne pas dormir. Peur des rêves. Mais parfois rien n’y résiste, le sommeil survient, la submerge. La nuit ou le jour, les morts la visitent. Tantôt Véronique Fabre, le visage ensanglanté et souriant, mortellement blessée mais vivante. Elle lui parle et lui raconte sa mort. Mais ce n’est pas sa voix à elle, c’est la Voix qui lui parle, toujours cette Voix précise, cette Voix qui sait tout, qui connaît le détail de tout, qui connaît toute sa vie. Je vous attends, Sophie, dit Véronique Fabre, depuis que vous m’avez tuée, je sais que vous allez me rejoindre. Dieu, comme vous m’avez fait mal… Vous n’imaginez pas. Je vous raconterai tout ça quand vous m’aurez rejointe. Je sais que vous allez venir… Bientôt, vous aurez envie de venir me rejoindre, de nous rejoindre tous. Vincent, Léo, moi… Nous serons tous là pour vous accueillir…
Dans la journée, Sophie cesse de bouger, elle reste prostrée. Frantz est affolé, il veut appeler un médecin, elle refuse avec violence. Elle se reprend et tente de le rassurer. Mais elle voit bien à son visage qu’il ne comprend pas, que dans cette situation, pour lui, ne pas appeler un médecin est quelque chose d’incompréhensible.
Il rentre de plus en plus tôt. Mais il est trop inquiet. Très vite, il dit :
— J’ai demandé un petit congé. Il me restait des jours…
Il est maintenant avec elle toute la journée. Il regarde la télévision tandis que le sommeil la terrasse. En pleine journée. Elle distingue la nuque rasée de Frantz en découpe sur l’écran du téléviseur et le sommeil la happe. Toujours les mêmes mots, les mêmes morts. Dans ses rêves, le petit Léo lui parle avec la voix d’homme qu’il n’aura jamais. Léo lui parle avec la Voix. Il lui raconte, avec tant de détails, combien le lacet lui a fait mal à la gorge, combien il s’est épuisé à chercher sa respiration, combien il s’est débattu, comme il a tenté de hurler… Et tous les morts reviennent, jour après jour, nuit après nuit. Frantz lui fait des tisanes, des bouillons, insiste toujours pour appeler un médecin. Mais Sophie ne veut voir personne, elle a réussi à disparaître, elle ne veut pas risquer une enquête, elle ne veut pas être folle, elle ne veut pas être internée, elle jure qu’elle va surmonter tout ça. Ces crises lui glacent les mains, son rythme cardiaque fait d’inquiétants va-et-vient. Son corps est gelé mais la transpiration inonde ses vêtements. Elle dort des nuits et des jours. « Ce sont des crises d’angoisse. Ça s’en va comme ça vient », risque-t-elle, rassurante. Frantz sourit mais il est sceptique.
Une fois, elle part. À peine quelques heures.
— Quatre heures ! a dit Frantz comme s’il annonçait un record sportif. J’étais affolé. Tu étais où ?
Il lui prend les mains. Il est réellement inquiet.
— Je suis revenue, a dit Sophie comme si c’était la réponse attendue.
Frantz veut comprendre, cette disparition l’a rendu nerveux. C’est un esprit simple mais rationnel. Ce qu’il ne comprend pas le rend dingue.
— Qu’est-ce que je vais faire si tu commences à partir comme ça ! Je veux dire… pour te retrouver !
Elle dit qu’elle ne se souvient pas. Il insiste :
— Quatre heures, c’est pas possible que tu ne te souviennes pas !
Sophie roule des yeux étranges, translucides.
— Dans un café, lâche-t-elle comme si elle se parlait à elle-même.
— Un café… Tu étais dans un café… Quel café ? demande Frantz.
Elle le regarde, elle est perdue.
— Je ne suis pas sûre.
Sophie s’est mise à pleurer. Frantz l’a serrée contre lui. Elle s’est lovée dans ses bras. C’était en avril. Que voulait-elle ? En finir peut-être. Pourtant la voici revenue. Se souvient-elle de ce qu’elle a fait durant ces quatre heures ? Que peut-on bien faire en quatre heures…?