Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
— Deux heures ? » l’interpella une jeune femme. Suarez décela dans son intonation une panique retenue, grandissante.
« Et encore, j’ai eu bien de la chance, poursuivit la plus âgée. D’autres… »
Elle ferait mieux de la fermer.
« Ça va repartir bientôt », dit Suarez à la jeune femme pour la calmer. Il n’était pas aisé pour tout le monde de rester dans le noir complet, dans un espace confiné avec de nombreuses personnes. D’autant plus lorsqu’on pensait que ça pouvait durer ainsi plusieurs heures. Il la comprenait très bien. Et il n’aimait pas les oiseaux de mauvais augure, particulièrement dans une telle situation. « Il ne peut rien nous arriver. »
À ses côtés, un adolescent pianotait sur son téléphone.
« O.K. Ça marche pas non plus.
— Qu’est-ce qu’on va faire, si ça reste comme ça ? questionna un homme, son cartable sous le bras.
— Quoi comme ça ? répondit une femme. Pas de lumière, pas de métro.
— Ça, je peux bien vous le dire, s’immisça de nouveau la vieille dame. Attendre. Attendre et se les geler. »
Suarez aurait aimé lui en coller une pour la faire taire. Mais ça aurait été comme gifler sa propre mère.
« Et si ça nous avait atteint à notre tour ? demanda une dame emmitouflée dans un manteau de fourrure artificielle. Comme en Europe ? »
La jeune femme, prise de panique, commença à gémir, puis à crier. Suarez se crispa, il réalisa que la panique de cette passagère déteignait sur lui et les autres voyageurs. Il dut se dominer pour ne pas lui crier après, essaya plutôt de la calmer, mettant sa main sur ses épaules, voulant la serrer dans ses bras.
Elle le frappa, devint plus hystérique encore.
« Laissez-moi ! Je veux sortir ! »
« Entrez », lança l’un des hommes.
Une fois Manzano parti, les policiers affectés à sa surveillance étaient sur le point de regagner Europol.
« Deux choses, commença l’un des fonctionnaires. Premièrement : la journaliste a décampé tout de suite après le départ de Manzano. Où elle est, on n’en sait rien.
— Probablement à ses trousses, dit Bollard. Il lui rapportera bien un reportage.
— Et ça. Nous venons de le découvrir. Il a dû envoyer le mail peu avant de partir. »
Sur l’écran du fonctionnaire, Bollard vit un message en mauvais anglais : Talaefer. Chercher un bug. Trouveront rien. Je te tiens au jus.
Je le savais bien ! pensa Bollard, triomphal.
« C’est adressé à qui ?
— À une adresse russe. [email protected]. On sait rien de plus. »
Il prit le téléphone pour appeler son chef. Il fallut peu de temps pour que son assistant soit convaincu de l’urgence de l’appel et le mette en relation. En quelques mots, il expliqua de quoi il retournait. Bollard s’attendait à une telle réponse de son supérieur.
« On ne peut plus courir aucun risque. Informez-en ce policier de la criminelle, chez Talaefer. Comment s’appelle-t-il, déjà ?
— Hartlandt.
— C’est ça. Ils doivent arrêter l’Italien. Et voir ce qu’ils en tirent. La CIA se fera probablement une grande joie de vous aider.
— Pourquoi la CIA ?
— Vous n’êtes pas encore au courant ?
— De quoi ? »
« Les États-Unis ? »
Un long moment, la situation room du ministère de l’Intérieur se figea. Comme pétrifiés, tous regardaient le peu d’écrans qui restaient et le secrétaire d’État. Les horloges indiquaient quatorze heures passées de peu.
« Comme chez nous ? » interrogea quelqu’un.
Rhess acquiesça. Il tenait le combiné du téléphone contre son oreille et ne cessait d’opiner du chef.
Le regard de Michelsen faisait des allers-retours entre les téléviseurs et le secrétaire d’État.
« Si c’est vrai, chuchota-t-elle à sa voisine, nous l’avons vraiment profond. Pardonne-moi l’expression. »
Rhess raccrocha.
« Le ministère des Affaires étrangères confirme que de grandes parties du réseau électrique américain sont tombées.
— Ce n’est pas un hasard, observa quelqu’un. Une petite semaine après l’Europe.
— On ne peut plus compter sur leur aide, déplora Michelsen.
— Le monde occidental est sous le feu, constata Rhess. Le commandement en chef de l’OTAN tient à l’instant même une réunion d’urgence.
— Ils ne croient tout de même pas que ce sont les Russes ou les Chinois ?
— Toutes les possibilités doivent être considérées.
— Le ciel soit avec nous », murmura Michelsen.
Il avait été encore plus facile de faire tomber les réseaux américains que les européens, parce qu’ils étaient moins bien sécurisés et liés plus étroitement à Internet. Pourtant, quelques membres de ses troupes n’avaient pas souhaité que l’attaque ait lieu plus tôt. Ils auraient mieux fait de s’en prendre simultanément aux deux continents. Mais c’était bien comme ça. Mieux, peut-être. Voilà presque une semaine que le monde entier se demandait qui se trouvait derrière les attaques en Europe. S’en être pris aux États-Unis alimenterait de nouvelles rumeurs. Les militaires s’investiraient plus intensivement encore, sans l’ombre d’un doute. Une attaque d’une telle ampleur ne pouvait émaner que d’un État. On évoquait les noms de certains : Iran, Corée du Nord, Chine, Russie. Bien sûr, ils démentiraient tous. C’était si simple. Personne ne pouvait remonter la piste jusqu’aux commanditaires. Il leur était bien trop facile de se fondre dans le réseau global. Les conjectures iraient bon train. Et les enquêteurs de la police, de l’armée, des services de renseignement devaient suivre un nombre infini de nouvelles pistes, d’indices, de directions, disperser leurs ressources, s’affaiblir. Guerre ? Terreur ? Criminalité ? Un peu de tout ? L’effet psychologique était encore plus dévastateur. Le dernier supermarché du monde, déjà frappé de plein fouet par la crise économique, n’était pas parvenu à se défendre. Comparés à ces attaques, Pearl Harbour et le 11-Septembre à New York et Washington faisaient figure de piqûres d’insectes. Sous peu, la population américaine réaliserait que cette fois elle ne pourrait se contenter de déployer ses G.I. Joe dans une quelconque contrée lointaine. Parce qu’elle ignorait d’où venaient les coups. Et elle prendrait toute la mesure de son impuissance. Impuissant son gouvernement, impuissantes ses forces, impuissants ses décideurs et ses riches, ses soi-disant élites, son système tout entier. Système au sein duquel, depuis longtemps, les citoyens ne se sentaient plus bien, encore moins en sécurité, mais qu’ils préféraient tout de même à l’inconnu. La population comprendrait qu’elle avait été abandonnée. Depuis bien longtemps déjà. Qu’une nouvelle ère historique était apparue, où elle devrait délimiter ses propres territoires.
Au début de son voyage, Manzano avait tenté d’écouter la radio, en vain ; des enceintes ne sortait qu’un grésillement. Il avait alors poursuivi en silence. Ce qui n’était pas si mal, après l’agitation de ces derniers jours.
Le système de navigation le conduisit de la sortie d’autoroute, à travers un lotissement de maisons individuelles en périphérie de la ville, jusqu’à un immeuble de béton et de verre haut de cinq étages. Sur la façade trônait « Talaefer AG ». Manzano se gara sur une place réservée aux visiteurs. Il ne prit que son ordinateur portable, laissant dans la voiture ses autres bagages. À l’accueil, il demanda Jürgen Hartlandt. Deux minutes plus tard, un homme athlétique de son âge le saluait. Il portait un épais pull marin à col roulé et un jean. Ses yeux bleu clair le jaugèrent en un quart de seconde. Il était accompagné de deux hommes plus jeunes, les cheveux courts, aussi costauds que lui, également dans une tenue décontractée.