Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
— Voire rien », compléta Wickley.
Sixième jour — jeudi
Hartlandt se réveilla avant l’aube. Il se glissa lentement hors de son sac de couchage, s’habilla et expédia sa toilette dans une des douches d’appoint. Il ne dut renoncer qu’à se raser.
Ils avaient cadenassé leur campement provisoire, seuls lui et ses hommes y avaient accès. Ils y avaient installé leurs ordinateurs, leurs serveurs et un terminal radio TETRA au moyen duquel ils pouvaient transmettre des données.
En plus de ses fonctions opérationnelles chez Talaefer, Hartlandt était encore en charge des investigations concernant les attaques menées contre les producteurs et les fournisseurs d’énergie. Il alluma son ordinateur portable et examina les dernières données reçues. Berlin avait envoyé de nouveaux éléments : il s’agissait de l’analyse des incendies dans les postes de distribution et de transformation. L’origine de quatre des six incendies était très probablement criminelle. La liste n’était pas longue : Osterrönfeld samedi, Güstrow dimanche, Cloppenburg mardi, Minden la veille au soir.
Hartlandt consulta sa carte interactive d’Allemagne, où il avait fait figurer tous les accidents rapportés jusqu’alors, comme sur la grande carte murale de Berlin. Les lieux concernés étaient répartis dans tout le nord de l’Allemagne.
Son collègue Pohlen, un géant blond, marchait d’un pas maladroit et endormi dans la pièce.
« Regarde-moi ça, lui lança Hartlandt. On a déclenché des incendies dans quatre des postes.
— Répartis dans tout le nord de l’Allemagne, remarqua Pohlen. Ont-ils toute une armée de saboteurs ? »
Hartlandt fit disparaître les points.
« Les feux ne sont pas partis en même temps, mais les uns après les autres, commenta-t-il en rallumant un à un les points.
— D’abord au nord, puis à l’est, et ensuite à l’ouest, constata Pohlen. Ça ne fait aucun sens.
— À croire que quelqu’un parcourt le pays et met le feu aux installations. Mais il y a encore quelque chose. On a découvert quatre pylônes électriques détruits à l’explosif. »
Il entra les coordonnées des différents lieux dans son système.
« Malheureusement, les équipes dépêchées sur place n’ont pu précisément établir l’instant des explosions, mais… » Il buta après avoir marqué tous les points sur la carte. Hartlandt relia les lieux des trois incendies d’une ligne allant de Lübeck à Güstrow à l’est, puis repartant vers Cloppenburg à l’ouest.
« Deux des pylônes détruits se situent à proximité de la ligne Güstrow-Cloppenburg. Comme si quelqu’un se baladait par là-bas et sabotait systématiquement les installations stratégiques importantes.
— Alors il faut sur-le-champ sécuriser les ouvrages restants ! s’écria Pohlen.
— Oublie. Rien que pour le réseau à haute tension, ça en fait des centaines. Nous ne pouvons pas les faire tous surveiller, la police et l’armée sont déjà à bout. Il prit la radio. Voyons ce qu’ils en disent à Berlin. »
« Nous avons discuté de votre théorie, fit Bollard à Manzano. Celle concernant les systèmes SCADA de Talaefer. Dans le cadre d’une procédure d’entraide, les autorités allemandes sont sur le coup. Nous ne pouvons y envoyer nos propres hommes, chacun est nécessaire ici. »
Il se pencha en avant et appuya ses coudes sur son bureau. « Alors, franchement et honnêtement : est-ce que vous auriez envie de vous rendre dans une ville du nom de Ratingen, vers Düsseldorf, et d’y mettre en œuvre vos connaissances ? »
Manzano, surpris, fronça les sourcils.
« Je ne suis pas un spécialiste de SCADA. »
Bollard lui adressa un sourire ironique.
« Je crois beaucoup des choses que vous me dites. Même vos théories. Mais pas ça. Et même si c’était vrai, vous êtes capable de reconnaître des erreurs dans des systèmes. C’est de ça qu’il s’agit. Vous feriez bien de télécharger les rapports, ils se trouvent sur notre réseau. Je ne peux pas vous garantir qu’il y a à Ratingen des hôtels avec de l’eau chaude et des sanitaires qui fonctionnent.
— Vous avez l’art de me faire envie.
— Pour cette mission, vous aurez une voiture à disposition. Concernant les frais, nous allons certainement nous entendre. Mais ne dites rien à votre copine.
— Ce n’est pas ma copine.
— Oui, oui. Vous conduisez ? »
« Dès maintenant, tu as la chambre pour toi seule », dit Manzano en faisant ses bagages. Shannon revenait à l’instant d’un tour en ville au cours duquel elle avait réalisé quelques brefs reportages.
« Tu pars ? Tu vas où ?
— Peu importe. »
Elle entendit la chasse d’eau dans la salle de bain, puis l’eau couler. Bollard sortit.
« Ah ! Voici notre journaliste star ! dit-il d’un ton ironique. Est-ce que vous pourriez nous laisser seuls un instant ? »
Shannon hésita. Après tout, c’était aussi sa chambre. Enfin, pas vraiment. Elle déposa sa caméra sur le bureau, quitta la pièce, ferma la porte et y colla l’oreille. Elle ne comprit que des bribes de mots qui ne lui apprirent rien. Puis, enfin, une phrase entière.
« À supposer que les Allemands aient une connexion Internet qui fonctionne », dit Manzano.
C’est donc en Allemagne qu’il se rend. Shannon réfléchit à toute vitesse.
« On peut dire ce qu’on veut des Allemands, mais ils sont organisés, répondit Bollard. L’Office fédéral de police criminel chez Talaefer a probablement ce qu’il faut. Voici les clefs de votre voiture. Elle est dans le garage de l’hôtel, une Audi A4 noire immatriculée aux Pays-Bas. Le réservoir est plein. Avec ça, rejoindre Ratingen est un jeu d’enfant. Tout comme en revenir. »
Shannon entendit des pas, et, sur la pointe des pieds, elle alla deux portes plus loin. Elle s’appuya sur le mur, croisa les bras, comme si elle attendait ainsi depuis une éternité.
Bollard lui adressa un signe de la tête en passant.
Elle retourna dans la chambre. Manzano était debout, avec valise et sacoche d’ordinateur, prêt à partir.
« J’ai été ravi de faire ta connaissance, dit-il. J’espère que nous nous reverrons, une fois que toute cette histoire sera passée. Peut-être un jour feras-tu un reportage à Milan. Tu as mon adresse. »
Shannon attendit jusqu’à ce que la porte se soit refermée sur lui. Puis elle entreprit à la hâte de mettre ses effets dans son sac marin.
Des gens s’entassaient autour de Tommy Suarez dans la ligne A du métro en direction de Brooklyn — époussetant la neige de leurs vêtements fumants, téléphonant, lisant, regardant dans le vide, lorsque subitement la lumière s’éteignit.
Le crissement des freins se confondit avec les cris des passagers. Des corps étrangers le percutèrent, le poteau lui meurtrit le poignet, puis, sous l’effet de la douleur due aux coups dans les côtes, le dos et les jambes, il se sentit comme dans le tambour d’une machine à laver en plein essorage. Après un soubresaut, le métro stoppa. Le temps d’une respiration, le wagon fut silencieux, puis les passagers commencèrent à crier sauvagement. Suarez n’avait aucune idée de la distance qui les séparait de la prochaine station. Espérons que personne n’a sauté sous le train, pensa-t-il. Les discussions autour de lui devinrent plus animées. Il regarda l’heure. Sept heures moins le quart. Pourquoi le conducteur ne faisait-il aucune annonce ?
« Super ! cria une dame d’un certain âge. Espérons que ce n’est pas encore une coupure de courant ! Lors de celle de 2003, je suis restée coincée deux heures dans une merde pareille !