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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Connaissiez-vous l’identité des participants ? demanda Pichot.

— Vous voulez parler de Victor et de Gérard ? Oui, j’étais au courant mais je m’en moquais. J’avais depuis longtemps dépassé le stade de la jalousie. Nadine était cruelle avec eux. Ils étaient souvent les « cons » de la soirée, particulièrement Victor. Quant aux autres invités, je préférais ne pas connaître leurs noms, tout ça me dégoûtait tellement.

Bérangère, qui n’en pouvait plus, demanda, criant presque :

— Et l’enfant ? Qu’est devenu l’enfant ?

— Il est né dans la propriété, en secret.

— Où est-il à présent ?

— Je ne sais pas. Nadine l’ignorait également. Ils l’ont donné en exigeant des parents adoptifs qu’ils disparaissent de la circulation à tout jamais. Il n’y a aucune trace. Le père Pascoli avait tout arrangé avant la naissance. Il avait dégoté une famille qui souffrait de ne pas avoir d’enfant. Ils ont conclu un arrangement, contre une coquette somme, je suppose. Le jour de la naissance, Nadine n’a pas vu le bébé. Ils le lui ont enlevé tout de suite et les parents adoptifs ont fait une déclaration à la mairie le jour même, comme si la naissance avait eu lieu chez eux. La mère adoptive portait des coussins sous ses vêtements depuis quelques mois, ça faisait partie du scénario. Nadine n’était peut-être pas en mesure de s’occuper d’un gamin, c’était une petite fille fragile, mais de là à lui voler son enfant… Elle n’a jamais été très équilibrée par la suite.

— Vous connaissez le sexe de l’enfant ?

— C’était un petit garçon. Il doit avoir une trentaine d’années aujourd’hui.

— N’avez-vous jamais été tenté de le retrouver ?

— J’en ai souvent rêvé, au cours de ma vie, mais je n’ai jamais eu le courage de faire ce qu’il fallait, je suis trop lâche.

L’atmosphère devenait de plus en plus tendue. Ughetti remercia Lavigne pour son récit et exposa la situation :

— Je vais être franc avec vous, nous nous demandons si cet enfant, enfin cet homme à présent, n’aurait pas cherché à punir ses véritables parents…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase, Lavigne le coupa net :

— Impossible. Il ignore qui nous sommes, ça faisait partie du contrat entre les parents adoptifs et le père Pascoli.

— Ça reste à prouver, cher monsieur. Autre chose, vos amis ont épousé le même comportement que vous, en tronquant une partie de la réalité, en abusant du mensonge par omission, condamnable aux yeux de la justice, comme vous le savez sûrement. Étiez-vous tous de mèche ?

Le libraire sourit.

— Les vieux amis, commissaire, c’est comme les vieux couples, ça se comprend à mi-mot. Nous ne sommes convenus de rien, je vous le garantis.

Ughetti fit la moue puis demanda à brûle-pourpoint :

— Un proche pourrait-il vous héberger quelque temps ?

— Je ne comprends pas très bien où vous voulez en venir, mais je peux toujours demander à Victor, François ou Gérard.

— Non, quelqu’un d’autre. J’aimerais mieux qu’ils ne soient pas au courant. Tout cela doit rester entre nous.

— Je pourrais peut-être aller chez mon assistant, Yann Morlaix, si ça ne dure pas trop longtemps. Yann est comme un fils pour moi.

— Vous n’avez pas une autre idée ? Votre assistant ne doit rien savoir non plus. De toute façon ce ne sera pas très long.

— Un ami libraire m’a laissé les clés de son appartement, boulevard Saint-Germain, pendant qu’il séjourne en province une quinzaine de jours. J’y passe de temps en temps pour nourrir ses perruches et prendre le courrier. Je peux lui demander s’il verrait un inconvénient à…

Le commissaire l’interrompit :

— Parfait. Nous préférons vous mettre à l’abri le temps de découvrir qui vous veut du mal. Vous pourrez téléphoner de mon bureau pour vous organiser. Le lieutenant Fernandez va vous accompagner dans vos démarches. Elle sera votre ange gardien pendant toute la durée de votre isolement. Dites à votre assistant que vous vous absentez quelques jours sans fournir plus de détails. Peut-il s’occuper de la librairie seul ?

— Oh ! Yann connaît la librairie mieux que personne, j’allais dire mieux que moi-même. J’ai entièrement confiance en lui. Croyez-vous que ce remue-ménage soit vraiment nécessaire ?

Ughetti s’adressa à Escoffier :

— Damien, prenez des dispositions pour sécuriser les lieux, il faudrait un planton en bas de l’immeuble et un homme dans l’escalier, si possible en civil.

En quelques minutes, le plan de la brigade fut mis sur pied. L’ami de Lavigne, sans connaître la vraie raison, accepta volontiers de prêter son appartement, Bérangère organisa les questions de logistique : elle informa le commissariat du boulevard Saint-Germain, confia ses dossiers à un collègue, s’arrangea avec un brigadier afin qu’il lui livrât des vivres quotidiennement. De son côté, Yann Morlaix ne vit aucun inconvénient à prendre les rênes du Point-Virgule en l’absence du propriétaire : « C’est un exercice que je pratique depuis longtemps » déclara-t-il aux enquêteurs, l’air pincé.

Damien et Bérangère éprouvèrent le besoin impérieux de s’isoler quelques instants avant de se quitter. Ils s’enfermèrent dans un bureau, se regardèrent et s’enlacèrent tendrement, s’abandonnant à leur étreinte, libérant la tendresse refoulée et une sensualité trop longtemps retenue. Une vague de joie intense les submergea, que l’idée d’une séparation, même courte, intensifiait. Damien sentit son cœur s’épanouir, se réchauffer lentement au contact de ce corps souple, discrètement parfumé.

— Que comptes-tu faire maintenant ? demanda-t-elle en lui passant la main dans les cheveux.

— Je vais me balader à Montmartre, je n’en ai pas terminé avec nos Bobos, plaisanta-t-il.

34

Flottant dans son duffle-coat trop grand pour lui, Escoffier traînait autour du Point- Virgule depuis plus d’une heure. Il restait persuadé que Yann Morlaix l’avait observé, derrière la vitrine, mais qu’il faisait semblant de ne pas l’avoir vu. La nuit tombait rapidement en cette saison, les piétons allaient d’un pas vif, pressés de rentrer dans leurs foyers. Le policier était venu constater les dégâts causés par l’acte de vandalisme sur la librairie. Les points d’impact laissaient à penser que le vandale avait utilisé une batte de base-ball. Probablement dérangé au cours de sa manœuvre, il n’avait pas pénétré à l’intérieur du commerce.

Escoffier entra et se dirigea vers la caisse tenue par Nguyen, l’ex-correcteur de Nadine Pascoli.

— Vous avez trouvé un nouveau travail à ce que je vois ?

— Je suis venu donner un coup de main, Yann ne peut pas tout faire, répondit l’Eurasien, embarrassé.

— En somme, c’est une affaire de famille.

L’apprenti caissier sourit gauchement.

— Yann est dans les comptes, vous le trouverez au sous-sol.

Quelques clients tournaient autour des tables de présentation où les meilleures ventes du mois étaient exposées. Une habituée vint chercher sa commande et repartit aussi sec, un paquet sous le bras. Escoffier descendit l’escalier en colimaçon et trouva Yann Morlaix penché au-dessus de bons de commande éparpillés sur le bureau. Il se leva à l’entrée du policier et lui lança un regard franc. Ses traits, jeunes et réguliers, n’étaient pas dénués d’une certaine beauté. Derrière lui, la mystérieuse statuette honnie par Victor Lebrognec trônait fièrement sur une tablette, scrutant les deux hommes de son regard énigmatique. L’officier de police engagea tout de suite la conversation en montrant l’objet :

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