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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Son propriétaire n’est toujours pas venu la chercher ?

— Non, M. Lavigne ne m’a donné aucune consigne à son sujet, quant à M. Lebrognec, il n’a pas l’air de s’en soucier, il ne veut plus voir cet objet chez lui, c’est tout ce qui lui importe.

— Cet objet d’art est troublant, n’est-ce pas ?

— Je ne suis pas sensible à son esthétique et peu enclin à ce genre de superstition.

Escoffier ne répondant pas, l’assistant railla :

— Si je devais m’intéresser à une magie quelconque, mes origines bretonnes m’inclineraient davantage à étudier les pratiques druidiques.

— Il n’est pas impossible que cette statuette soit encore chargée de maléfices.

Yann Morlaix haussa les épaules en réponse.

— J’ai dernièrement assisté à un rituel vaudou, c’est tout à fait surprenant, je vous assure, insista l’officier de police. Nous nageons dans l’irrationnel depuis quelques semaines.

— Tout cela n’est pas sérieux, capitaine Escoffier.

— Je suis venu me rendre compte par moi-même des dégâts matériels, mais nous pouvons bien bavarder un peu. Vos rapports avec votre employeur, M. Lavigne, sont très bons, n’est-ce pas ?

— Ils ont toujours été excellents.

— N’est-ce pas une grosse responsabilité, la gestion d’une librairie de l’importance du Point-Virgule ?

— Si, mais je connais bien mon travail et j’aime ce que je fais.

— Tout le monde vous encense dans l’entourage de Thibault Lavigne, le saviez-vous ?

— Non, je l’ignorais.

— Et son ex ?

— Que voulez-vous dire ?

— Quels étaient vos rapports avec Nadine Pascoli.

Yann se raidit imperceptiblement avant de répondre.

— Ils se réduisaient au minimum. Mme Pascoli était un peu jalouse de mes relations avec son ex-mari, elle ne m’adressait que rarement la parole, mais je m’en moquais.

— Venait-elle souvent ici ?

— Oui, régulièrement.

— Que se disaient-ils ?

— Je n’en sais rien, j’étais très occupé et puis ils s’enfermaient dans le bureau pour discuter de leurs affaires. Mme Pascoli avait beaucoup de problèmes et M. Lavigne en souffrait, il restait longtemps soucieux après son passage.

— Aurait-il eu de bonnes raisons de la tuer ?

Morlaix prit un air offusqué.

— Vous allez trop loin. M. Lavigne est incapable de faire du mal à une mouche.

— Oh ! vous savez, dans notre métier, s’il y a une chose dont il faut se méfier absolument, c’est bien des préjugés. Tenez, dans l’affaire qui nous occupe, tous les protagonistes ont des alibis solides, pourtant, il n’est pas idiot de penser que l’un d’eux soit coupable. Les apparences, vous savez… Vous, par exemple, potentiellement, vous n’êtes pas mal placé.

L’assistant sourit.

— Je goûte assez peu votre humour au deuxième degré, capitaine.

— Yann, parlons sérieusement, avez-vous des doutes sur une personne en particulier ?

— Désolé, mais je suis comme vous, j’y perds mon latin.

Escoffier pointa le fétiche à clous du doigt :

— Si j’étais à votre place, je mettrais cette pièce en lieu sûr, elle peut valoir une petite fortune.

— Vous avez raison, je vais la mettre au coffre.

L’entretien décousu et les manières désinvoltes du policier laissaient Morlaix froid, il ne manifestait aucun signe d’impatience.

— Puisque je suis ici, fit Escoffier, voulez-vous me rappeler votre emploi du temps, le soir de Noël ?

— Comme je l’ai amplement expliqué à vos collègues, j’ai quitté la librairie vers 17 heures, en accord avec M. Lavigne. Je suis rentré chez moi, porte des Lilas. Nous avons réveillonné chez les parents de ma compagne, Lisa, à Nogent-sur-Marne, avec notre petite fille.

— Oui, je m’en souviens à présent.

En tournant dans la pièce, Escoffier remarqua des plans superposés sur une planche d’architecte.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une marotte. Des cartes représentant les souterrains de Montmartre au XIXe siècle, avant l’annexion de 1860, à l’époque où l’on exploitait encore le plâtre des carrières pour construire Paris.

— Vous vous intéressez aux carrières ?

— Oui, je rédige une Histoire de Montmartre et la géologie de la butte occupe tout un chapitre. Elle a considérablement influé sur la vie alentour. Parler de Montmartre sans évoquer son souterrain serait tronquer une partie de son histoire. C’était devenu un vrai gruyère au temps de l’exploitation du gypse, il n’était pas rare de voir les gens tomber dans un trou au coin d’une rue. Pas loin d’ici, rue Tourlaque, une passante a été aspirée sous terre, en 1909, bien après la fermeture des carrières.

Escoffier souleva une à une les planches représentant les galeries souterraines de la ville entière.

— Existe-t-il encore un accès à ces anciennes carrières ?

— Tout a été bouché autour de Montmartre, mais des galeries subsistent dans le sud de Paris. L’Inspection des carrières les a recensées sur ces plans, mais la plupart ne sont pas mentionnées, pour des raisons de sécurité.

— Vous donnez l’impression de bien connaître votre sujet.

— Le sous-sol parisien est aussi intéressant que sa surface. Il n’y a pas que les catacombes et le tunnel du métro sous le pavé, vous seriez surpris par la variété des activités humaines sous le macadam. Les carrières de Montmartre servaient de cachette aux contrebandiers ; à l’époque du mur des Fermiers généraux et de l’octroi, elles ont abrité les insurgés de 1848, puis ceux de la Commune plus tard. J’aborde ces différents sujets dans la monographie que je prépare.

Bien que le ton de la conversation fût amical et le sujet passionnant, Escoffier éprouvait un sentiment de gêne qu’il attribua au manque d’aération de la pièce, le bureau du libraire ne possédant pas d’ouverture, étant éclairé seulement à l’électricité. Au moment où il prenait congé, Damien Escoffier vit un homme entrer dans la boutique, un baluchon sur l’épaule, et sentant la frite. C’était Lulu qui rendait visite à son copain libraire. Le SDF jeta son barda devant la caisse, sous les yeux étonnés d’un touriste campé devant le tourniquet des cartes postales.

— Il est où le libraire ? cria Lulu à la cantonade.

— Désolé, M. Lavigne s’est absenté quelques jours, fit l’assistant poliment.

— C’est con, parce que j'viens d’me rappeler qu’il avait mis une boutanche de côté pour ma pomme. J’suis pas en fonds en ce moment, ça m’aurait bien arrangé.

Joignant le geste à la parole, Lulu retourna les poches de son pantalon.

— Repassez dans quelques jours, vous verrez ça directement avec lui.

— Mince alors, c’est pas d’veine !

Puis, fixant Yann Morlaix, le SDF s’écria :

— Dis donc, j’te r’connais toi, mon pote, t’étais pas au foyer d’la rue Gambetta dans l’temps ? J’me disais bien aussi qu’ta tête me disait quelque chose. Ben, mon vieux, t’as eu une sacrée promotion !

— Vous faites erreur, dit Morlaix gardant son calme, je n’ai jamais mis les pieds dans un foyer, ni à Gambetta, ni ailleurs.

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