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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Accident ou pas, Louis de Funès ne rechigne pas à signer ce contrat, d’autant qu’il n’est pour l’instant guère sollicité. Il a besoin d’argent non parce qu’il en manque, mais parce qu’il veut faire un formidable cadeau à Jeanne. Il a en mémoire une promesse faite lorsqu’ils étaient jeunes mariés et sans un sou vaillant. Louis avait dit, un jour, que s’il devenait riche, il lui offrirait l’occasion de pouvoir de nouveau admirer de ses fenêtres les beautés du parc Monceau comme « quand tu étais petite et que tu habitais dans l’hôtel particulier de ta famille » Louis imagine déjà Jeanne se lever dès potron-minet et se délecter de la magnificence des arbres de Judée, des érables sycomores, des micocouliers de Provence, des féviers d’Amérique, du cerisier du Japon annonçant le printemps avec ses premières fleurs… Louis la voit déjà aller se reposer dans le pavillon de Chartres. Et, un lundi après-midi de relâche, Louis entraîne Jeanne dans les allées du parc Monceau, histoire de contempler les statues de Chopin, de Gounod, de Musset ou du dramaturge Édouard Pailleron. Puis, s’arrêtant devant l’hôtel particulier des Maupassant transformé en immeuble de bureaux, Louis glisse à l’oreille de Jeanne, comme le raconte Patrick de Funès : « “On est quand même bien, rue de Rome ! — Je ne serai heureuse que lorsque j’aurai cette vue-là !” lui rétorqua ma mère sur le ton de la plaisanterie, en lui montrant les arbres du parc. L’air de rien, mon père lui fit remonter l’allée, et cinquante mètres plus loin il s’arrêta devant un immeuble cossu. Il pointa son doigt vers un grand balcon : “Eh bien, tu l’as, ta vue ! Je t’offre cet appartement.”[218] » Et Louis de Funès engage sans tarder les démarches nécessaires pour acquérir cet appartement au 45, rue Monceau. Un nouveau cadre de vie immédiatement truffé d’alarmes !

En cette fin d’année 1962, Louis a toutes les raisons de se considérer comme un homme heureux. Il triomphe au théâtre. Il a désormais les moyens de pouvoir se payer le luxe d’aménager à grands frais son vaste appartement. Il a la satisfaction de savoir Patrick décidé à faire des études de médecine après avoir renoncé à tenter le concours d’entrée à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort en raison de sa « faiblesse chronique en mathématiques[219] ». Il vient donc de signer son contrat avec Alain Poiré pour être de Carambolages. Une signature arrachée aux forceps car « Louis était méfiant, horriblement méfiant. […] Louis, lorsque tout était prêt, révisé, rediscuté, n’arrivait pas pour autant à apposer sa signature, raconte Alain Poiré[220]. Une fois, à force d’attendre un contrat, j’avais tellement remis un voyage important qu’il me fallait absolument partir. Je le lui ai dit. J’ai déclenché une sorte d’affolement, on aurait dit qu’il allait me perdre pour toujours. Alors, chaque fois que notre contrat était là, tout fignolé, à traînasser sur mon bureau sans que je puisse obtenir une signature, je m’octroyais deux jours de ski et j’annonçais à Louis mon départ immédiat. Il s’empressait de sortir son stylo  ». Tout semble donc aller pour le mieux, et pourtant Louis demeure inquiet.

Aucun des films qu’il vient de tourner ne lui a permis de rêver à un avenir plus radieux. Le Gentleman d’Epsom est un demi-échec. La Vendetta sombre rapidement dans l’oubli. Quant à Nous irons à Deauville, sorti pour les fêtes de Noël, il pâtit lourdement du succès de Blanche-Neige et les Sept Nains de Walt Disney. Décidément, Louis commence à se demander quand les producteurs finiront par admettre qu’il vaut mieux que ces rôles secondaires, et quand les spectateurs se rueront dans les salles obscures à la seule évocation de son nom. Dans quelques semaines, il va fêter son quarante-neuvième anniversaire et ses presque vingt ans de carrière pendant lesquels il n’a cessé de progresser en gravissant un à un les échelons. Il n’est pas homme à se décourager, loin de là. Il a le soutien sans faille de Jeanne, mais il commence, tout de même, à trouver le temps long. Il a déjà tourné dans une bonne centaine de films où il a su montrer son sens de l’invention en se métamorphosant au fil des rôles le conduisant à occuper des emplois situés de plus en plus haut dans l’échelle sociale. De simple liftier, il sera bientôt avec Bluwal chef d’entreprise, après être passé par le statut de braconnier, de chauffeur de taxi, de cuisinier, d’éclusier, de jardinier, de garde champêtre, de greffier, de comptable, de guide touristique, d’employé de banque… À chaque fois, en quelques secondes ou quelques minutes, il sait être aussi bien hargneux, lâche, sournois, obséquieux que débrouillard. Louis de Funès sait tout faire, tout jouer, et pourtant on continue à ne voir en lui qu’un agité, un bouffon, un turlupin.

Peut-être devrait-il, comme d’autres, fréquenter les lieux à la mode où se font et se défont les projets cinématographiques ? Mais ce n’est pas son style de vie. Il est bien loin le temps où il allait quémander un emploi auprès d’un ami réalisateur, le temps où, avec Jeanne, il déambulait devant le Fouquet’s dans l’espoir de décrocher une panouille. Il faudrait qu’arrive dans sa boîte aux lettres un scénario sur mesure. Un scénario à sa démesure. Un scénario où ses crises de folie seraient à la fois attendues et imprévisibles. Il lui faudrait un réalisateur assez couillu pour lui confier la totale responsabilité d’une entreprise cinématographique d’envergure où il serait à la fois maître d’œuvre et exécutant. Ce cinéaste, il vient justement de le rencontrer brièvement avec Les Veinards, mais il ne le sait pas encore, pas plus que Jean Girault ne le sait, même s’il a une petite idée en tête dont il se garde bien de lui parler. Louis de Funès en est donc là en ce mois de décembre 1962 où il commence à ressentir la fatigue des représentations de La Grosse Valse au point de demander à Patrick de le conduire au théâtre puis de venir le rechercher. Et, une fois dans son grand lit, il vérifie que ses trois réveils sont à leur place, que ses boules de gomme, ses réglisses et ses guimauves sont à portée de main, sans oublier les indispensables boules Quies qu’il malaxe longuement entre ses doigts avant de les ficher dans ses conduits auditifs. Ainsi, il peut dormir du sommeil du juste, même s’il lui arrive fréquemment de sortir d’un casier de la table de nuit un poste de radio. Il se libère alors de ses boules Quies et se saisit d’« un casque muni de gros écouteurs pour ne pas réveiller [Jeanne], et commen[ce] à tourner les gros boutons chromés de l’appareil, en quête d’informations ; en anglais d’abord, pour progresser dans la langue… Mais, ne comprenant qu’un mot sur trois, il se raba[t] sur les ondes espagnoles[221] ». Et qui sait si, dans ses moments d’insomnie, Louis de Funès ne songe pas à être bientôt pris en main par un producteur qui serait un chef d’entreprise sérieux… ayant l’esprit d’un joueur ?

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218

Patrick de Funès, op. cit., p. 95.

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219

Patrick de Funès in Médecin malgré lui, Éditions Le Cherche Midi (2008), p. 29.

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220

Alain Poiré in 200 films au soleil, Éditions Ramsay (1988), p. 309.

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221

Patrick de Funès, op. cit., p. 114.

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