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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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« Je ne devrais pas le faire, mais je vais te le dire quand même, parce que tu es de celles qui doivent connaître la vérité afin de tout comprendre. »

Je suis une enfant, aussi, pensa Luet. Vous ne parleriez jamais de ces choses aux autres élèves de mon âge. Vous n’en parleriez même pas à votre fille. Mais moi, je suis une prophétesse, tout est ouvert devant moi et rien ne doit me rester inconnu, sauf le bonheur…

« Je l’ai évincé parce que j’avais appris qu’il… »

Luet s’était raidie, dans l’attente d’une révélation sordide, mais rien ne vint.

« Non, mon enfant, non. Ce n’est pas parce que Surâme te parle que je dois t’accabler de mes secrets. Va, va dormir. Oublie mes questions, si tu peux. Je connais mon Wetchik. Et je connais aussi Gaballufix ; je les connais tous les deux, jusqu’aux ombres les plus profondes de leurs âmes. C’est pour l’amour de mes filles que je voulais découvrir une chose impossible, comme l’innocence de Gabya. » Elle eut un petit rire. « Je suis telle une enfant qui désire toujours l’impossible. C’est comme ta vision dans les bois, avant que je ne t’aide à monter sous le portique : tu as vu toutes mes nièces les plus brillantes, comme à l’appel d’une liste. » Les plus brillantes ? Shedemei et Hushidh, d’accord, mais Dol et Eiadh, ces femmes peinturlurées et clinquantes ?

« Tu ne sais pas mon bonheur d’apprendre que Surâme les connaissait et les liait à toi comme à moi dans ta vision ! Mais où étaient mes filles, Lutya ? Je regrette que tu n’aies pas vu ma Sevya ni ma Koya. Je le regrette profondément… est-ce stupide de ma part ? »

Oui, pensa Luet. « Non, dit-elle.

— Tu devrais t’exercer à mentir, tu serais plus crédible. Va te coucher, ma gentille prophétesse. »

Luet obéit, mais elle dormit très peu.

Les jours suivants, l’agitation s’accrut dans la cité, au point qu’il devint presque impossible de continuer les cours chez tante Rasa, à cause de l’inquiétude générale, certes, mais surtout de la disparition d’un grand nombre d’élèves, en particulier dans les petites classes ; pourtant, seuls quelques parents retirèrent leurs enfants parce qu’ils désapprouvaient la position politique de Rasa. La plupart furent enlevés des maisons d’enseignement, grandes ou modestes, et renvoyés à leur famille, dont bon nombre partirent pour des vacances anonymes dans des endroits inconnus, sans doute en attendant la fin des heures terribles à venir.

Luet enviait, ô combien, Nafai et Issib, en sécurité au loin, affranchis de la peur constante qui régnait dans cette cité que les poètes avaient si longtemps baptisée « la Montagne de Paix ».

Tandis que la pétition pour son bannissement gagnait des voix au conseil, Gaballufix utilisait ses soldats avec une audace croissante. D’abord, ils étaient plus nombreux, et ils ne feignaient même plus de protéger les citoyennes contre les tolchocks. Ils interpellaient les gens dans la rue, renvoyaient chez eux femmes et enfants en pleurs et frappaient les hommes qui leur répondaient.

« Il est idiot ou quoi ? demanda un jour Hushidh à Luet. Il ne sait donc pas que chaque fois que ses soldats se font remarquer, ça donne une raison de plus à ses ennemis de l’exiler ?

— Il doit bien le savoir, répondit Luet ; c’est donc qu’il veut être exilé.

— Alors, que ce soit le plus tôt possible, et bon débarras ! »

Luet attendait une vision de Surâme, un message d’avertissement à présenter au conseil, mais la seule vision fut celle que reçut une vieille femme du quartier de l’Oliveraie : on l’assurait que son fils disparu était toujours vivant et revenait sur un navire attendu bientôt au port. Luet ne sut si elle devait se réjouir que Surâme prit encore le temps de répondre aux prières douloureuses de femmes brisées de chagrin, ou enrager qu’elle perdit ainsi son temps au lieu de sauver la cité avant qu’elle ne se déchire toute seule.

Enfin, le moment tant redouté arriva. La cloche de l’entrée retentit, des poings martelèrent la porte, et quand elle s’ouvrit brutalement, une dizaine de soldats apparurent. La domestique venue à la porte se mit à hurler, et ce n’était pas seulement parce qu’il s’agissait d’hommes armés en période de crise. Luet fut parmi les premières à se précipiter à l’aide de la servante, et elle vit ce qui l’avait terrorisée : tous les soldats portaient des uniformes identiques, avec des armures, des casques et des épées électriques semblables, comme on pouvait s’y attendre ; mais sous les casques, tous les visages aussi étaient identiques.

Ce fut la nièce la plus âgée de Rasa, Shedemei, qui s’adressa aux soldats : « Vous n’avez rien à faire ici. On n’a pas besoin de vous. Allez-vous-en.

— Je ne m’en irai pas sans avoir vu la maîtresse de cette maison ! répondit le soldat qui se tenait devant les autres.

— Elle n’a rien à faire avec vous, j’ai dit ! »

Mais tante Rasa apparut à cet instant, et c’est d’une voix nette qu’elle déclara : « Ne laissez pas entrer ces mercenaires criminels ! »

Le chef des soldats éclata de rire, porta la main à sa ceinture, et en un clin d’œil il se transforma : le jeune soldat au visage inexpressif devint un homme entre deux âges avec la barbe grisonnante et des yeux à l’éclat féroce, corpulent mais sans mollesse, et vêtu non d’une armure mais d’un costume d’une élégance discrète. Un homme de goût et puissant, qui trouvait manifestement la situation d’un comique irrésistible.

« Gabya ! s’exclama tante Rasa.

— Comment trouves-tu mes nouveaux jouets ? » demanda Gaballufix en entrant à grands pas dans la maison. Femmes, fillettes et garçons s’écartèrent devant lui. « C’est un vieil instrument de théâtre qu’on n’utilise plus depuis des siècles, mais il dormait dans une bulle de stase au musée, et les machines de fabrication n’avaient pas oublié comment le dupliquer. On appelle ça des holocostumes. Tous mes soldats en ont, maintenant. Ça les rend un peu difficiles à reconnaître, c’est vrai, mais c’est moi qui détiens l’interrupteur général qui peut couper les appareils quand je le désire.

— Sors de chez moi ! dit Rasa.

— Mais je n’en ai pas envie ! répondit Gaballufix. Je veux te parler.

— Tu peux me parler quand tu veux, mais sans tes soldats. Tu le sais, Gabya.

— Je le savais, oui, autrefois, dit Gaballufix. À vrai dire, ô toi, la plus noble de mes compagnes, inoubliable occupante de mon lit, je savais que mes soldats ne t’impressionneraient pas ; je voulais simplement te montrer la dernière mode. Bientôt, les plus élégants porteront ces costumes.

— Seulement dans leur cercueil ! répliqua tante Rasa.

— Veux-tu tenir cette conversation devant les enfants, ou nous retirerons-nous sous ton portique sacré ?

— Alors, que tes soldats attendent derrière la porte, la porte fermée et barrée.

— Comme tu voudras, ô mère de mon duo de doux oiseaux chanteurs ! Mais ta porte avec toutes ses serrures ne serait pas un obstacle si je voulais qu’ils entrent.

— Les gens certains de leur force n’ont pas besoin de se vanter », répliqua tante Rasa. Elle s’engagea dans le couloir tandis que Shedemei barrait la porte au nez des soldats.

Luet put entendre la conversation qui se poursuivait, alors que Gaballufix et tante Rasa avaient disparu derrière un angle du couloir. « Je ne suis pas obligé de me vanter, disait Gaballufix. Mais ça m’amuse beaucoup. »

Au lieu de répondre, tante Rasa appela : « Luet ! Hushidh ! Venez avec moi ! J’ai besoin de témoins ! »

Sans hésiter, Luet s’élança à grands pas, et Hushidh l’imita. Tante Rasa les avait éduquées, aussi évitèrent-elles de courir ; mais leur vive allure leur permit de surprendre les derniers mots que souffla Gaballufix : « … pas peur de tes sorcerettes ! » disait-il.

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