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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Est-ce que vous la connaissez? demanda Paul vivement.

– Moi? répondit Thérèse comme si on l’eût accusée.

Puis elle ajouta:

– Non, sur ma conscience, monsieur Paul, jamais je ne l’ai vue!

Il y eut un vague soupçon dans le regard du jeune homme: Thérèse aussi était absente, cette nuit.

Mais ce fut l’affaire d’un instant, et il dit:

– Vous êtes la meilleure femme que j’aie jamais rencontrée, madame Soûlas.

Celle-ci avait les yeux fixés sur Suavita, dont maintenant le sommeil était paisible. Elle pensait:

– C’est elle! je jurerais que c’est elle!

– Étaient-elles deux? demanda-t-elle brusquement.

– Comment, deux! fit Paul étonné.

– Quand vous l’avez sauvée?

– Qui donc vous a dit que je l’avais sauvée, maman Soûlas? demanda Paul presque sévèrement.

Elle releva les yeux sur lui comme une personne qui s’éveille, et il vit deux grosses larmes rouler lentement sur sa joue.

– Monsieur Paul, dit-elle, au nom de votre mère, ne croyez jamais du mal de moi. Il y a quelqu’un ici-bas que j’aime plus que moi-même, oh! cent fois! et mille fois aussi! j’ai bien souffert pour elle; je souffrirai peut-être davantage encore. Dites-moi ce qui vous est arrivé, je vous en prie, sans rien omettre, sans rien cacher. Dieu m’est témoin que je lui crois un bon cœur, à celle que j’aime et à qui j’ai donné plus que mon sang. Elle ne peut être que malheureuse. Si je la croyais coupable, je mourrais.

Paul Labre lui prit les deux mains.

– Vous parlez comme les paraboles, maman, murmura-t-iclass="underline" c’est égal, je l’ai dit et je le répète: je ne sais point au monde une meilleure femme que vous. Je ne vous demande pas vos secrets, et je vais vous dire les miens.

– Ah! fit Thérèse souriant dans ses larmes, vous êtes un cœur, vous! J’ai pensé à cela bien souvent. J’aurais mieux fait… J’aurais mieux fait! Deux jeunes mariés autour de moi. Le bonheur dans ma pauvre maison…

Elle s’interrompit brusquement et essuya ses yeux mouillés d’un revers de main.

– Quel ange d’enfant! murmura-t-elle en regardant Suavita.

Puis elle dit:

– Ne me croyez pas folle, monsieur Labre. Voilà qui est fini. Parlez, je vous écoute.

XX Papier à fromage

Paul Labre raconta tout ce qui lui était arrivé, sans rien cacher, sans rien omettre; Thérèse Soûlas l’écoutait avec une avidité étrange.

Évidemment, elle voyait dans son récit des choses que lui-même n’y découvrait point.

Plusieurs fois, pendant que Paul disait les soins donnés par lui à l’enfant, Thérèse se pencha sur le sommeil de Suavita, effleurant son front d’un baiser de mère.

Son regard aussi était d’une mère, mais d’une mère inquiète.

Il y avait dans sa pensée autre chose que le présent. Elle songeait laborieusement.

Paul Labre glissa sur l’incident relatif à la lettre de son frère qu’il avait trouvée et lue vers six heures du matin.

Il la mentionna pourtant et promit d’y revenir.

– Je lui ai donc donné ce nom de Blondette, poursuivit-il, en attendant que je sache son vrai nom, car je le saurai, fallût-il retourner Paris comme un gant! Et n’est-ce pas que ça lui va bien, Blondette? Vers sept heures, sept heures et demie, elle s’est éveillée, mais là, tout à fait. Son premier regard a encore été bien effrayé; mais tout de suite après, elle m’a souri.

«Je ne sais pas comment vous dire cela, maman, vous le verrez bientôt vous-même, son sourire fait mal. Il y a dedans quelque chose de vague et de troublé. On croirait qu’elle cherche sa raison perdue, et j’ai peur…

Paul n’acheva point, mais son doigt toucha son front.

Thérèse le regardait fixement.

Au lieu de répondre, elle pensait:

– Je n’ai jamais ouï-dire que la petite demoiselle de Champmas fût une innocente ou une folle. Le général m’aurait parlé de cela. Et ne lui a-t-il pas adressé la lettre, ma lettre, comme à sa sœur? On n’écrit pas, quand il y a une folle: «Ysole, Suavita, mes filles chéries.»

Ce nom de Suavita, prononcé en elle-même, la fit tressaillir. Son regard semblait demander à l’enfant: Es-tu Suavita? Mais sa pensée poursuivait:

– Ce n’est pas elle! je suis sûre que ce n’est pas elle!

– À quoi songez-vous, maman? demanda Paul.

– À elle, répondit Thérèse. Pauvre fillette.

– C’est bien triste, n’est-ce pas? Mais il y a quelque chose de plus triste encore. Quand la Renaud est venue, j’ai demandé à Blondette si elle voulait manger. Elle m’a fait signe que non. Je lui ai demandé si elle voulait boire, elle a répondu oui, toujours par signe. Cela ne m’a pas étonné, car elle n’avait pas encore donné de pareilles marques d’intelligence.

«C’était un progrès, et je guettais chèrement le réveil complet de ses facultés.

«Avec du vin, du sucre et de l’eau, je lui ai composé un breuvage qu’elle a bu à longs traits jusqu’à la dernière goutte. Après avoir bu, elle m’a jeté un clair regard où il y avait presque un sourire; puis ses lèvres se sont entrouvertes et j’ai cru, cette fois, qu’elle allait parler.

«J’étais heureux d’entendre enfin sa voix; mais je devais éprouver ici une déception cruelle. Elle a fait un effort qui a contracté tous les muscles de son visage; ses yeux se sont égarés et, au lieu de la parole espérée, sa gorge n’a rendu qu’un son rauque…

– Elle est muette! s’écria Mme Soûlas. Paul la regarda stupéfait.

C’était une sorte de triomphe qu’il y avait dans cette exclamation.

– Elle est muette, répéta-t-il douloureusement.

– Pauvre, pauvre enfant! murmura Thérèse, qui mit ses lèvres sur la petite main de Blondette.

Elle pensait:

– Cela se dit! cela ne peut manquer de se dire. J’ai parlé d’elle si souvent: on m’aurait répondu: Elle est muette. Et le général! quand il m’a donné la lettre, il m’aurait dit: Suavita est muette!… Ce n’est pas elle, ce n’est pas Suavita!

– Vous êtes bonne, maman, reprit Paul qui suivait les caresses de Mme Soûlas d’un œil attendri, mais vous avez quelque chose, ce matin. Quand vous avez dit: Elle est muette, on aurait juré que vous étiez contente.

– Moi! s’écria Thérèse, la chère petite créature! Vous ne pouvez pas soigner cet ange-là comme il faut, monsieur Paul. C’est moi qui lui servirai de mère.

– J’y compte bien, dit Paul en lui serrant la main, d’autant que je vais être obligé de travailler, maintenant. Depuis qu’elle est là, l’idée m’est venue que je peux louer mes bras dans un atelier ou une fabrique, comme tant d’autres.

– Vous! monsieur Paul, fit Thérèse, travailler de vos mains!

Paul se mit à rire.

– À moins qu’un héritage ne me tombe des nues! dit-il gaiement. Mais voyons, maman, parlons un peu de moi. Je vous ai dit que j’avais désormais plus d’une raison pour vivre; je ne serai peut-être pas forcé de me faire ouvrier tout à fait; je vais avoir un appui, un mentor; mon frère Jean est arrivé.

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