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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Mme Soûlas s’appuya au mur. Ces derniers mots la frappèrent comme un coup de foudre.

– Je sais, je sais, poursuivit l’inspecteur d’un ton dégagé, les dames, c’est sensible à ce genre particulier de sinistres. Si vous leur mentionnez un vol avec circonstances, ou le meurtre d’un homme établi, ça les amuse; mais dès que vous arrivez à un enlèvement de jeunesses, elles partent dans la voie de leur sensibilité impressionnable. Il y a donc qu’à l’étage du dessus, les Habits Noirs se sont réunis en propre original, pas plus tard qu’hier soir.

– Mais ces enfants! monsieur Badoît, fit Thérèse en un cri d’angoisse.

– Une enfant et une qui ne l’est plus, rectifia l’agent. Comme quoi on présoupçonne que l’aînée s’est enfuie avec son chacun, garnement de la belle espèce, et qu’elle s’est arrangée de manière à mettre l’autre dans l’embarras.

Mme Soûlas appuya ses deux mains contre son cœur.

– Ysole! murmura-t-elle; c’est un mensonge!

– C’est effectivement le nom de la particulière, poursuivit M. Badoît, et je me suis laissé dire que cette jolie fille-là c’est toute une histoire. Elle appartient au général, si on veut. Le général a connu jadis, au temps des bamboches et cabrioles du jeune âge, dans le militaire, une villageoise qui en savait long. En conséquence de quoi, elle lui a collé Mlle Ysole, sous prétexte de paternité, qu’elle était vraisemblablement le fruit d’un facteur de la poste ou d’un porteur d’eau du pays. Connu.

Mme Soûlas laissa échapper un gémissement.

– C’est comme j’ai l’honneur, continua cet imperturbable Badoît, et de fil en aiguille, il arrive toujours malheur quand on introduit comme ça des petits en fraude dans les familles respectables.

– Monsieur Badoît, dit Thérèse, qui faisait effort pour parler, vous calomniez Mlle Ysole de Champmas!

L’agent la regarda en face, puis salua courtoisement.

– Dès l’instant que vous vous y intéressez, murmura-t-il, elle est blanche comme la neige aux yeux de mon cœur. Je vous ai fait le rapport de ce qui se dit, mais l’inspecteur peut se tromper comme le vulgaire, et ce n’est peut-être pas l’aînée qui s’est occupée de la cadette, quoique les insectes, introduits comme ça en contrebande dans les familles… mais je l’ai déjà mentionné; et quoique, aussi, la disparition de la petiote augmente juste de moitié la succession de cette mademoiselle Ysole, qui est peut-être une vertu de premier numéro, puisque vous en répondez.

– Mais, objecta Mme Soûlas dont le trouble était à son comble, pourquoi parlez-vous de succession? Le général est bien portant, ce me semble.

– Nous sommes tous mortels, repartit Badoît, le général a eu le malheur d’être assassiné hier soir par le même Coyatier, dit le marchef, la porte en face de chez vous. Dernières nouvelles.

Badoît eut ici de sérieux motifs pour s’endurcir dans sa religion à l’endroit de la sensibilité des dames, car l’annonce du meurtre de M. de Champmas ne fit pas sourciller Thérèse.

– J’avais toujours cru, murmura-t-il, désappointé, que vous aviez des mystères et des attaches de ce côté-là; mais va te faire fiche! sonder l’âme de l’autre sexe, c’est la pierre philosophale!

Comme Thérèse, littéralement anéantie dans ses réflexions, gardait le silence, M. Badoît ajouta:

– Je dois spécifier à la décharge de la demoiselle Ysole, car l’équité avant tout, qu’il y a eu fausse clef, petite effraction de rien du tout et un vol partiel, de quoi on peut inférer un malfaiteur mâle. Mais le Coyatier…

– Monsieur Badoît, s’écria ici Thérèse, au nom du ciel, laissez-moi pénétrer dans l’appartement du général. Les femmes trouvent parfois des indices qui échappent aux yeux des hommes.

– Exact, interrompit l’inspecteur, mais pas possible. M. Mégaigne est au premier, et quant aux indices, c’est superflu: on est fixé. Les oiseaux sont envolés: voilà l’axiome! Envolés au premier, envolés au second, car il devait y avoir des accointances entre les deux étages, j’en signe mon billet à quatre-vingt-dix jours! Les oiseaux envolés, ça ne revient pas. Nous gobons ici le marmot, tenant la maison du haut en bas, pour le roi de Prusse. Nous ne reverrons ni les jeunes filles ni les Habits Noirs. Par quoi, madame Soûlas, si vous alliez nous en tremper une toute prête pour l’heure de onze heures, j’y serais particulièrement sensible, ayant trimé exceptionnellement depuis la dernière fois que j’ai eu l’avantage de la manger chez vous.

Thérèse se retira sans répondre.

Dans la rue, elle sentait sa tête tourner: elle était ivre.

Ivre de terreur et de douleur, car l’accusation portée contre sa fille répondait à un cri de sa propre conscience.

Non point qu’elle se reconnût coupable elle-même dans le sens ordinaire du mot, mais une parole de M. Badoît l’avait violemment frappée.

M. Badoît avait dit:

«Les enfants étrangers qu’on fait entrer ainsi dans les familles portent malheur.»

Cette pensée préexistait-elle dans l’esprit honnête et droit de Mme Soûlas?

Était-ce pour cela qu’elle aimait, sans la connaître, à l’égal de sa propre fille, la fille de feu la comtesse de Champmas qu’elle appelait la sainte femme?

Quand elle eut monté les trois étages de l’escalier tournant, elle vit la porte de Paul Labre grande ouverte. Celui-ci la guettait et l’appela.

– Il y a eu bien du nouveau cette nuit, maman Soûlas, lui dit-il. Je n’ai pas à me mêler de vos affaires, mais j’aurais donné un doigt de ma main pour vous avoir.

Thérèse lui répondit tout autrement qu’elle n’avait fait à M. Badoît.

– J’ai accompli une besogne dont je ne me repens pas, monsieur Paul, dit-elle. Ça n’empêche pas que je suis bien fâchée de n’avoir pas été là, puisque vous avez eu besoin de moi.

Son regard se fixait sur la petite table où il y avait du pain, du vin, et un reste de fromage de Brie dans un lambeau de journal. Paul était en train de manger.

– Ce n’est pas pour le déjeuner que j’ai eu besoin de vous, reprit-il. Quand la Renaud est venue pour faire votre ménage, je l’ai envoyée me chercher cela, car je ne pouvais pas sortir, maman Soûlas. J’ai quelqu’un à garder ici.

Je ne sais pas pourquoi la pensée d’Ysole traversa l’esprit de Thérèse.

Ce ne fut pas frayeur qu’elle eut, mais bien espoir.

Expliquons-nous clairement et d’un mot: Mme Soûlas, ayant à choisir entre deux malheurs, aurait mieux aimé trouver en sa fille une victime qu’un fléau.

Elle regarda Paul et dit, craignant d’interroger:

– Il y a quelque chose de changé en vous, monsieur Labre. Ce matin, vous n’êtes plus le même homme.

– C’est que l’idée de me tuer m’a passé, maman Soûlas, repartit simplement le jeune homme.

– Vous tuer! répéta Thérèse étonnée. Vous vouliez vous tuer!

– Quand je vous ai embrassée hier au soir, je croyais bien que c’était pour la dernière fois. Mais comme je m’en allais mourir, Dieu m’a envoyé plus d’une raison de vivre.

Il se leva et découvrit le lit sur lequel il avait jeté la courte pointe de soie pour garder le visage de Suavita contre les rayons du soleil. Mme Soûlas poussa un grand cri à la vue de l’enfant.

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