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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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« Elle assurait que c’était un bleu, un tout pur, sans avaries. “Jamais j’ai vu une eau pareille”, elle se pâmait.

« Tu parles, y avait encore des brins de sciure après ! Quant à Berthy, elle vadrouillait en plein septième siècle avec son dodu solitaire. Elle croit toujours qu’il est vrai, et qu’après la couronne d’Angleterre, c’est elle qui détient le plus bath caillou du monde.

« Aux vacances, elle l’enferme à la banque, dans un coffiot qu’on a loué exprès pour lui ! Elle dit toujours que si une nouvelle guerre arriverait et qu’elle s’expatride, en le vendant ça lui permettrait de vivre. »

Notre cher Bérurier part d’un formidable éclat de rire.

— Si elle aurait que le montant de son solitaire pour bouffer, exulte-t-il en se dirigeant vers la porte, elle aurait jamais plus besoin d’aller à Brides-les-Bains !

Et il se retire sous les vivats.

CHAPITRE ONZE

DANS LEQUEL ÇA SE COMPLIQUE ENCORE !

En sortant de la salle des conférences, j’avise notre vénérable Béru en conversation avec Dupanard, le garçon de piste du club poulardin. Le Gros paraît mécontent.

— Ces affreux me font tartir, déclare-t-il bien haut ! Je refuse de les voir !

Je m’approche, intéressé. A cet instant, ce débris de Dupanard me hèle d’une voix de centaure :

— M’sieur Sanato ! Dans le bureau de m’sieur le directeur tout de suite ! Y a des messieurs-dames qui veulent vous causer.

— Qui sont-ce ? m’enquiers-je.

— Le docteur Clistaire et madame son gendarme, répond le Gravos. Ils viennent probablement au renaud chez le dirlo rapport à la séance d’hier soir. C’est bien dans les manières de ces agités du bocal. Ils peuvent toujours se l’arrondir pour que j’allasse leur présenter des excuses format limande.

— Pas d’esclandre, Gros, préconisé-je, ta carrière pédagogique en dépend.

— C’est si j’irais les affronter qu’il risquerait d’y avoir fiesta en musique, ronchonne le digne professeur.

Je l’exhorte. Comme toujours, il finit par céder et il me suit en maugréant dans le burlingue directorial.

Le big boss est derrière sa table de travail, jouant avec des paperasses d’un air embêté. Assis en face de lui, les Clistaire poussent des bouilles très affreuses en remâchant des rancœurs. Ils se dressent en nous apercevant et le pape du séraphisme fonce sur nous comme une torpille à barbiche.

— Aigrefins ! Suborneurs ! nous agonit-il. Briseurs de foyers !

Le Gravos et moi subissons cette charge et ces outrages d’un air amorphe. M’est avis qu’il a pété sa courroie de transmission et qu’il est en train de faire roue libre, Clistaire. Il devrait se faire une ordonnance en vitesse pour se farcir une provision d’ellébore, le toubib ! C’est sa papauté qui lui fendille le bulbe, probable. Bérurier, encore ennobli par son cours si brillant, se tourne vers le patron :

— M’sieur le directeur, en appelle-t-il, est-ce que je vire c’t’olibrius par le fond de son pauvre bénard ou si vous vous en chargeriez vous-même ?

Le maître de l’Ecole calme du geste, de la physionomie et de la voix.

— Pas d’affolement ! Contrôlez-vous, docteur, je vous prie, recommande-t-il.

Pas possible ! Le Clistaire se vide comme un lavement. On ne peut pas lui stopper les mots qui dégoulinent de sa barbouze. C’est torrentiel.

— Me contrôler ! tonne-t-il. Alors que notre chère fille, à quelques jours de son accouchement, se morfond dans la plus horrible des angoisses !

Ça me fait dresser le lobe, la dernière partie de sa phrase.

— Et pourquoi se trouve-t-elle angoissée, madame Mathias, docteur ?

Il a les étagères à crayon qui battent l’air, Clistaire Ier. Son nez patatesque qui gnafe-gnafe. Ses chailles en or jettent des éclairs et, derrière ses lorgnons soubresauteurs, ses parallèles se fanent.

Sa raie médiane zigzague. Un courroux le porte à l’incandescence. Il postillonne, il s’étrangle, il emphysème, il basse-noble, il se tait comme lorsque l’aiguille d’un pick-up s’embourbe dans un disque ramolli par la chaleur. Sa vieille vient alors à la rescousse d’un gosier neuf. Elle est parée pour la bavasse vu qu’il y a justement une glace en face d’elle, ce qui lui permet de nous enguirlander en se couvant d’une prunelle torve. Elle dit que nous sommes la honte de notre profession, des excréments de la société, des miasmes de l’humanité, des relents d’alcôve en délire, des kystes, des abcès, des protubérances vénéneuses, des tumeurs extrêmement malignes ! Elle assure qu’on souille, qu’on porte atteinte, qu’on érosionne, qu’on éruptionne, qu’on érysipèle, qu’on démembre, qu’on perturbe, qu’on ruine, qu’on décompose, qu’on désabuse, qu’on désastre, qu’on déshonore, qu’on élimine, qu’on sépare, qu’on infanticide. Le directeur veut juguler, mais c’est plus impossible encore qu’avec le toubib. Elle a les fanons qui trembillent, les bajoues qui bajotent, les perlouzes qui tintinnabulent, les nichemards qui coagulent, l’entraille qui bouillonne, la corde vocale qui clé-de-sole. C’est un volcan qui se cause dans la glace, qui récite des abominations sur nous deux, qui projette à tout-va une lave dévastatrice. Nos pedigrees se racornissent, se biscornent, noircissent, malodorent. Béru et moi on se sent abjects jusqu’aux viscères, sans comprendre. On a tendance à se soumettre devant l’avalanche. A se convaincre que tout ça est vrai, mérité. A se persuader qu’on est en effet indignes de vivre. Que notre taf d’oxygène c’est du vol scandaleux, de l’abus de poumons ! Qu’on met du pernicieux dans le paysage. Qu’on a tort d’exister.

On a la raison qui patine. On se sent devenus sources de laideur et d’aberration. On se regarde avec répugnance. On se découvre la hideur. On n’en revient pas, tout à coup, d’être si horribles et si néfastes, si pestilentiels et si totalement dépravés. Ça nous déroute, une telle découverte. Voilà qu’on croyait mener une existence à peu près normale et, en réalité, on accumulait les vices et les mochetés derrière cet écran de quiétude. On pourrissait à outrance, on était déjà verts, déjà liquides et on se doutait de rien. En plus de notre sanie, on batifolait dans la plus noire inconscience.

A la fin, elle ne peut plus déguiser l’oxygène en conneries, mame Clistaire. Ses éponges renoncent, deviennent inaptes. Le silence se rétablit, mais il reste encore dans l’air des vibrations cataclysmiques. Leur colère, aux Clistaire, continue de caracoler dans le bureau, en silence, mais toujours redoutable.

Je m’offre une large bolée d’air et j’attaque.

— Docteur, dis-je en entrouvrant à peine mes mâchoires, de peur de le mordre. Si vous aviez dix ans de moins, je vous effeuillerais la barbiche. Mais vu votre sénilité avancée je me contenterai de vous demander la raison de cette crise.

Il a les muqueuses qui tâtonnent.

— Parlez calmement, je vous en prie ! déclare le directeur.

Clistaire s’y décide.

— Hier soir, fait-il d’autant plus sourdement qu’il est un peu dur d’oreille, après que vous eûtes jeté la perturbation chez moi, vous partîtes en compagnie de mon gendre, vrai ou faux ?

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