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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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Nous pénétrons dans sa tanière. C’est obscur, malpropre et malodorant. De la farine de lin bouillonne à grosses bulles pâteuses sur son maigre fourneau.

Béru renifle avec une grande circonspection olfactive.

— Ça se mange ? s’intéresse le Gravos en désignant la casserole émaillée où floflotte l’étrange alchimie.

— Mais non, mon pauvre, que lamente la concierge, je me prépare un cataplasme de farine de lin, avec beaucoup de moutarde, ça fait du bien pour les bronchites !

Elle tousse un petit coup, afin de démontrer.

— J’ai un début de bronchite, révèle-t-elle, c’est la saison, ces derniers jours il en tombait comme qui la jette[11] et pour aller d’ici à la porte d’allée, je me trempais comme une soupe.

Elle découvre deux chaises aussi bancales qu’elle-même et nous les propose. La loge ne se compose que d’une seule pièce. Un lit surmonté d’un édredon himalayesque en occupe la plus grande surface. Une petite table à la toile cirée luisante de graisse, chargée de reliefs rances et de revues bien-pensantes, sert de pivot à l’activité réduite de la dame. Elle mesure un mètre quarante à tout casser, la concierge. Elle a un gros chignon sur le sommet du crâne, comme la servante des Clistaire, un fichu noir et des bas de laine noire qui font « le craquelin »[12]. Quand elle parle, sa langue lui sort curieusement de la bouche, pointue et frétillante. On dirait la langue d’un caméléon. Elle darde, preste et préhensile. Baissant le ton, elle murmure :

— Qu’est-ce qui se passe ?

Béru louche de plus en plus sur la casserole où mijote la farine de lin. L’odeur le sollicite invinciblement. Elle le suggestionne. On n’a pas eu le temps de jaffer et il a des tiraillements cruels dans les intérieurs. Tel que je le connais, mon gros pendard, il doit se demander si c’est comestible ou non la farine de lin.

— Madame la concierge, je débute, fort civilement, n’auriez-vous point perçu un certain remue-ménage dans l’immeuble, cette nuit ?

Elle lève vers un ciel provisoirement représenté par un abat-jour de perles ses bras en manche de plumeau.

— Bou ! Sainte-Marie des Terreaux ! Que si, mon pauvre ! Que si !

Je cligne de l’œil au Béru, mais Sa Majesté hypnotisée n’est plus bonne à nibe.

— Racontez-moi un peu, chère madame, je mélodise en lui octroyant une œillade tellement aimable qu’elle frise la salacité.

Elle croise son fichu et va tirer la casserole sur la rondelle du fourneau la plus raisonnable.

— Figurez-vous, dit-elle, que dans la soirée, y a eu un remue-ménage infernal. Deux imbéciles se sont mis à rire aux éclats dans la maison.

Je m’emploie à avaler ma salive, j’y parviens et je poursuis :

— Ils n’ont pas fait d’esclandre ?

— Dans un sens, quasiment. Ils hurlaient de rire dans mes escaliers, ces idiots. J’ai pensé que c’étaient des saoulots. Je me suis levée pour aller les faire taire, ici c’est une maison sérieuse où les gensses sont corrects. Mais quand j’ai eu été dans mon allée, ils s’y trouvaient plus. Depuis la porte je les ai aperçus qui rentraient dans un bistrot, comme de bien s’entend.

Je lui chuchote, dans le suave et le mystérieux :

— Vous n’avez rien remarqué d’insolite ?

Elle fronce les sourcils.

— Comment ça ?

— Il n’y avait personne dans la rue, en face de l’immeuble ?

Son visage cacteux s’illumine. Elle me produit quatre dents avariées mais d’origine qui ne lui servent plus qu’à sourire et à consommer des purées.

— C’est rigolo ce que vous dites, policier.

— Biscotte ? laisse tomber le Gravos.

— Y avait personne dehors, mais y avait quéqu’un dedans.

Une sonnerie d’alarme retentit dans mon subconscient.

— Voyez-vous, madame la concierge ! Et qui donc se trouvait dans l’immeuble ?

— Une dame, fait-elle.

Ça me porte la glande curiositale à la sécrétion totale.

— Donnez-moi des détails.

La petite vioque rassemble ses visions nocturnes pour en faire un beau récit.

— C’est quand je suis sortie, explique-t-elle. Tout de suite je n’ai pas vu que quelqu’un se trouvait dans ma cour. Où je l’ai aperçue, c’est en rentrant : une dame jeune, bien mise, avec un parfum, mon pauvre ! Mais un parfum qu’était un vrai bocon ![13]

Si la brave pipelette trouve agréable l’odeur qui règne dans son gourbi, il est normal qu’elle qualifie de « bocon » les parfums de l’Arabie ou de Rochas.

— Vous lui avez parlé ?

— Comme de bien s’entend ! Je lui ai demandé ce qu’elle fichait dans ma cour. Remarquez que j’avais ma petite idée vu qu’elle se trouvait juste derrière mes caisses d’équevilles[14].

— Que pensiez-vous ?

— Qu’elle était rentrée pour soulager un besoin pressant et naturel, explique la vieillarde. Ça arrive souvent. Elles sont prises dans la rue, en sortant de table. Le vin blanc, c’est désastreux pour les vessies.

— Que lui avez-vous dit ?

— Que c’était une belle dégueulasse, relate la chère personne. Elle s’est excusée et a filé.

— Elle est ressortie de l’immeuble ?

— Probablement, qu’est-ce qu’elle aurait pu y faire d’autre ?

— Toujours est-il que vous ne l’avez pas vue partir ?

Ma question trouble mon interlocutrice. Elle ne pige pas, renifle et fait la moue en me toisant d’un œil qui ressemble aux bulles de sa farine de lin.

— Non, bien sûr, déjà je frissonnais, j’allais pas lui faire une conduite de Grenoble jusqu’à la porte d’allée !

On entend un grand cri. C’est le Gros qui vient de le barrir. Le téméraire a trempé son doigt dans la casserole pour récolter un peu de farine et il s’est brûlé.

— Vous allez vous ébouillanter, mon pauvre, annonce, un peu tardivement notre hôtesse.

Béru suce son index resquilleur. Il a un sourire d’excuse. Sa physionomie signifie « Mande pardon, mais vous occupez pas de moi ».

Lors, la pipelette enchaîne :

— Maintenant que vous me faites remarquer, je me demande ce qu’elle fichait là, cette donzelle. Vu que ce matin, en sortant mes caisses d’équevilles, j’ai pas trouvé les traces que je croyais. Je l’ai peut-être découverte avant qu’elle se soit soulagée, non ?

— Peut-être, mens-je.

— En tout cas, ça lui a pas porté bonheur de vouloir salir ma cour, ricane ce vieil oiseau nocturne et déplumé.

Mon guignol fait une pirouette entre mes cerceaux.

— Pourquoi ?

Dame balai va à un petit meuble de noyer, ouvre un tiroir et se saisit de quelque chose qu’elle ramène dans la lumière végétative de sa porte vitrée (l’unique ouverture de la tanière, soit dit en passant). Pendant ce temps, Bérurier, armé de la cuillère en bois servant à touiller le futur cataplasme, goûte subrepticement la farine de lin. Il remue son gros langousard et hoche la tête. Ses papilles gustatives n’ont pas l’air alarmées.

— C’est bon ? je lui murmure.

— Ça se laisse manger, affirme l’Ogre. Je suis sûr qu’avec des saucisses de Toulouse et beaucoup de beurre ça serait poil-poil.

La concierge me propose un petit rectangle d’acajou auquel est fixée une clé. Sur le rectangle, deux mots sont écrits en lettres d’or : Standing Hôtel. Avouez que c’est marrant, non ? Y a que dans mes bouquins que ça arrive, des coïncidences pareilles. Dans la vie aussi, bien sûr, mais on n’y croit pas. Car enfin, si je raisonne et accepte la version de cette brave concierge, je dois conclure qu’une dame a participé à l’enlèvement de Mathias. Qu’elle se cachait dans la cour de l’immeuble où elle a perdu la clé de sa chambre d’hôtel, lequel se nomme Standing Hôtel.

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11

Lyonnaisérie signifiant qu'il pleut à torrent.

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12

En tire-bouchon.

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13

Une véritable infection.

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14

Caisses d'ordures.

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