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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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Standing ! Alors que mon Gros Patapouf est en plein cours de belles manières ! Au moment où il donne aux jeunes générations de merveilleuses recettes pour équiper leur intellect, le rendre confortable, en un mot, le climatiser.

— Vous croyez que cette clé appartient à la fille en question ? insisté-je.

Ça la froisse qu’on doute de sa parole, Mme Toile-d’araignée.

— A qui ça appartiendrait donc, dites voir ! Cette personne s’était mise à croupetons derrière mes caisses d’équevilles. La clé, elle aura tombé de la poche de son imperméable. Ou y aura eu un trou à cette poche, que sais-je !

Et pourquoi pas ? me balbutie la petite voix feutrée de mon sube.

Je cherche l’Hénorme des yeux, désireux de lire son opinion dans son regard ; mais pour lors il me tourne le dos. Ça lui plaît rudement, la farine de lin. M’est avis qu’il vient de faire une découverte gastronomique et que, dorénavant, ça va devenir son aliment de base.

— Pouvez-vous, chère madame, me décrire la femme à la clé avec plus de précision ?

Elle se recueille dans le creux de sa main et me laisse en poireau, manière de donner de l’importance à ses déclarations ! Enfin, la voilà qui articule, de sa voix un peu geignarde :

— Une grande blonde. Avec des lèvres bien larges, en rebord de pot de chambre, mon pauvre. Coiffée court. Elle portait un imperméable noir, brillant comme de la toile cirée. C’est parce qu’il était noir que je l’ai pas aperçue en sortant et parce qu’il était brillant que je l’ai aperçue en rentrant.

Curieuse explication s’il en fut. Ça fait un peu la coquille d’escargot dans le coffret à matière grise de la digne dame. Néanmoins, estimant qu’elle m’en a bonni suffisamment, je la remercie pour son précieux concours, ce qui lui fait frémir les aigrettes.

— Tu y es ? lancé-je au Gravos.

Il se retourne, écarlate, la bouche pleine, les lèvres farineuses. On dirait une grosse brûlure, Béru, tout soudain. Son regard fait des vagues.

— Allons-y ! clapote-t-il.

La concierge qui a maté son fourneau pousse un cri de détresse !

— Mon cataplasme !

Il a tout bouffé, l’horrible ! La casserole est vide ! Mme la Cerbère n’en croit pas ses yeux. Elle en a du coup la bronchite qui se met à siffler comme une marmite norvégienne annonçant la fin du match.

— Excusez-le, murmuré-je en lui cloquant un billet de dix balles pour atténuer ses angoisses, mon camarade souffre d’une pituite forniqueuse qu’il est obligé de colmater à la farine de lin ; comme en ce moment il est en pleine crise, il n’a pas pu résister.

Le Gros fonce droit au troquet de la veille et se torche un pot de beaujolais à lui tout seul pour faire glisser son en-cas, biscotte son tube digestif obstrué refuse de coopérer davantage avec un boulimique pareil. Faudrait qu’il se fasse poser une chasse d’eau, le Gros. Des fois qu’avec un jonc et une ventouse de caoutchouc il arriverait à se libérer les tuyaux ? Mais son idée thérapeutique, à lui, c’est le beaujolais. Au deuxième pot, alors qu’il est déjà presque aux limites de l’asphyxie, le barrage cède sous la poussée généreuse du juliénas. Ça fait vlouffff, et puis un grand remous, et encore des groagroagroa à n’en plus finir. Un vrai bruitage pour dessins animés. Enfin le revoilà disponible, le Majestueux. Il reprend des couleurs, entendez par là qu’il en perd.

Nous bombons en direction du Standing Hôtel.

Il s’agit d’un établissement flambant neuf situé à l’angle de la rue Sainte Jugulaire de l’Enfant-Jésus et du cours Déhale[15].

A en juger à la façade blanchie à la crème Chantilly, au hall de marbre et aux riches tentures, on comprend tout ce que la ville de Lyon fait pour le tourisme et on déplore que lui ait été refusée la joie d’organiser les prochains jeux Olympiques. L’événement eût permis aux autres continents de découvrir le beaujolpif, la quenelle de brochet, le cervelas truffé ainsi que la poularde demi-deuil et les gratons. La face du monde n’en n’eût pas été modifiée, mais nous aurions eu la chance de remporter quelques médailles d’or à la faveur des excès alimentaires des autres athlètes.

Une dame, qu’un romancier moins doué que moi qualifierait, d’accorte, me brandit un grand sourire depuis son comptoir. Elle a du carat, de la branche et les cheveux teints en roux flamboyant. Je m’annonce, toujours sanchopansé[16] par le Gros.

Elle nous regarde venir à elle, avec l’air de se dire qu’on fait un joli couple, Béru et bibi, et aussi l’air de se demander lequel de nous deux on peut appeler chère madame.

Pour briser toute équivoque, je lui produis le morceau de tricolore que l’Etat m’a fourni afin de me permettre d’arguer de ma qualité (si c’en est une) de poulaga. Elle cesse de sourire, parce que, qu’on le veuille ou non, on préfère voir arriver chez soi l’agent payeur des allocations familiales plutôt qu’un représentant de chez Royco.

Je sors ensuite de ma fouille la clé trouvée par la dame aux cactus.

— Cela fait bien partie de votre établissement ? je demande d’une voix tellement neutre que par dépit, la Suède déclarerait la guerre à la Suisse.

Elle arrondit ses yeux, sa bouche et le plan de Lyon qu’elle était en train de compulser.

— Ah ! on l’a retrouvée ! Notre client était désolé.

— Puis-je avoir l’identité dudit client ?

Ça la surprend vaguement. Mais elle se dit qu’un poulardin n’est venu au monde que pour poser des questions insidieuses à ses contemporains :

— Monsieur Dolorosa ! dit-elle.

Est-ce que mon Gros ne se met pas à barytonner à plein chapeau :

Dolorosa, c’est la femme des douleurs !

Dolorosa, son baiser porte malheur !

Je suis obligé de lui savater les tibias pour le ramener aux convenances.

— Un Espagnol ? m’enquiers-je.

— Un Panamien, rectifie-t-elle.

— Il est descendu seul dans votre hôtel ?

— Avec sa femme.

— N’est-ce point une grande blonde qui ne dédaigne pas porter un imperméable en toile cirée noire ?

— C’est exact, bredouille-t-elle.

— Ils sont au Standing, présentement ?

Elle a le regard qui se met en torche. D’un hochement de menton, elle me désigne le salon proche, élégamment meublé en Danois exporté.

— Justement, ils ont une visite.

On dirait qu’on joue de bonne chance, hein ? Y a des jours où tout s’harmonise, ou les couvercles vont aux marmites, où les bonnes femmes acceptent de vous suivre au pucier et où, dans une partie de belote, tous les partenaires ont un carré de valetons.

Je m’avance discrètement vers la porte vitrée, restant prudemment à l’abri du panneau fermé dont le rideau me masque. J’avise un couple élégant, en conversation animée avec un zig qui me tourne le dos. La femme est très belle. C’est une brune décolorée. On n’a pas pu éclaircir ses beaux yeux sombres aux longs cils enjôleurs. Ça fait contraste. Elle a des lèvres charnues, effectivement, mais la vieille pipelette éternuait sur l’esthétique en assurant qu’elle les avait en rebord de pot de chambre. On a envie d’y mordre dedans comme dans un fruit mûr pour sentir dégouliner le jus entre vos dents.

Son gars est un type mince, à la chevelure calamistrée. Il est grand, avec un teint olivâtre. Il porte un complet gris uni et une cravate rouge sang. On dirait une blessure tant elle sanguinole sur sa chemise immaculée.

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15

Déhale : célèbre physicien français, mari de Jeanne Hachète, qui, inventa le Télex.

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16

Ils ont de la chance, ceux qui se satisfont du vocabulaire courant. On cause une langue vivante, oui ou chose ?

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