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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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Le Gravos reprend haleine. Il est obligé de se cracher dans la bouche pour se l’humecter. Cotonneux jusqu’à l’aridité absolue. Le palais roussi comme un incendie de pinède. Il poursuit encore, fabuleux à force de persévérance :

— Ne jamais embringuer vos lardons dans des mariages de raison, ce serait pas raisonnable.

Puis, considérant son guide :

— Une fois que la demande est acceptée, le petit gars peut se pointer à tome[9].

Et il lit l’encyclopédie toute crue :

Le fiancé doit, à partir de ce jour, venir tous les jours voir sa fiancée. La mère sera présente à ces visites ; elle dirigera la conversation, s’associera aux projets d’avenir et c’est surtout en ces moments bénis de douce intimité qu’elle pourra verser les trésors de son expérience et de sa tendresse.

— Ici, déclare gravement Sa Majesté, je vous crie casse-cou. Que la mozère soit présente, c’est folie, car, de deux choses l’une, ou bien c’est une enquiquineuse et le fiancé se carapate par l’issue de secours ; ou bien c’t’une femme agréable et il a envie de se la farcir en avant-première. Les trésors de son espérience, tu parles qu’il voudra en jouir, le fiancé, surtout si sa petite fée est du genre oie blanche. J’en vois que je scandalise, coupe le Véhément. Simplement, je connais la vie, mes tout beaux. La guerre des sens, je l’ai faite ! Des belles-doches qui s’octroyent le droit de rognons sur leur gendre y en a des fagots !

« Mais insistons pas. Ce qui marque les fiançailles, c’est la bagouze. On organise un frichti un peu bath chez mademoiselle, et le gigolpince sort l’écrin attendu de sa fouille. Selon le manuel, faut qu’il manœuvre discrètement, pas d’ostensoir, qu’ils préconisent. A la sauvette il devrait le remettre, selon eux, le bijou. Là encore je conteste ! Formellement. Y a en classe de toute cette hypocrisie ! Puisqu’on a mis ce déjeuner sur pied uniquement à cause de la bague, à quoi ça rime de l’offrir derrière la porte des cagoinces, hein ? Vous avez des gnaces qui se sont caillé la laitance pour acheter un caillou authentique et faudrait qu’ils le virgulent dans la menotte de la chère et tendre comme on cloque vingt ronds dans la gapette d’un trimardeur ? Foutaise ! Je vais vous refiler un tuyau de feurste quality ; c’est ici qu’on raccroche les wagons à mon cas personnel. Comme je vous le disais plus haut, ma Berthe et moi, tout de suite ç’a été le grand amour. Déjà son coup des andouillettes, pour une première rencontre intime, ça m’avait ébranlé. Tant de délicatesse, ça ne trompait pas. Une perlouze pareille, fallait se grouiller de la soustraire à l’Hippolyte, la marier sans lui laisser le temps de respirer et l’installer dans ses meubles. Elle a été partante tout de suite ; mais où ça s’est compliqué c’est avec sa famille. Sa mère, ancienne concierge, avait gagné un peu de pognon à la loterie, ce qui lui avait permis de s’acheter une crèche préfabriquée dans un lotissement de Juvisy. Depuis lors elle crânait. Et sa sœur impotente de Berthe aussi crânait, à Nanterre, dans la crèche minable de son mari, un infect clapier recouvert de tôle ondulée. Les pauvres, dès qu’ils ont quèque chose à eux, leur boussole devient toupie. Ça leur monte à la tête de posséder. “Comment ! s’est récriée la mère à Berthe, épouser un simple gardien de la paix, une fille de ton éducation et tout, c’est de la folie ! il sera même pas capable de t’offrir une bague de fiançailles convenable !” Pauvres amis ! qu’est-ce qu’elle venait pas de dire là. Ça m’a asticoté la vanité, comprenez-vous ? J’ai fourgué tout ce que j’ai trouvé de fourgable chez moi, j’ai porté la montre à papa au clou (celle à remontoir) et avec la somme je me suis pointé chez Cartier, rue de la Paix. Voilà un zig vêtu de noir, avec un col de celluloïd qui s’avance. “M’sieur désire ?” il me reluquait en profondeur. Je devais pas avoir bonne mine avec mon cache-nez de laine marron tricoté et mon costard en provenance du carreau du Temple.

« Je savais plus combien je disposais au juste comme pognon, mais lui si. Mon pécule, il le lisait gros comme au tableau d’affichage de Longchamp à travers mes fringues crapoteuses.

« “Une bague de fiançailles”, je balbutie, comme un qui va mourir.

« Il a fait signe à un groupe de messieurs qui discutaient dans un salon. Un petit jeune, bien mis, aimable, s’est approché, “Bague de fiançailles” a annoncé l’homme en noir en me désignant avec la voix qu’il eusse pris pour dire “Ducon la Joie”. Le petit gentil est resté gentil, malgré qu’il s’apercevait à toute allure que j’étais pas Rockefeller, ni même l’arrière-neveu de son chauffeur.

« “Vous voulez quèque chose de bien ?” a questionné l’engageant.

« “Tout ce que vous avez de superbe”, je rétorque.

« Le voilà qui me pilote dans un salon, qui me fait asseoir sur du siège de cuir, et qui me demande combien t’est-ce que je comptais y consacrer à cette folie.

« “Quatre mille francs”, je lui révèle, comme j’aurais lâché un vilain pet nauséabond. Il avait beau être décidé à garder le sourire, ça lui a porté atteinte au moral, ce chiffre. D’autant qu’à l’époque il s’agissait d’anciens francs.

« “Mais, Monsieur, bredouille-t-il, vous devez faire erreur…”

« Votre Béru a de la ressource, voilà qu’il me vient une idée.

« “Ecoutez, je fais comme ça, qu’est-ce que vous auriez pour ce prix-là ?”

« Ça lui posait un vache dilemme. Il est allé discuter avec son brin de truste. C’était le grand conciliabule au sommet. Si j’avais été le Maradja Kelpèzekila venu acheter un solitaire gros comme mes trucs, ça les aurait pas davantage accaparés, ces messieurs. Ils auraient pu me virer, notez bien, comme un malpropre mendigoteux. Ils l’ont pas fait. Cartier, c’est la boîte sérieuse. Là-bas, les vendeurs, on les entraîne pire que des marines pour qu’ils gardassent leur calme en toutes circonstances. Ma bouille leur revenait, peut-être aussi ? Toujours est-il qu’ils s’y sont tous mis à me chercher un quelque chose de quatre tickets. Ils ont fouillé tous les tiroirs, esploré tous les écrins, ils se sont mis à quatre pattes devant les bas rayons, ils ont ébranlé toute la maison pour dire à ceux des coulisses de bien mater dans les recoins de coffre-fort, si par hasard ils trouveraient pas une bibeloterie quelconque qu’excède pas mon capital. Une heure et demie il a eu lieu, ce branle-bas de combat à travers les rivières ruisselantes de millions, les montres en diamant, les colliers féeriques, les troupeaux de solitaires bourrés de carats. Ils se piquaient au jeu, tous. C’était la chasse à courre. A court d’argent, si je peux me permettre une plaisanterie au passage. Sur la fin, épuisés, les genoux blancs de poussière, la cravate de traviole, ils m’ont fait part de leurs regrets. Ils en eussent chialé, tellement ça les contristait de me perdre comme client, à tout jamais. C’est mon petit gentil, au moment que j’allais repasser le tambour, qu’a eu la trouvaille.

« “Monsieur ! Monsieur ! Vous n’êtes vraiment pas fixé comme objet ?” “Non.” “Une pièce d’or, ça vous conviendrait ? Vous pourriez la faire monter en broche, plus tard ?” Je l’aurais embrassé ! J’ai acheté un Soverègne angliche. “Faites-moi z’en un beau paquet, c’est pour offrir !” je leur ai supplié. Alors là, ils m’ont gâté. J’ai eu droit à l’écrin capitonné. On m’a gravé le nom à Berthe sur le couvercle, sans supplément. Ça faisait grand luxe. Le lendemain, j’ai remplacé la pièce d’or par une bague achetée dans un bazar qui faisait aussi mercerie-papeterie, près de l’avenue Trudaine. Le bijou en question, ça représente un gros diamant en cristal, monté sur laiton argenté. A sa mine on jurerait un six carats tant il se porte bien. Elle a été clouée, la belle-maman, quand sa fille a sorti ce joyau de l’écrin. Avec la griffe Cartier y pouvait pas y avoir de doute sur son pedigree. J’ai espliqué que j’avais vendu quelques hectares de prairie pour réaliser l’opération. Du coup, la vieille a chiqué les connaisseuses.

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Béru n'aurait-il pas voulu dire at home ? (N. de l'E)

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