Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
« Berthe est pas bégueule, mais elle voulait rien chiquer pour l’éponger, le Polyte. Et pourtant, elle avait une situation à se faire dans la nouille et le quart de brie si elle aurait su manœuvrer. Recta, qu’elle le drivait jusqu’à la mairie, le moustachu, d’autant plus qu’elle se trouvait à deux pas ! Ensuite, le Restaurant des Aminches, il lui appartenait corps et biens, non ? Seulement, Berthy avait de l’ambition ; elle le sentait que d’hautes destinées poireautaient à l’attendre au tournant du destin. Tout ce qu’elle lui consentait, à l’Hippolyte, c’était un petit coup de paluchette facile, avant la plonge du morninge, histoire de le mettre à jour, le cher homme ! La vertu, ça n’empêche pas la compréhension. Au premier coup de périscope, j’avais pigé que c’était un sujet pour bibi, Miss Berthe. L’étrange de la vie, c’est que les gens qui vont faire la vôtre, vous les reconnaissez au passage. C’est comme si on aurait une sorte d’espèce de souvenir du futur, voyez-vous. Moi, je jouais les fringants avec mon beau uniforme de poulaga à boutons argentés et mon aubergine blanche agrafée au côté. Je suis plutôt pas mal, mais y a une dix-huitaine d’années je tombais dans l’irrésistible. Les gerces marchaient à reculons sur mon passage et j’ai vu des encombrements féroces, vers la Bastoche, quand je faisais la circulation à la hauteur du Richard-Lenoir. Des conductrices polissonnes freinaient pile en accrochant mon œil de velours et ma prestance cosaquienne.
« Y en a des vicieuses qui se faisaient verbaliser exprès pour pouvoir me causer et me renifler la vareuse. Pour vous espliquer que la Berthe, tout comme les copines, elle a eu ses émois de printemps en m’apercevant, le jour que j’ai atterri au Restaurant des Aminches, en grande tenue poulardienne, avec la moustache parée pour la manœuvre des patineurs ténébreux. A cause de mon uniforme, je pouvais pas me permettre la main au valseur, comme les autres clients, je devais me rabattre sur le madrigal ; et c’est ça qui m’a sauvé la mise. Je lui ai paru d’une mondanité exorbitante, à cette gentille serveuse. Comme quoi vous en avez une preuve de plus, que les bonnes manières c’est la base du bonheur. Je lui causais coquinement, en finesse. Le côté : “Ce qu’il y a de meilleur dans ma blanquette de veau, mon petit chou, c’est vot’ joli pouce qui trempe dans la sauce”. Un langage velouté, quoi ! Du caressant qui amorce le frisson. Au milieu de sa clientèle de taximen et de petits voyageurs miteux, elle a senti le gars de l’élite, illico. C’est des choses qui trompent pas. On a précisé les relations un soir qu’un de mes boutons s’est fait la valoche au moment de payer. J’ai toujours eu des misères avec les boutons. A l’époque que je vivais seul, pour les recoudre c’était du sport. J’avais beau prendre des aiguilles anglaises parce qu’elles ont le chas bien large, pour enfiler c’était la grosse partie de bilboquet ! Et aftère, la cousette seulâbre, j’étais pas champion. Je cousais de trop près. Le bouton il était plaqué comme un écrou, c’était la boutonnière qui en pâtissait. J’ai raconté tout ça à Berthe. “Ecoutez, m’sieur l’agent, qu’elle me fait, demain c’est mon après-midi de congé ; venez prendre le thé et amenez-moi tous vos dégâts, que je vous répare ; un homme seul, on sait ce que c’est.”
« Elle créchait au bout de la rue Karl Marx Brozère, au-dessus d’une poissonnerie. Y avait de l’effluve insistante chez elle, l’été surtout, quand, à peine descendue de son train de marée, la merluche commence à prendre ses aises. Son thé, à la Berthe, c’était quatre andouillettes au vin blanc qu’elle avait secouées dans le garde-manger personnel à Hippolyte. Des vraies, des lyonnaises, dodues et juteuses, avec du grenu sous la peau et des fissures qui bavent jaune clair. Elle m’a espliqué, en mijotant, que son violon d’Inde c’était la cuisine délicate, Berthe. Elle méprisait profondément le cuistot au moustachu, un vieux malpropre picoleur que ses spaghetti étaient bons pour l’affichage et qui sabotait la grillade. Il était juste doué pour faire le veau, le fossile. La crème caramouze aussi, parfois, quand il se donnait la peine de négliger le flan en sachets. »
Bérurier joint ses mains, dévotieusement.
— Les plus belles andouillettes de ma vie, les gars, c’est ce jour-là ! On avait l’impression de bouffer le bon Dieu !
Il renifle son émotion et s’empare de son encyclopédie terriblement négligée.
— Avant de vous poursuivre mon espérience personnelle, faut replonger dans les classiques. Ils en disent long comme Bordeaux-Paris, là-dedans, sur ce qu’entoure le mariage, sur ce qui le précède, sur les fiançailles, les formules de demande et tout le bigntz. Pour commencer, ils soulignent que les filles, depuis leur plus jeune âge, elles rêvent qu’à la bagouze. Dévergondées ou chastes jusqu’à la toile d’araignée incluse, leur terreur c’est la Sainte-Catherine, à ces demoiselles. C’est pourquoi faut se méfier des pièges à mari qu’elles vous posent sur le sentier de leur vertu.
Brandissant sa bible, Béru exulte :
— J’ai potassé le problème dans ce manuel. En résumé, v’là comme ils préconisent, mes scientifiques du rond de jambe. Quand un jeune homme a repéré une souris dans ses cordes, qu’il a fait jouer ses charmeuses et qu’il lui a virgulé le long compliment à soupirs pneumatiques, il décide de tâter le terrain pour la marida. En ce temps-là y avait enquête sur la family de la gosse, pour si des fois des charançons se baladeraient pas dans son pedigree, si le papa cacherait pas une vilaine affaire foireuse du style faillite, ou si un grand frère se purgerait pas une petite erreur de jeunesse au collège supérieur de Fresnes. On espédiait donc un aminche du jeune homme chez la donzelle. Le messager spécial se fringuait solennel, en jaquette et bitos de magicien. Il abordait le papa dans le suave : “Mon copain Untel qui s’en ressent pour mademoiselle votre gamine me charge de repérer un peu le topo de vos sentiments pour pas risquer de se casser le naze contre votre lourde, baron”… Ou quèque chose d’approchant. Le vieux se grattait la barbouze (ça se faisait beaucoup de ce temps-là, la barbichette) et répondait qu’il était flatté, mais qu’il devait en faire part aux siens. Mon œil ! il se réservait pour la contre-enquête. Il voulait en savoir plus ample sur le Roméo, être sûr que monsieur le Tombeur soye pas fils père, qu’il flambe pas au casino et qu’il ait pas une vie indissoluble. Bon, une supposition, l’enquête montrait que le prétendant avait la blancheur Persil, le beau-dabe et le messager organisaient pour lors une rencontre sur terrain neutre des deux familles, histoire de voir réciproquement les bouilles qu’on avait. Ça se passait dans un musée, souvent, ou bien dans un jardin public ou z’encore à la sortie de la grand-messe. On se trouvait nez à nez, on chiquait à la surprise. On se présentait avec des points d’esclamation. “Comme l’hazard est grand ! Mademoiselle Mathilde, vous z’ici ! Et avec vos vieux ! Permettez-moi de vous présenter papa-maman…”