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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Et Louis ne cache pas sa gourmandise en se mettant au service de l’ami Dhéry, qui a fait appel à ses complices de toujours : Jaques Legras, Guy Grosso, Michel Modo, Pierre Tornade, Robert Burnier ou la danseuse Liliane Montevecchi. Il y a aussi des nouveaux comme André Badin, lequel se souvient que dans ce spectacle « le moindre truc avait son importance. De Funès forçait l’admiration par sa concentration et sa précision. Il aimait la comédie mais pas n’importe comment. Avec exigence, voulant tout comprendre, connaître le pourquoi et le comment des choses, le début et la finalité d’un gag. Il mettait parfois beaucoup de temps avant de le mettre au point mais le résultat était là[213] ». Louis voulait danser : Colette Brosset lui chorégraphie… deux danses espagnoles et un twist. Louis voulait chanter : Robert Dhéry et André Maheux lui écrivent Dans mes godasses sur une musique signée Gérard Calvi. Louis veut étonner : Robert Dhéry invente des tableaux aussi improbables qu’extravagants ; une joute médiévale, un cabaret à Hambourg, une feria espagnole, un combat naval… le tout apparaissant lorsque s’ouvre la fameuse malle. Bref, Louis et ses partenaires évoluent en plein délire. Une folie qui met en appétit les journalistes qui veulent en savoir toujours plus et attendent avec impatience le soir de la première fixée au 9 octobre 1962. Ils doivent cependant patienter quatre jours car la lourde machinerie n’est pas tout à fait au point. Enfin, le samedi 13 octobre le rideau se lève et, au terme des deux heures et demie d’hystérie collective, c’est l’ovation. Debout, les mille deux cents spectateurs acclament ces « dingues » de Branquignols. Louis de Funès entre en coulisses puis revient seul et peine à quitter la scène tant il est applaudi. Pas de doute possible, il tient un succès populaire avec son personnage de douanier aussi truculent qu’un « roquet en képi », comme le baptise la journaliste Claude Sarraute dans Le Monde[214]. Une fois encore, Louis s’attire toutes les faveurs de la presse spécialisée. Ici on écrit qu’il est « un animal de théâtre  », là que « c’est un phénomène  », ailleurs qu’il est « un comédien unique  ». Bref, comme pour Oscar, Louis sent intuitivement qu’il s’est engagé dans un voyage au long cours et qu’il va lui falloir encore s’astreindre à un régime draconien pour tenir le coup. Mais cela ne l’empêche pas d’honorer ses obligations cinématographiques.

Engagé par le producteur Roger Debelmas pour être l’un des principaux protagonistes d’un film à sketches basé sur une idée toute simple — que peut-il se produire quand un quidam gagne une forte somme d’argent lors d’un tirage au sort ou à la loterie ? — Louis a posé comme condition de jeter un regard sur le nom de ses partenaires. S’il est ravi de retrouver Noël Roquevert, s’il est satisfait d’avoir pour épouse Blanchette Brunoy, il tient à choisir lui-même la jeune comédienne qui sera sa fille. Avec le réalisateur Jack Pinoteau, il se rend un matin au Conservatoire. Il regarde les demoiselles donnant la réplique dans une scène du Mariage de Figaro. Presque immédiatement, il remarque une jeune fille de 23 ans, grande, mince et portant une robe à carreaux au charmant décolleté. Après avoir fait ses premières armes au cours René Simon, elle a suivi les enseignements de Robert Manuel, Jean Yonnel et Georges Chamarat. Louis la trouve idéale, d’autant qu’il remarque en elle un petit côté fofolle plutôt sympathique. C’est ainsi que France Rumilly décroche son premier rôle au cinéma. « Les choses se sont passées très vite. Une fois ma scène dans le rôle de “Suzanne terminée, de Funès et Pinoteau se sont levés puis ils sont venus vers moi. J’étais plutôt intimidée mais de Funès, en particulier, m’a mise tout de suite à l’aise. Il m’a posé des questions sur ma famille, mes loisirs… mais rien d’indiscret. Quand je lui ai dit que je n’avais jamais fait de cinéma, j’ai senti qu’il en était assez content et il m’a immédiatement rassurée en m’assurant qu’il ne fallait pas que je m’inquiète et qu’il serait là pour m’épauler. Ce qui m’a surtout étonnée, c’est qu’en dépit de mon jeune âge il ne m’a pas tutoyée, et il en sera toujours ainsi d’ailleurs quand plus tard il m’a fait engager dans la série des Gendarmes », se souvient France Rumilly[215].

C’est donc cette même France Rumilly qu’il retrouve dans les studios de Saint-Maurice à la mi-octobre. Dans son sketch Le Gros Lot, où il impose la présence de Max Montavon dont il avait savouré l’humour et le phrasé dans Faisons un rêve, Louis s’applique à donner corps à cet Antoine Beaurepaire heureux gagnant de quelque 100 millions de francs à la Loterie nationale. Il joue à la perfection la colère, l’étonnement ou encore la peur quand sa fille Danielle conduit sa 2 CV de façon bien peu orthodoxe. Une scène prémonitoire où, dans ses œuvres, France Rumilly semble se préparer à devenir sœur Clotilde… la cornette en moins ! Le tournage des Veinards se passe donc au mieux, comme en témoigne France Rumilly[216] : « De Funès était extrêmement concentré sur son travail et, en même temps, quand moi ou un autre comédien avions une idée, on pouvait lui en parler, et s’il la trouvait bonne, il l’adoptait. Il ne mangeait pas avec nous. Il allait dans son coin tout seul et je voyais bien qu’il pensait, qu’il réfléchissait à ce que nous devions tourner dans l’après-midi, et il finissait toujours son repas en buvant un chocolat chaud. Une fois qu’on avait terminé vers les six heures, il ne traînait pas et surtout pas avec Noël Roquevert qui ne cessait de vouloir lui raconter sa dernière bonne histoire avec l’une de ses maîtresses. Invariablement, de Funès le coupait en lui disant : “Oh ! Moi, j’ai pas le temps, j’ai mes fils à passer sous la douche…” C’était sa façon très élégante de ne pas entrer dans le jeu de Roquevert qui ne manquait jamais une occasion de se lancer dans des histoires bien graveleuses et ça, ce n’était pas du tout le style de Louis de Funès qui était un homme extrêmement raffiné. »

Pendant qu’il tourne sous la direction de Pinoteau, et sans qu’il en soit tenu informé, on parle de lui dans les bureaux d’Alain Poiré. Le patron de la Gaumont doit prendre une délicate décision quant à la distribution artistique finale de son prochain film. Après avoir acquis les droits d’adaptation d’un roman de Fred Kassac, Si je tuais le patron, et en avoir confié la scénarisation à Marcel Bluwal et Pierre Tchernia, puis la mise en dialogues à Michel Audiard, Alain Poiré peaufine son casting autour de Jean-Claude Brialy qui doit être la tête d’affiche de ce qui va s’appeler Carambolages. L’action se déroule au cœur de l’Agence 321 qui veille sur les vacances de ses clients en leur offrant du « tout compris ». Norbert Charlerois, le directeur général de cette société, homme capricieux et autoritaire, fait régner un climat proche de l’épouvante. Le jeune et sournois Paul Martin, qui doit épouser Danielle, la fille de l’un de ses supérieurs, ambitionne de prendre le poste de celui-ci. Manque de chance, l’âge de la retraite étant reculé, il ne trouve d’autre solution que de supprimer le père de Danielle. Comme personne ne le soupçonne, il élimine les uns après les autres ses supérieurs, parvenant ainsi à devenir le P-DG sans que l’on sache, à la fin de l’histoire, si cela durera longtemps. S’il est entendu dès le montage financier du film que Brialy sera l’abominable Paul Martin, il semble évident à Alain Poiré que le rôle de Charlerois est taillé sur mesure pour Bernard Blier. Hélas, Blier, toujours excellent dans les personnages troubles et vicieux, ne peut se libérer pour le mois de janvier. Force est de lui trouver un remplaçant. Et sur la place de Paris, les noms ne se bousculent pas. Jean-Claude Brialy suggère à Poiré de prendre Louis de Funès. Sans être tout à fait convaincu, Poiré finit par épouser cette idée. Mais quand il en parle à Marcel Bluwal, celui-ci ne l’entend pas de cette oreille. Bluwal douterait-il des talents de De Funès ? Si l’on peut légitimement se poser la question, le témoignage de Marcel Bluwal montre qu’il n’en est rien. « On a écrit beaucoup d’âneries à propos de ce film que je considère comme un accident dans ma carrière. Il faut d’abord savoir que ce n’était pas mon film, mais celui de Michel Audiard qui voulait faire, à l’origine, un film comique dont il serait à cent pour cent l’auteur. C’est pour ça que Blier devait faire partie de la distribution avant même que Brialy, qui à l’époque était une grosse vedette, ne soit engagé. Quand on a su que Blier ne pouvait se libérer et que Poiré m’a parlé de De Funès, j’ai tenté de m’y opposer pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son talent. Je le connaissais pour l’avoir vu au théâtre notamment chez Dhéry et je le savais capable de tout jouer. D’une part, ce qui me gênait, c’était que le film ne tournait pas autour de son personnage et, d’autre part, qu’il mourait au milieu du film. Je trouvais que de Funès n’était pas à sa place dans ce film et qu’il méritait mieux. C’était un rôle pour Blier, écrit pour Blier mais pas pour de Funès. Si j’avais eu mon mot à dire, j’aurais confié le rôle du patron à Michel Serrault et celui du commissaire de police à de Funès. On me l’a imposé, je me suis incliné mais je considère, encore aujourd’hui, que ce fut aussi un accident dans sa propre carrière[217].  »

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213

André Badin à Éric Leguèbe, op. cit., pp. 172–173.

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214

Le Monde daté du 18 octobre 1962.

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215

Témoignage de France Rumilly à l’auteur.

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216

Ibid.

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217

Témoignage de Marcel Bluwal à l’auteur.

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