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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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— Vous voulez le faire bannir ? Exiler Père ?

— Si tu avais davantage étudié l’histoire – encore qu’en y réfléchissant, je doute que Dhelya t’en ait tant appris, de toute façon – tu saurais que plus un homme est puissant et connu, plus il a de chances de se faire exiler de Basilica. C’est déjà arrivé, et cela arrivera encore. Après tout, ce sont les soldats de Gabya, non ceux de Wetchik ou de Roptat, qui arpentent les rues sous prétexte de nous protéger de tueurs sans doute eux-mêmes à la solde de Gabya. Les gens n’ont qu’une envie : le voir partir, et ils accepteront donc de croire aux moindres preuves que j’apporterai. »

La mine de Sevet devint grave. « Père est peut-être un peu soupe au lait et légèrement sournois en affaires, Mère, mais ce n’est pas un assassin.

— Bien sûr que ce n’est pas un assassin ! Wetchik a quitté Basilica et Gabya n’aurait jamais osé tuer Roptat sans pouvoir faire porter le chapeau à Wetchik. Je pense pourtant que si Gabya avait su à ce moment-là que Wetchik s’était enfui, il aurait certainement tué Roptat sans perdre un instant, puis se serait servi du départ précipité de Wetchik pour démontrer que mon cher compagnon était son assassin.

— À vous entendre, Père est un monstre. Pourquoi l’avoir pris comme compagnon, alors ?

— Parce que je voulais absolument une fille qui ait une voix extraordinaire et pas le moindre sens moral. Cela a si bien marché que j’ai reconduit mon contrat avec lui pour une deuxième année et que j’ai eu une autre fille. Ensuite, j’en avais fini. »

Sevet éclata de rire. « Vous êtes vraiment une grosse bête, Mère ! J’ai le sens moral, croyez-moi, et tous les autres sens qu’il me faut. C’est Vasya que j’ai épousé, pas un acteur de seconde zone !

— Cesse de dire du mal du compagnon qu’a choisi ta sœur, dit tante Rasa. Son Obring est un amour, même s’il n’a absolument aucun talent et pas l’ombre d’une chance que Koya lui donne un enfant, sans même parler de lui renouveler son contrat.

— Un amour, dit Sevet en insistant sur le mot. Il faudra que je me rappelle ce que ce terme veut dire, maintenant que vous me l’avez enfin expliqué. »

Sevet se leva pour prendre congé et Luet lui ouvrit la porte. Mais tante Rasa arrêta sa fille avant qu’elle ne sorte.

« Sevya, ma chérie, dit-elle, un temps viendra peut-être où tu devras choisir entre ton père et moi.

— Vous m’avez tous les deux fait jouer à ça au moins une fois par mois depuis que je suis toute petite. Jusqu’ici, j’ai réussi à me défiler, et j’ai bien l’intention de continuer. »

Rasa claqua des mains, provoquant une détonation sèche, comme celle de deux pierres frappées l’une contre l’autre. « Écoute-moi, enfant. Je sais quelle danse tu as dû pratiquer, je t’ai admirée pour ta façon de l’exécuter, et en même temps je t’ai plainte de ce qu’elle fût nécessaire. Mais je dis que bientôt, très bientôt, il ne te sera peut-être plus possible de danser ainsi. Aussi est-il temps pour toi de regarder tes deux parents et de décider lequel mérite ta loyauté. Je ne parle pas d’amour, parce que je sais que tu nous aimes tous les deux. Je parle de loyauté.

— J’aimerais bien que vous ne me parliez pas ainsi, Mère, dit Sevet. Je ne suis pas votre élève. Et même si vous réussissiez à faire exiler Père, ce ne serait pas une raison pour que je choisisse entre vous deux.

— Et si ton père envoyait des soldats pour me faire taire, dis-moi ? Ou bien des tolchocks, ce qui est plus probable ? Si c’était un couteau à sa solde qui tranchait la gorge de ta mère ? »

Sevet contempla Rasa en silence. « Alors, j’aurais un pichalny à chanter pour de bon, dit-elle.

— Je crois que ton père est l’ennemi de Surâme et celui de Basilica. Penses-y sérieusement, ma Sevet à la voix triste, penses-y bien et longuement, parce que quand l’heure du choix viendra, il ne sera plus temps de réfléchir.

— Je vous ai toujours honorée, Mère, parce que vous n’avez jamais essayé de me dresser contre mon père, en dépit des ignominies qu’il disait sur vous. Je regrette que vous ayez changé. » Et avec une grande dignité, Sevet quitta la pièce. Luet, encore étourdie de la brutalité dissimulée sous le vernis d’une conversation élégante, la suivit lentement.

« Luet », murmura tante Rasa.

La fillette se retourna vers la noble femme et son cœur trembla en voyant des larmes sur ses joues.

« Luet, il faut que tu me dises : qu’est-ce que Surâme nous fait ? Que prépare-t-elle ?

— Je n’en sais rien, répondit Luet. Et j’aimerais bien le savoir.

— Mais si tu le savais, me le dirais-tu ?

— Bien sûr !

— Même si Surâme t’ordonnait le contraire ? »

Luet n’avait pas songé à cette éventualité.

Tante Rasa prit son hésitation pour une réponse. « C’est donc cela, dit-elle. Je ne m’attendais pas à autre chose ; Surâme ne choisit pas des serviteurs pusillanimes ni déloyaux. Mais dis-moi ceci, si tu le peux : est-il possible, je dis bien possible, qu’il n’ait jamais existé de complot visant à tuer Wetchik ? Que Surâme ait envoyé son avertissement simplement pour l’obliger à quitter Basilica ? Il faut que tu comprennes que… enfin, j’étais en train de penser… Écoute, Lutya, et si tout ce que cherchait Surâme, c’était à se débarrasser d’Issib et de Nafai ? Ce serait logique, n’est-ce pas ? Ils la gênaient, ils l’occupaient au point qu’elle ne pouvait plus communiquer qu’avec eux. Ne t’aurait-elle pas envoyé cette vision pour leur faire quitter la cité, parce que c’étaient eux, et personne d’autre, qui la mettaient en danger ? »

La première réaction de Luet fut de crier son refus, de faire honte à tante Rasa pour oser parler de façon aussi sacrilège de Surâme, comme si Surâme pouvait agir pour son propre bénéfice !

Mais après réflexion, elle se rappela avec quelle stupéfaction Hushidh avait compris qu’Issib et Nafai étaient peut-être la cause du silence de Surâme. Et si Surâme jugeait que ces deux garçons entravaient sa capacité à guider et protéger ses filles, était-il impossible qu’elle agisse pour s’en débarrasser ?

« Non, dit enfin Luet. Non, je ne le pense pas.

— En es-tu sûre ?

— Je ne suis jamais sûre de rien, sauf de la vision elle-même, répondit Luet. Mais à ma connaissance. Surâme ne m’a jamais trompée. Toutes mes visions se sont vérifiées.

— Cependant, celle-ci, même trompeuse, resterait un instrument de la volonté de Surâme.

— Non, répéta Luet. Non, ce n’est pas possible, parce que Nafai et Issib avaient déjà cessé leurs interférences. Nafai est même allé prier…

— J’en ai entendu parler ; mais quelqu’un d’autre en a fait autant : Mebbekew, le fils que Wetchik a eu de cette lamentable petite putain de Kilvishevex…

— Et puis, Surâme a réveillé Nafai et l’a conduit à ma rencontre dans la chambre des voyageurs. Si elle avait voulu qu’il se tienne tranquille, elle le lui aurait dit et il aurait obéi. Non, tante Rasa, je suis sûre que ce message n’avait qu’un seul sens. »

Tante Rasa acquiesça. « Je sais. J’en étais persuadée. Mais ç’aurait été…

— Plus simple.

— C’est ça. » Elle sourit d’un air lugubre. « Ç’aurait été plus simple si Gaballufix avait été innocent, comme il le prétend. Mais ça ne va pas avec le personnage. Tu sais pourquoi je n’ai pas reconduit son contrat ?

— Non », répondit Luet. Et elle n’avait pas envie de le savoir ; une longue coutume voulait qu’une femme ne dévoile jamais pourquoi elle éconduisait un homme, et poser des questions ou même spéculer sur le sujet constituait un affreux manquement à l’étiquette.

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