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READ-E-BOOK » Иронические детективы » Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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« Et pire, même, il flouzait dans son froc en apercevant cette carne ambulante. Parole, mon neveu sentait la crotte, dans ce lycée. Les parents se lamentaient, mais ils osaient pas intervenir. Un matin de Noël, j’ai cramponné Roger dans un coinceteau, à l’écart, et j’y ai tenu le langage suivant : “Ecoute, gamin, t’as le devoir de supporter tes profs, mais pas tes pions. La prochaine fois que m’sieur Peau-de-vache te fera de l’arnaque, file-lui un doublé à la face…” Faut vous dire qu’il était costaud, Roger, baraqué comme son tonton. Aux vacances, j’y inculais les rudimentaires de la boxe. Il rosit, rosa, rose à Rome un bon coup et me répond :

« “Tu rigoles, Tonton, j’oserais jamais ! Qu’est-ce qui se passerait ?”

« Y se passera que cet enfoiré te laissera peinard, voilà ce qui se passera, je lui promets.

« Bon, poursuit le Gravos, les vacances finissent. Le gamin retourne au lycée. Ça ne rate pas, son père fouettard le chambre, bille en tête, à la première minute.

« “Vous, là-bas, l’horrible Bérurier, qu’il s’écrie, le morbach, sortez vos mains de vos poches !”

« Le sang du Roro fait qu’un tour. L’horrible Bérurier ! Je vous demande un peu ! Jamais un Bérurier a été horrible. Le môme vient se planter sous le nez à Peau-de-vache.

« “Si je les sors, mes mains, vous en entendrez causer”, qu’il lui lance hardiment.

« C’était bien répondu, admettez ? Le pion devient verdâtre comme un bouillon de poireau.

« “Si vous sortez pas tout de suite vos mains, je vous mets quatre heures de colle !”

« Alors là, il s’est souvenu de son tonton Alexandre, le brave lapin. Je m’ai fait espliquer ensuite, par lui et par les témoins. Il a commencé par un crochet au foie à la Charles Humez. Ensuite ça n’a pas z’été un une-deux à la face, mais la grande série asphyxiante, tant et si bien qu’il l’a mis K.O., le vilain pion !

« Y a fallu le coltiner à l’infirmerie pour lui faire renifler des sels et lui poser des agrafes. Il s’en est suivi tout un chabanais et on a viré Roro du lycée. Eh ben, ç’a été l’éveil d’une convocation pour lui. Il s’est fait boxeur, le garnement. A l’heure que je cause, le voilà vice-sous-champion des poids moyens de l’Eure-et-Loir et il doit prochainement rencontrer Kid Alphonse en grand super-gala à la salle des fêtes de Nogent-le-Rotrou ! Pour vous dire… La destinée !

« Notez, ajoute notre digne professeur, au bout d’un écheveau de réflexions, les pions c’est la préparatoire aux adjudants du service militaire. En v’là encore une drôle d’engeance, les juteux ! Bien que désormais, l’armée, sans colonies, c’est devenu une colonie de vacances. Je connais des vedettes mobilisées qui s’entendaient pas avec leur colonel. On a muté le colonel pour le remplacer par un autre bien gentil et favorable qu’aimait les artistes. Ça indique l’excellence du climat. De mon époque, c’était pas encore le pensionnat de Bouffémont, l’armée ! Bigre non ! »

Il fait un jeté-battu par-dessus le muret de sa mémoire et retombe en rigolant.

— Faut que j’ouvre une parenthèse, les gars. Vite fait, biscotte je sens que vous avez de la démange dans le buisson. Figurez-vous que je m’ai pointé dans les tirailleurs sénégaloches. Engagé volontaire. La guerre était finie, je voulais voir du pré. Y avait plus de médailles à ramasser, les aînés qu’étaient encore dans la carrière avaient tout sucré, les goinfres : les bannières et les croix ! La médaille de ceci et celle de cela sur fond de laurier-sauce. En France elle était sciée, l’aventure, remballée jusqu’à la prochaine, comme les crèches en janvier. Fallait aller musarder dans les possessions estérieures pour tenter de dégauchir du grade et de l’épopée.

« Chez nous, bernique, on pouvait que s’inscrire à un parti politique, se faire Bidautiste ou Mollésien, Plévéniste ou Thorésien, Jemenfoutiste ou Gaullien, monter à l’assaut des bistrots, et proclamer bien haut qu’on l’avait été jusqu’à la gauche, opposant du Frisé, vaillant guerrier de l’ombre, auditeur de l’abbé baissé à en avoir mal aux feuilles à force de se la cogner quotidiennement dans les trompes, la moulinette brouilleuse des Chleus. En ce temps-là, le général s’était pas encore déniché des cousins germains, et c’est dommage dans un sens parce que ç’aurait pu aplanir plus tôt, sans infusion de sang ! Hitler l’aurait su à temps qu’on était de la même family, eux, les tronches carrées, et nous, les tronches vides, qu’il s’y serait pris autrement pour nous empaqueter. Au lieu de passer par Sedan, il sautait directo le Channel. Il se sucrait la grande Albion facile. Churchill devenait Pétain et la Gestapo prenait ses quartiers d’hiver à Glace-Glove. Nous autres, on laissait manœuvrer les cousins, puisque de toute manière nos munitions, on pouvait que les balancer avec un lance-pierres, les fusils n’étant pas du même calibre ! Enfin, c’est fait, c’est fait ! Mais j’en reviens à moi, après le grand malentendu. Pétant d’impatience, me voilà chez les Sénégalais. Seul Blanc dans une chambrée. Je me sentais vraiment pâle. D’autant plus que les amis Y a bon Banania en tâtaient. Dès la première nuit les plus téméraires ont voulu me passer au Miror. Des hardis, dessalés, avec une impétuosité bien formidable : ils se gavaient de piment, les traîtres ! Quand j’ai vu un grand méchant se couler sur mon bat-flanc pour me le faire à la frissonnante j’ai chopé le hoquet. J’arrivais de ma brousse avec des illusions et des virginités de partout. Je savais de la vie que ce que j’en avais lu dans Rustica, le seul journal qu’on lisasse chez nous !

« Ça aide pour les semis de printemps, mais y a jamais eu là-dedans des rubriques pour expliquer ce que c’est que le style pédoque et comment t’est-ce qu’on doit s’en défendre. Mon enamouré, je pigeais pas tout de suite quoi t’est-ce qu’il cherchait. Sa tendresse, je la prenais pour de l’amitié, ça me flattait d’inspirer un caporal. Car il était caporal, Bambouli-Bamboula. Il aurait su écrire, il aurait pris de l’avancement avec ses performances in door ! Seulement il ne faisait que des croix. Ses rapports, on aurait dit le plan du Père-Lachaise ! Quand, brusquement, j’ai constaté ses signes estérieurs de richesse, j’ai pigé qu’il y avait du durcissement dans nos relations. J’ai eu les jetons et je m’ai enfui chez l’adjudant qu’était un grand blond alsacien à l’accent choucrouteux. Herckmann, il s’appelait. Un costaud, avec pas de lèvres et des yeux presque blancs à force d’être bleus. Je lui bonnis ma mésaventure. “Ah le sagouin !” il s’écrie. Et le v’là dans la chambrée, à hurler qu’il va faire casser Bambouli. Le casser, ça devait pas être difficult à ce moment-là. Bambouli a rechigné. Baissé la tête, baissé pavillon et le reste. Y a que la jambe de son pyjama qu’il a remontée. Une fois que ç’a été en ordre, Herckmann me dit : “Mon petit gars, faut pas rester avec ces grands vilains, viens avec moi”.

« Flatté, le Béru ! Je suis mon adjudange-gardien dans sa turne. Il me montre son plumard. “Tu vas dormir dans mon lit, comme ça tu ne craindras rien.” Ça partait bien, ma carrière militaire, reconnaissez ? Sans dire ouf, je me blottis en me demandant un peu s’il y aurait suffisamment de place pour deux, vu que, question du gabarit on n’avait pas la morphologie crevard, lui et moi. On se zone, il éteint la calbombe et tout à coup je pige mon drame dans toute sa vigueur : lui aussi il en était, l’adjudant. Un romantique, un délicat. “Appelle-moi ta petite fille”, qu’il me susurre dans le noir. A moi ! A moi, Béru : ma petite fille ! Du coup je me lève, je rallume et je lui déclare que je m’en ressentais pas de jouer la Marquise des Anges avec sa pomme !

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