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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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Et, petit à petit, Dekkeret prit conscience qu’il ne rêvait plus.

Il ne perçut pas de frontière entre le sommeil et la veille, mais il se rendit finalement compte qu’il avait les yeux ouverts et que ses deux centres de conscience, le rêveur qui observait et le Dekkeret du rêve qui souffrait, ne faisaient plus qu’un. Mais il était encore dans le désert, sous le terrible soleil de midi. Il était nu. Il avait l’impression d’avoir la peau écorchée et couverte d’ampoules. Et il y avait des fourmis qui rampaient sur lui, qui remontaient sur ses jambes jusqu’aux genoux, de minuscules fourmis pâles qui plantaient effectivement leurs petites mâchoires dans sa chair. Dérouté, il se demanda s’il se trouvait projeté à un niveau de rêve encore plus profond, mais non, autant qu’il pût en juger c’était l’état de veille, c’était le désert authentique et il se trouvait au beau milieu. Il se releva, se brossa pour se débarrasser des fourmis – et comme dans le rêve elles y laissaient leur tête plutôt que de lâcher prise – et regarda autour de lui pour trouver le campement.

Il ne le vit pas. Dans son sommeil il s’était éloigné dans le désert dénudé et torride et il était perdu. Que ce soit encore un rêve, songea-t-il avec ferveur, et que je me réveille à l’ombre du flotteur de Barjazid. Mais il n’y eut pas de réveil. Dekkeret comprenait maintenant comment l’on pouvait perdre la vie dans le Désert des Rêves Volés.

— Barjazid ? cria-t-il. Barjazid !

9

Les collines lointaines lui renvoyèrent des échos. Il appela encore deux ou trois fois et écouta sa voix qui se répercutait mais n’entendit pas de réponse. Combien de temps pouvait-il survivre ici ? Une heure ? Deux ? Il n’avait pas d’eau, pas d’abri, pas le moindre vêtement. Il était nu-tête sous le grand globe flamboyant du soleil. C’était le moment le plus chaud de la journée. Dans toutes les directions le paysage était le même, plat, un bassin peu profond balayé par les vents. Il suivit la trace de ses pas, mais la piste s’arrêta au bout de quelques mètres car le sol était dur et rocheux à cet endroit et il n’avait pas laissé d’empreintes. Le campement pouvait être n’importe où, caché par la plus petite évolution du terrain. Il appela encore une fois au secours et encore une fois seul l’écho lui parvint. Peut-être que s’il trouvait une dune, il pourrait s’enfoncer dans le sable jusqu’au cou et attendre ainsi la fin de la grosse chaleur et, la nuit venue, repérer le campement grâce au feu de camp ; mais il ne voyait pas de dune. S’il y avait par là un endroit élevé lui permettant d’embrasser l’ensemble du paysage, il y monterait et scruterait l’horizon pour y découvrir le campement. Mais il ne voyait pas de tertre. Que ferait lord Stiamot dans cette situation, se demanda-t-il, ou lord Thimin, ou bien l’un des autres grands guerriers du passé ? Et que va faire Dekkeret ? C’est une manière stupide de mourir, se dit-il, une mort inutile et déplaisante, une sale mort. Il se tournait dans tous les sens, promenant son regard dans toutes les directions. Aucun indice ; absolument inutile de marcher s’il ne savait où aller. Il haussa les épaules et s’accroupit dans un endroit où il n’y avait pas de fourmis. Il n’y avait pas de brillant stratagème qu’il pût utiliser pour se tirer d’affaire. Il n’y avait pas de ressource intérieure qui pût, contre toute probabilité, le conduire en lieu sûr. Il s’était égaré pendant son sommeil, il allait mourir exactement comme Golator Lasgia le lui avait prédit et il n’y avait rien à faire. Il ne lui restait qu’une seule chose, et c’était la force de caractère : il allait mourir calmement et sereinement, sans larmes ni colère, sans enrager contre les forces du destin. Cela prendrait peut-être une heure. Peut-être moins. L’important était de mourir honorablement, car quand la mort est inéluctable, il vaut mieux ne pas la rater. Il attendit qu’elle arrive.

Mais, à la place, il vit arriver – dix minutes, une demi-heure ou une heure plus tard, il n’aurait su le dire – Serifain Reinaulion. Le Vroon apparut à l’est comme un mirage, avançant lentement vers Dekkeret et peinant sous le poids de deux bouteilles d’eau, et quand il fut à une centaine de mètres, il agita deux de ses tentacules et cria :

— Êtes-vous vivant ?

— Plus ou moins. Êtes-vous réel ?

— Tout à fait. Et nous vous avons cherché la moitié de l’après-midi.

Dans un grouillement de membres caoutchouteux le petit être éleva l’une des bouteilles et la mit entre les mains de Dekkeret.

— Tenez. Buvez à petites gorgées. Pas d’un trait. Surtout pas d’un trait. Vous êtes tellement déshydraté que vous allez vous noyer l’estomac si vous buvez trop avidement.

Dekkeret résista à l’envie de vider la bouteille d’un seul coup. Le Vroon avait raison : à petites gorgées, à petites gorgées, bois modérément, sinon il arrivera malheur. Il fit couler un filet d’eau dans sa bouche, en humecta sa langue gonflée et finalement la fit descendre dans sa gorge. Ah ! Il reprit un petit peu d’eau avec prudence. Puis encore un peu, et une bonne gorgée. Sa tête commença à tourner. Serifain Reinaulion lui fit signe de lui rendre la bouteille. Dekkeret le repoussa, but encore une fois et se passa un peu d’eau sur les joues et les lèvres.

— Sommes-nous loin du campement ? demanda-t-il enfin.

— Dix minutes. Vous sentez-vous assez fort pour marcher ou faut-il que j’aille chercher les autres ?

— Je peux marcher.

— Alors, allons-y.

Dekkeret acquiesça de la tête.

— Encore une petite gorgée…

— Gardez la bouteille. Buvez quand vous en aurez envie. Si vous vous sentez faible, dites-le-moi et nous nous reposerons. Souvenez-vous que je ne peux pas vous porter.

Le Vroon se dirigea lentement vers une basse ride de sable à environ cinq cents mètres à l’est. Flageolant et étourdi, Dekkeret le suivit et fut étonné de constater que le sol s’élevait en pente ; il se rendit compte que la ride de sable n’était pas si basse que cela, mais que la lumière éblouissante avait causé une erreur de perception. Elle s’élevait en fait à deux ou trois fois sa propre taille, assez haut pour dissimuler deux autres rides de moindre importance qui se trouvaient de l’autre côté. Le flotteur était stationné à l’ombre de la plus éloignée.

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